Cru bourgeois

Les Personnages – Sylvie Germain

:twisted:Si je devais conseiller quatre auteurs phares pour apprendre à écrire, ce serait Georges Perec, Julien Green, Patrick Suskind et Sylvie Germain. Le premier parce qu’il maitrise les descriptions d’objets, le second les émotions, le troisième les odeurs. Quant à Sylvie Germain, c’est la spécialiste des personnages. Dans ses romans, ils remplissent tout l’espace. Son roman « l’inaperçu » décrit avec brio et richesse les rapports complexes entre les membres d’une famille. Une vision acerbe, magnifiée des individus, vue comme à travers un jeu de lentilles. La lunette Germain nous donne à voir les personnages comme aucune autre ne l’avait fait.

Un extrait  de l’Inaperçu :

« Ça marche maladroitement, sans la moindre élégance, une femme toute nue, au crâne rasé, jetée en pâture en plein jour dans les rues d’une ville ou d’un village encombrées de gens fort bien habillés, eux, portant cheveux correctement coiffés et chapeaux, et surtout leur dignité en sautoir. Céleste subit sans un mot la séance de la tonte, pourtant exécutée avec brutalité. Elle refusa de se déshabiller, certains de ses justiciers le firent pour elle, en lui déchirant ses vêtements. De quelle pudeur prétendait-elle se targuer, une salope de son espèce qui ne s’était pas privée de se foutre à poil devant un Chleuh  et de se faire sauter par lui pendant que son mari trimait en Allemagne ? »

Il n’est pas étonnant dès lors que Sylvie Germain ait rédigé un livre intitulé « les Personnages ». 25 textes qui dressent un panorama des relations ambiguës entre un auteur et ses créatures. Des observations judicieuses. D’autres qui auraient mérité plus de développement. Insolite, intelligent, interpellant, mais in-peu-bref…

« Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l’heure. On ne sait pas d’où ils viennent, ni pourquoi ni comment ils sont entrés. Ils entrent toujours ainsi, à l’improviste et par effraction. Et cela sans faire de bruit, sans dégâts apparents. Ils ont une stupéfiante discrétion de passe-muraille. Ils : les personnages. On ignore tout d’eux, mais d’emblée on sent qu’ils vont durablement imposer leur présence. »

« Et c’est ainsi que, sans prononcer un mot, les personnages nous somment de fabuler. »

« On peut noircir des milliers de pages, égrener des myriades de mots sur un écran, sans cesse survient une nouvelle page, immaculée, saturée de silence, sans fin l’écran se vide, glacé et glaçant de blancheur »

Les Personnages – Sylvie Germain. Éditions Gallimard/ Folio

Article publié par Noann le 15 novembre 2010 dans la catégorie Cru bourgeois

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