Grand vin

Délivrances – Noann Lyne

L’avis de Céleste :

Un ravissement …

Malgré une thématique qui pourrait faire sombrer le lecteur dans la sinistrose, chaque nouvelle donne un message d’espoir et d’amour au-delà de toutes les frontières. L’auteur nous emmène en voyage entre la désespérance et la joie, avec des escales de méditation, de remises en question, de comptes à rebours, Par la beauté de ses mots il nous convainc que la mort n’est pas une fin mais plutôt un refuge, un espoir de célébrer des retrouvailles avec un être aimé, l’envie de cesser cette errance vers on ne sait quel bonheur, quel monde meilleur, moins cruel.

Une douce promenade dans les tréfonds de l’âme meurtrie, une recherche de sérénité, tel est le message très fort de l’auteur. Lorsque j’en ai terminé la lecture, j’ai versé une larme non pas de tristesse mais d’émotion.

L’avis de Clémence

Un recueil de quatre nouvelles abritées par une très élégante couverture noire, joliment glacée avec, comme une fenêtre qui s’ouvre ou qui se ferme, la photographie d’une aurore ou d’un crépuscule sur la mer ? … C’est à vous d’en décider.
En quatrième de couverture, l’auteur annonce la couleur : elle est –noire-, il va vous parler de la mort. Petit ou grand frémissement, léger ou profond malaise. La mort, persona non grata dans nos sociétés occidentales où les désirs vaniteux d’éternité l’emportent sur la raison naturelle et l’intelligence. Car en effet, si certains la nie purement et simplement en plongeant la tête dans le sable comme le font les autruches, si d’autres tentent d’apprivoiser l’angoisse du néant qui s’y rattache en philosophant : « La mort fait partie de la vie…C’est dès la naissance qu’on commence à mourir ; dès le premier souffle, la vie n’est rien d’autre qu’une mort en sursis… » ; et si enfin, d’autres se rassurent, les yeux vissés sur le paradis ou la résurrection, il faut bien avouer que la mort n’a rien d’anodin et qu’elle nous obsède tous. La mort est un tabou, anxiogène à souhait, quelle que soit l’idée qu’on s’en fait. L’auteur en est parfaitement conscient qui, en préambule, prend soin d’avertir le lecteur : « le livre est déconseillé aux âmes sensibles, etc. ».

On sait à quoi s’attendre ?
Pas tout à fait. Car s’il s’agit en effet de nouvelles qu’on peut qualifier de –sombres- en référence au thème et aux mille raisons dramatiques et/ou douloureuses qui peuvent pousser l’homme à choisir de partir plutôt que de tourner en rond, on découvre vite que l’auteur propose un autre regard : la mort, non plus comme fatalité dramatique à laquelle tout un chacun tente vainement d’échapper, mais comme un départ programmé, désiré, réalisé comme un ultime voyage où l’espérance est loin d’être absente. Un départ pour autre chose, un projet personnel apaisant.
Certains objecteront qu’il s’agit là d’une dangereuse incitation à l’autolyse. Un remake de « Suicide, mode d’emploi » ? Non, l’auteur ne pousse personne à rien et ne révélera ni les dosages adaptés, ni la composition du cocktail lytique idéal.

Ce n’est pas ainsi que j’ai perçu les nouvelles de Noann Lyne. Manifeste en faveur de l’euthanasie ? Peut être, en un sens. Affirmation du libre-arbitre ? Sûrement. On nait sans choix et sans raison, on peut décider de  partir avec raison. Les personnages de « Délivrances » font ce choix et abordent le grand départ le cœur plutôt léger, l’espérance et la paix chevillées à l’âme.
Ces nouvelles sont exceptionnelles par les réflexions assumées qu’elles supposent, la liberté d’expression et le courage dont l’auteur doit faire preuve pour aborder publiquement de telles questions. Il le fait avec tendresse, tact et pudeur. Un auteur profondément humain, doté d’une grande sensibilité, qui sait ici s’adresser au lecteur, sans racoler, choquer ou provoquer, sur un sujet dérangeant, habituellement morbide, effrayant, et pour autant, inéluctable.

L’écriture de Noann-Lyne est précise, justement dosée, extrêmement sensible et belle. Un style personnel séduisant et convaincant. Un recueil destiné aux esprits non hermétiques, lucides et heureusement curieux des choses de la vie.
J’ai beaucoup aimé.

