Tuer le temps / Nimzowitsch
Tuer le Temps est un roman d’un genre assez particulier, qui ne renie cependant pas certaines coutumes du polar et du roman noir.
Marie est une institutrice d’apparence tout à fait banale et même tranquille. Une mère de famille nombreuse qui vit en plein cœur de la société tout en lui tournant le dos. Pourtant elle a dans le fond de son esprit des idées machiavéliques, voire carrément tordues. Son hobby : pratiquer très régulièrement le meurtre et la torture de la façon la plus sordide possible. Au lecteur, elle dévoile sans honte ses pensées morbides et ses plans. Elle tient en outre une sorte de guide pour mieux tuer, violer, massacrer, piller. Elle signe ses crimes en déposant la première page d’un roman sur le lieu du drame, car d’après l’auteur il suffit de lire la première page d’un roman et quelques unes à la fin, le reste est superflu. Ma foi, il est vrai que dans un roman il y a toujours beaucoup de remplissage. Mais peut-être valait-il mieux garder cette idée sous silence. Les lecteurs se font rares… A ce propos, je trouve que certains développements auraient pu être moins longs, qui donnent une certaine lenteur à ce roman, mais c’est là aussi ce qui fait son caractère.
Le style est une bonne surprise, il est personnel et travaillé, avec un vocabulaire riche et une syntaxe irréprochable, sans être pour autant rébarbatif. Le personnage de Marie est cinglant, amusant même, tant l’auteur jongle avec les traits de caractère et les anecdotes, sur un ton léger et grave à la fois, avec un soupçon de philosophie parfois un peu moraliste. C’est une belle réussite pour le premier livre d’une nouvelle maison d’édition. Toutefois il aurait gagné à être moins long, d’autant qu’à l’heure actuelle il n’est proposé qu’en fichier pdf. L’éditeur promet qu’il sera bientôt disponible en version papier. C’est une bonne nouvelle.
Marie ne comprenait pas. Elle aurait préféré être ailleurs, ne le pouvait pas, elle se serait exclue d’elle-même et mise en danger. Les filles étaient assises à côté, pour faire bonne figure. Elles avaient droit à la messe mais pas au catéchisme : Marie ne tenait pas à faire du zèle, et ne faisait absolument pas confiance au curé. Ces soupçons n’étaient peut-être pas fondés, il ne tripotait pas nécessairement les gosses. Elle se foutait qu’il le fasse ou non. Si c’était le cas il devait y aller sans capote, rien à redire, la loi de Dieu était respectée. Plus elle regardait ce sale ratichon, plus elle était sûre qu’il avait déjà dû y penser. Y penser souvent. Y penser encore. Comme elle avec les meurtres.
Tuer le temps / Nimzowitsch. Éditions de l’Abat-Jour. Téléchargeable sur le site de l’éditeur

il attend patiemment son tour sur ma table de chevet… très curieuse et envie de m’y coller bientôt !