Cru bourgeois

Retourne de là où tu viens – Annette Lellouche

Nous faisons connaissance dès la première ligne avec Francette, et nous ne la quitterons plus. Le lecteur aura envie d’enfiler les pages pour savoir le fin mot. Francette est férue d’écriture (beaucoup de personnes se reconnaitront en elle). Elle fréquente une sorte d’école de la seconde chance, un cercle littéraire peuplé essentiellement par des dames, mais dont l’animateur est un homme. Il restera d’ailleurs assez discret, pour ne pas dire secret. Et que se passe-t-il dans un groupe de dames ? Ça bavasse, ça cafte, ça jase. Mais surtout, il y a parmi elles un vilain corbeau. Francette reçoit régulièrement des mails vindicatifs, mettant en cause son talent… Elle y voit un acte raciste. Elle est d’origine tunisienne, et bien que résidant en France depuis toute petite, la haine de la différence refait surface… Mais qui donc envoie ces messages insultants ? Cette question revient tout au long du récit.

Or voici qu’un concours de nouvelles est organisé. Francette y participe, mais le démon virtuel revient régulièrement pour la décourager. Au lieu de se laisser abattre, elle tire une force inespérée de la situation, et comme l’enseignait Nietzsche, elle fait de son épreuve une arme nouvelle, une force…

Retourne de là où tu viensJ’avais beaucoup aimé « Un soir d’été en Sardaigne » du même auteur, intrigue bien construite où le suspens amoureux règne jusqu’au bout. « Retourne de là où tu viens » est assez différent. On sent beaucoup de vécu. L’ambiance des cercles d’écriture est bien rendue, les rivalités entre écrivains, auteurs, écrivants (oserais-je dire plumitifs ? Ne généralisons pas…) En ce qui me concerne j’ai souvent fréquenté ce genre de lieu où l’on désapprend à écrire. Ils sont organisés par un spécialiste, la preuve, il n’a jamais été publié, il montre la voie à ne pas suivre, c’est déjà ça. La maxime dit bien : celui qui sait faire quelque chose le fait, celui qui ne sait pas le faire l’enseigne, et celui ne sait pas enseigner inspecte. Bref.

Ambiance tendue dans ce petit livre d’Annette Lelouche qui sonne vrai, et juste. C’est à tout le moins une autofiction, peut-être même une biographie réaliste… En revanche, les digressions sur le passé de Francette, et la leçon de morale sur le racisme m’ont paru conventionnelles, et rompent pour quelques pages le filigrane. Quant à la fin, j’ai regretté qu’il n’y eût quelques pages de plus. Le roman prend toute sa dimension dans les derniers chapitres… Pas vraiment d’intrigue poussée, comme pour « Un soir d’été… » mais plutôt une histoire qui repose essentiellement sur un personnage principal assez fort, Francette, très émotive, qui éclipse parfois les autres… Celles-ci sont toutefois truculentes : la fébrile, l’androgyne, la doyenne… Autant de personnes attachantes, avec leurs manies et leurs caractères bien trempés, qui auraient peut-être pu apparaitre plus tôt et être plus présentes…

Retourne de là où tu viens d’Annette Lellouche. A5 éditions

Article publié par Noann le 30 mai 2012 dans la catégorie Cru bourgeois

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