Quelques extraits :


…« Longtemps, le rêve m’a transporté comme une sorcière sur un balai. Il me permettait d’escalader les airs, de fuir la chair. Enfermé en moi-même, je faisais des échappées qui m’emmenaient loin, dans des territoires frais, créés à la fois par des souvenirs et des fantasmes. »…
…« J’ai écarté les paupières timidement. Elles pesaient une tonne. Il me semblait que je n’avais plus ouvert les yeux depuis un siècle. J’ai entr’aperçu une lumière aveuglante et crue, d’une tout autre nature que la voûte céleste. Celle-ci ressemblait au demi-jour ouaté qui baigne l’horizon à l’aurore. Je me suis demandé s’il fallait se réjouir ou s’alarmer »…
…« C’est un lieu où la terre et la mer rivales se rencontrent, se toisent et se mesurent avant de se tourner le dos. Les bruits de la marée envahissent l’esprit. L’écho de la civilisation meurt. Il n’y a plus que la houle, le reflux des déferlantes qui perdent la vie sur les plages avant de renaître, continûment. Au bout de ce bout du monde, la terre s’oublie… ».

 

Délivrances – Noann Lyne, Éditions La Plume Noire

Article publié le 23 mars 2010 dans la catégorie Grand vin

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7 petits mots

Celeste
Rédactrice
Le 24 Mar 2010 à 20:56:54

Tes mots sont si magnifiques qu’ils coupent le souffle, touchent en plein coeur.
J’avais fermé ton recueil avec un sentiment de paix intérieure, de sérénité.

Fuir ? Oui, cela m’arrive souvent, en pensées … Je m’évade et me réfugie dans ma thébaïde …
Fuir pour un « ailleurs » ? Peut-être …
Mais ici-bas, il y a des âmes – rares – qui valent la peine d’être visitées, des âmes qui donnent envie de s’y attarder, de s’y poser fût-ce un bout de vie …
Alors il faut vivre surtout, vivre à en mourir, aimer à en mourir, désirer de toutes ses forces, jusque dans la mort. Et continuer après car l’amour ne meurt jamais. Peut-être qu’après ce sera plus fort encore …



 
Le 29 Mar 2010 à 08:11:43

Je réitère: je garde cette référence sous le coude… justement, j’ai eu récemment quelques contacts avec Laurent Coos. Un de ces quatre, j’irai faire mon marché chez La Plume Noire.



 
Celeste
Rédactrice
Le 13 Avr 2010 à 12:13:44

Merci à nos amis du blog « Je lis, tu Lis, Il Lit » d’avoir remis en exergue le recueil de nouvelles de Noann. Pour moi il s’agit plutôt d’un recueil d’amour et d’émotions, traduits à travers des mots venant tout droit d’une âme immense et une plume de grande qualité, comme je le disais plus haut.



 
Le 4 Jan 2012 à 20:08:59

Bonjour Céleste,

Je viens de terminer le livre « Délivrances » de Noann…

Ce manuscrit est un enchantement « d’images », écrit de « main de maitre », avec un talent fou ! Quelles magiques descriptions de certaines scènes, telle celle, en Bretagne, de la mer en furie et de la falaise la surplombant, où se joue les derniers instants du destin d’une âme en peine, candidate à l’au delà !

Si j’ai beaucoup apprécié la virtuosité dont a fait preuve notre jeune écrivain, je ne partage pas, par contre, sa vision féerique de cet au delà mystérieux qui attire autant les personnages suicidaires de son oeuvre. Jusqu’ici, personne n’a pu, en effet, apporter la preuve tangible d’un monde paradisiaque où l’on retrouve tous les êtres aimés. Tout au plus, certains rescapés de « morts cliniques » décrivent la traversée d’un tunnel avec, au bout, l’éblouissement visuel et émotionnel d’une lumière intense dans laquelle ils se sentaient irrésistiblement attirés…

En exprimant une idée illusoire de ce qui nous attend tous après avoir franchi l’ultime barrière de la Vie, ne risque-t-on pas d’inciter les déprimés à abandonner la lutte dans le « magma terrestre », seule chance pour notre « onde intelligente » (la soit disant âme ou subconscient) de se perfectionner avant de rejoindre le « mécanisme créatif » de l’univers ?

Peut-être, certaines « ondes » continue-t-elle à errer quelque temps dans un « monde parallèle » au notre, cherchant, grâce au phénomène de la transmission de pensée, à nous prévenir, par intuitions, des dangers ou des opportunités nous entourant ?… Nul ne pourrait l’affirmer, ou même nous aider à comprendre la subtilité du « système », pas même les indices pourtant évidents décrits dans mon propre livre.

