Découverte

Bleu Terre – Jean-François Joubert

Ce beau petit livre est accompagné d’assez jolies aquarelles de Georges Briot (cliquer sur l’image pour voir une vidéo de ses œuvres), qui illustrent bien le propos : incantations de bord de mer, mouvement des vagues et du ciel, émotions face à la nature bretonne. Ce sont de petits textes de longueurs diverses, dans une sorte de prose poétique, un recueil d’émotions sur fond de tempête, de brume, d’éclaircies soudaines, et de tout ce qui fait le charme de cette région. L’auteur semble imprégné de cette nature sauvage et c’est avec un certain talent qu’il nous livre le fruit de ses impressions.

En fin d’ouvrage, il y a une surprise, quelques unes des discussions que l’auteur a eues sur des forums au sujet de ses livres. Belle sincérité, car on peut y lire aussi bien des avis négatifs que positifs. Ah c’est vraiment une bonne idée, il faudrait l’appliquer à tous les produits. Ainsi, avant d’acheter une machine à laver ou un téléviseur, on pourrait lire qu’une cliente est mécontente, qu’une autre a eu son appareil trois fois en panne en deux ans, que le service après-vente est inexistant, etc… Une idée qu’il faudra généraliser. Quant aux textes, de beaux moments, de jolies émotions, mais aussi quelques passages qui auraient pu gagner en profondeur. Je laisse le dernier mot à certaine Ludivine Cossé : « Votre texte à mon avis manque de maturité, mais pas de talent ni d’ambition. Ce n’est surement qu’une question de temps et d’expérience… »

Bleu Terre – Jean-François Joubert. Éditions les penchants du roseau

Article publié par Noann le 10 novembre 2010 dans la catégorie Découverte

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10 petits mots

Le 11 nov 2010 à 21:34:31

Noann, j’ai lu avec intérêt votre billet et ma proximité avec Bleu Terre m’empêche d’en discuter l’appréciation. Toutefois, je ne me retiens pas de glisser un mot. Vous parlez en souriant de Goncourt et je vous réponds très sérieusement qu’il dépend plus de l’éditeur que de l’auteur ; « malheureusement », Jean-François Joubert n’a pas choisi le bon parti. Et le Goncourt justement ; celui qui vient de tomber ; ses écrits sont à l’exact opposé de ceux de Jean-François. Le premier était déjà revenu de tout dès ses premiers écrits, le second persiste à enchanter ce qui l’entoure y compris les déchirements. Les meilleurs lecteurs du premier ont le rictus aux lèvres, ceux de Jean-François ont le cristallin qui brille. Je ne suis pas sûr que son texte gagnerait à être plus mature, à moins d’être radicalement autre, il pourrait se ternir.



 
Noann
Tenancier
Le 11 nov 2010 à 23:21:58

Je vous rassure, je n’aime pas Houellebecq, et si certains Goncourt m’ont enchanté, d’autres m’ont déçu. Oui ce prix comme d’autres dépend de l’éditeur, d’affinités particulières, de dessous de table. Il suffit de lire le « Chasseur Zéro », qui porte bien son nom, ou « Trois jours chez ma mère », pour s’en convaincre.
Ici je citais ce prix par dérision, comme cela arrive souvent. Ce n’est pas pour dénigrer J-F Joubert, mais le système des prix et les méthodes de travail des gros éditeurs.

Mais pour le reste de votre remarque, pas d’accord, un texte ne se ternit pas quand il gagne en maturité.Tout l’art est justement de perfectionner l’écriture sans qu’elle paraisse manquer de naturel ou qu’elle semble fabriquée.



 
jean-françois joubert
Le 12 nov 2010 à 08:02:18

La maturité c’est être adulte, je ne le serais jamais ! Noann, ce que vous recherchez c’est de la clarté, or mes écrits sont sombres, et puis pourquoi et a qui je parle ? Dieu ? Non ! Une déesse qui me délaisse, j’aimerais qu’elle ne sentent pas l’amer mais mon amour, partagé, pour la mer. Vous êtes lecteur, vous jugez des produits finis, et personnellement ma solitude créatrice m’use, ma muse ne m’amuse plus depuis qu’elle voyage, alors ce petit livre est le fruit de deux ans de travail, et de six mois d’échanges, il porte mon cygne, ma frappe, et des doubles, triples sens. Ainsi le texte où je parle de « es tu né dans un lac », une seule personne au monde peu le comprendre car derrière ce texte il y a une vie de couple, du rire, de l’émotion, des projets. Merci toutefois d’avoir mis en ligne votre article et je ne savais pas que vous me connaissiez avant mon arrivé sur ce forum idiot qui se prétends littéraire. Romain gary est mon auteur préféré,pourtant ses prix, ses deux livres au prix que vous citez, je les aime sans plus et je vous direz que pour moi son chef-d’oeuvre s’appelle « adieu gary cooper » mon livre de chevet car il utilise le second degré. Je profite de l’occasion de parler de tir na n’og et cie un forum atelier d’écriture où j’ai tout appris et puis Valérie Bulles pour sa patience, sa traque de mes dix fautes par mots. jeff