J’ai cependant beaucoup apprécié la lecture de « Délivrances », qui nous fait rêver et apporte certainement le réconfort et l’espoir aux esprits en conflit avec notre monde de folie.



 
Céleste
Le 4 Jan 2012 à 20:41:02

Bonsoir Christian,
Tout d’abord je te souhaite une très bonne année 2012
Merci pour ce beau commentaire qui ravira certainement Noann.
Indubitablement, c’est un écrin d’émotion, d’espoir, un refuge aussi pour les âmes meurtries qui n’y trouveront que paix et confiance. Le message de Noann est très fort. Il parle d’amour mais d’un amour si grandiose qu’il n’existe pas ici-bas. C’est la force de son message qui invite à la rêverie à la méditation. La mort non comme fin en soi est le fil conducteur de ce recueil qui fait frissonner non de peur mais d’émoi, qui ne donne pas de pleurs de tristesse mais des larmes intérieures, qui viennent de l’âme, qui remuent le cœur de part en part. Les mots de Noann ont m’ont bousculée, chamboulée tout au fond, loin, très loin. Et puis, il parle d’amour comme nul autre, d’un amour au faîte de tout, au-delà de toutes les frontières.



 
Noann
Tavernier
Le 4 Jan 2012 à 20:56:28

Bonjour Chris Défi et merci pour cette lecture et ce commentaire !

En effet, le côté utopique voire dangereux du recueil ont dû faire fuir des éditeurs. L’un d’eux m’a même dit : on ne peut pas le publier, c’est une ode au suicide.

Cela dit, dans tout livre de fiction il y a … de la fiction, et comme dans le plupart des cas, une hypothèse à accepter dès le départ. Se soucie-t-on de la possibilité de rendre un homme invisible, de voyager jusqu’au bout de l’infini, de traverser les époques… Toutes choses qui ont pourtant fait la joie de millions de lecteurs et cinéphiles.

Du reste, des millions de personnes croient en la réincarnation… Serait-ce si stupide d’imaginer qu’un autre monde existe, après celui-ci.

Quinze millions de personnes ont lu « la vie après la vie » de R Moody… Preuve que la thématique n’est pas futile et que nombre de personnes y croient.



 
Le 5 Jan 2012 à 00:24:26

Bonsoir, chers tous deux !

D’abord bonne et heureuse année, de santé et de bonheur !

Oui, Céleste a raison, Noann, ton livre est avant tout une ode à l’Amour, un Amour total allant jusqu’au sacrifice de sa propre vie matérielle pour « tacher » de rejoindre « l’autre »…

Ceci dit, je ne renie pas la possibilité d’une autre vie après la mort. Moi aussi, j’ai lu « la vie après la vie » et des tas d’autres bouquins,par exemple : « Mourir n’est pas mourir », mon premier, après la perte de mon chat Kiwi que j’adorais. Une nuit, j’ai même rêvé cet extraordinaire chat noir et blanc (qui remettait inlassablement en marche, avec sa patte, le tourne disque quand la pointe diamant arrivait à la fin du dernier sillon…) assis sur ce fameux livre et me regardant tristement, comme s’il voulait me dire « vois-tu, je suis mort et pourtant je suis toujours là, prêt de toi »… Expérience vécue bouleversante, mes amis ! (et j’en ai d’autres comme celle là à vous conter…)

Tous deux, vous pourriez sans doute lire avec profit « fantastiques expériences de voyage astral », du savant américain Robert A. Monroe, chez Robert Laffont (à chercher en occasions). Je ne sais pas si ce qu’il raconte est vrai ou si ça se passe dans sa tête mais franchement c’est surprenant et décevant… si on y croit !!!

Voilà pourquoi j’ai passé ma vie à chercher la « Vérité » sur le but profond de la vie terrestre. Je pense être arrivé à une conclusion satisfaisante à coups d’indices vérifiables et ce n’est parce que quinze millions de personnes ont lu « la vie après la vie » et croient à la réincarnation que je vais y croire sur la bonne parole d’une auteur qui joue sur la corde sensible de la peur de la mort. Cette peur est le résultat des croyances religieuses qui ont imprégné l’humanité, depuis des millénaires, de l’idée d’un enfer possible pour les méchants.

Bref, ce qui nous attend reste dans le domaine de l’insondable. Quand Noann aura terminé la lecture de mon livre (s’il prend la peine de le lire patiemment), il comprendra ce que je veux dire…

Bonne nuit, tous les deux… et faites de beaux rêves !



 

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