 
Celeste
Le 12 nov 2010 à 12:50:27

à Jean-François :
Je trouve votre réponse touchante … Si vous ne serez jamais mature, tant mieux … Surtout et avant tout, gardez le sens de l’émerveillement.
Attachée à ce site – qui est pour moi le seul d’où émanent franchise, sincérité et intégrité – la plupart se bornant à encenser les auteurs par peur de décevoir … ou par lâcheté car il faut avoir le courage de donner son ressenti tel qu’il vient du coeur même si celui-ci ne rencontre ne rejoint pas la majorité, je me permets de vous répondre aussi sincèrement. Si vous ne serez jamais mature, tant mieux.
Et puis sachez que moi aussi j’apprécie beaucoup Romain Gary, en particulier « Les racines du ciel », qui occupe une place de choix dans ma bibliothèque afin de m’y replonger souvent. Christian Bobin aussi me donne de beaux voyages. Bonne chance à vous pour la suite.



 
Le 12 nov 2010 à 13:10:22

Jean-François, je te salue.

Noann : « Tout l’art est justement de perfectionner l’écriture sans qu’elle paraisse manquer de naturel ou qu’elle semble fabriquée. »

Oui, je suis d’accord avec vous à condition qu’il existe un art en soi, ce que je doute. L’écriture est avant tout un des moyens d’expression que l’homme a aiguisé (certainement le dernier et non l’ultime – je parle bien de moyen et non de technique). Autour d’un texte il s’opère une alchimie que l’on pourrait décrire comme la rencontre de la singularité d’un auteur avec celle d’un lecteur.

Avant de me décider à publier Bleu Terre, outre que le texte m’avait intrigué et séduit lorsque je lu le manuscrit – c’est visible dans la postface -, je me suis posé deux questions : ce texte est-il singulier ? Ma réponse fut oui, sans hésiter ; la seconde fut : peut-elle rencontrer celle de quelque lecteur ? Ma réponse fut oui, après quelques hésitations. J’ai fait le « pari » – à mon échelle – que ce livre rencontrerait vraiment 100 lecteurs en trois ans. Ce pari fut gagné en à peine une demi année : le contenu de ma boîte mail en est la preuve.

Maintenant, l’écriture de Jean-François peut-elle aller plus profond ? J’en suis persuadé ; peut-elle être plus singulière ? Sans aucun doute. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse alors de maturité mais d’ouverture et de profondeur de champ. Et sans doute un peu – je dis ça pour Jean-François – d’intérêt pour l’habillage de la langue et sa transmission depuis des siècles (Valérie, que je ne connais pas, fut très émue à la sortie de Bleu Terre).



 
Noann
Tenancier
Le 12 nov 2010 à 16:05:32

Oui tout à fait.

Mais le mot « maturité », ce n’est pas de moi, cette phrase de « Ludivine Cossé » est tirée de votre livre, tout simplement, dans les réaction de lecteurs, à la fin.

« Votre texte à mon avis manque de maturité, mais pas de talent ni d’ambition. Ce n’est surement qu’une question de temps et d’expérience… »

Le mot « maturité » n’est probablement pas le plus approprié. J’en cherche un autre… Je m’en vais consulter mon dictionnaire perso de 20.000 mots

L’écriture de Jeff-Joubert a ses qualités et ses défauts, mais elle peut aller plus loin…. Trop personnelle il me semble. Il faut se tourner vers les lecteurs et leur parler, à eux, pas monologuer. Pourrait être encore plus profonde et plus expressive.



 
jean-françois joubert
Le 12 nov 2010 à 16:54:04

Noann, connaissez-vous le point commun entre l’écrivain et le lecteur ?



 
jean-françois joubert
Le 12 nov 2010 à 18:40:23

la réponse Noann est bien belle je trouve, personnellement je m’exprime c’est tout, le point commun est l’Histoire avec un petit h de chaque individu, vous écrivez, vous aussi…. êtes vous un plumitif, un écrivain ? je n’en sais rien car je ne cherche pas cette nuance, j’aime la simplicité et rejette le trop complexe. Breton, je le suis et Brest ma ville est meurtrie, moi aussi.

au fait merci pour le billet !



 
Noann
Tenancier
Le 12 nov 2010 à 20:12:30

« êtes vous un plumitif, un écrivain ? »

Plumitif en cours d’émancipation.

Quel correcteur orthographique utilisez-vous ? C’est très performant !



 
jean-françois joubert
Le 13 nov 2010 à 06:22:18

je me suis juste assis dix ans derrière un ordinateur, « Druide » et le forum tir na n’og où l’on trouve de belles plumes, et puis même de 30 à 40 ans on peut apprendre, et « plumitif » ce doit être un compliment alors je le prends tel quel.
Bonsoir



 

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