Bonjour !

Bienvenue sur Livrogne point comme !

Depuis 2010, les avis de lecture d’une pléiade de lecteurs passionnés…

Plus de 650 articles.

 
 
vin de table

L’Éternel fiancé – Agnès Desarthe

Elle n’a que quatre ans quand elle envoie promener un petit gars du même âge, qui lui déclare son amour, sous prétexte qu’il n’est pas bien coiffé, un petit garçon tout en émotions qu’elle repousse aussitôt.

Pourtant, elle se rend compte de son erreur. Bien des années plus tard, à plusieurs reprises, Étienne va se télescoper avec elle. D’abord au lycée, où leur histoire aurait pu démarrer, puis à la fac, où elle envoûte son frère. Et enfin, après un rupture destructrice. Encore et encore, elle lui fait une place, elle hante sa vie tel un spectre. Et puis, elle vit sa vraie vie, auprès de sa famille versatile, cyclothymique. Sa mère en quête de sérénité, a trouvé l’amour auprès d’un homme rassurant, plus âgé.

Doucement, la jeune fille vivote… Jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’Yves. Et tout de suite c’est l’amour, le grand, l’immense.

Éternel fiancéAvec une plume délicate et remplie de tendresse, l’auteur dessine des bouts de vie où l’humanisme occupe une place prépondérante, elle nous livre des histoires un peu dégrafées où en vérité, il ne se passe pas grand-chose… La thématique du sempiternel retour de l’amour d’enfance, déjà traitée mille fois par moult auteurs, revient ici et l’auteur ne nous donne aucunement l’occasion de nous réjouir d’une issue originale qui sorte des sentiers battus, ceux de l’amant déchu, de la petite jeune fille effrontée qui séduit et se joue des sentiments amoureux d’un garçon maladroit.

Au gré du roman que j’ai eu de la peine à lire jusqu’au bout, il ne se passe désespérément rien. Certes, on se laisse porter par l’histoire de cette jeune femme et de son entourage, un mari, deux enfants, une vie banale en quelque sorte, sous le joug de longues périodes d’incertitude. Seul personnage qui apporte une étincelle dans ce paysage monotone, Marie-Louise, une arrière-grand-mère et son arrière-petite fille, camarades de toujours. Et puis il y a la mère de l’auteur, une femme toujours dans les nuages, capricieuse, qui collectionne les sacs en plastique…

Ce récit m’a laissée sur ma fin, voire déçue, habituée de l’excellence des écrits de cet auteur.

L’Éternel fiancé par Agnès Desarthe, éd. de l’Olivier

Date de parution : 19 août 2021  
Article publié par Catherine le 2 octobre 2021 dans la catégorie vin de table
Vos petits mots...
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
vin de table

Six pieds sur terre – Antoine Dole

Depuis leur naissance, Camille et Jérémy se cherchent, courent l’un vers l’autre, mais ils ne le savent guère… Ils ont grandi, se sont « re »trouvés et s’aiment, certes, sans pourtant vivre pleinement cet amour et être heureux ensemble. Jérémy ne peut cacher à Camille ses douleurs d’antan et la noirceur de son passé qui l’obsède. Et, lorsque Camille lui confie le désir d’avoir un enfant, Jérémy vacille, s’écroule, ne peut s’imaginer dans le rôle de père. Et se frayer un chemin parmi les vivants alors qu’il n’a jusqu’ores côtoyé la mort le plus souvent lui-même.

Vaille que vaille, les deux jeunes gens au cœur meurtri, à l’âme cabossée, certes épris l’un de l’autre, ne parviennent pas à contrer la dépression qui menace d’empirer pour l’un et grignote insidieusement l’âme de l’autre. Peu à peu, Jérémy voit resurgir la sinistrose morbide et le désarroi qui ne l’a jamais quitté, apaisé quelque temps par l’amour de Camille.

L’auteur nous entraîne dans les tréfonds de deux cœurs de guingois et nous invite à devenir les témoins de ces malades de la vie que la dépression a rendu fébriles et inaptes à l’amour, fuyant les lendemains de quiétude au risque de chavirer une fois encore et préférant nourrir leur perdition plutôt que se laisser aller à la quête du bonheur, fût-il fugace, parce qu’ils ont nagé trop longtemps dans un bain de tristesse incommensurable. Il nous convie dans un huis clos où règne le mal-être et la désespérance, nous laissant complètement effondrés, comme abandonnés sur le bord d’un ravin, s’accrochant tant bien que mal pour ne pas tomber.

six pied sur terreMalgré une écriture troublante et métaphorique, l’auteur n’arrive pas à nous délivrer de cette effroyable détresse qui nous poursuit et séjourne dans ce roman en filigrane.
Jusqu’à l’antépénultième phrase de la fin, je suis restée quelque peu dubitative. Peut-on vraiment ressortir indemne de ce récit de naufrage qui ne nous laisse guère de chance de survie, même si l’infime rai de lumière qui éclaire l’épilogue du roman, donnant un sens au titre de l’ouvrage qui laissait présager un espoir…

Un premier roman de littérature pour adultes d’Antoine Dole, alias Mr Tan, auteur de la série jeunesse phénomène Mortelle Adèle.

Six pieds sur terre d’Antoine Dole, éd. Robert Laffont

Date de parution : 23 août 2021  
Article publié par Catherine le 11 septembre 2021 dans la catégorie vin de table
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

57 rue de Babylone, Paris 7e – Alix de Saint André

En 1974, Alix intègre le très réputé lycée Victor-Duruy, où étudient de jeunes filles fortunées et à la mode. Pas vraiment son style ce lycée huppé et snob, elle qui arrive de Saumur. Fort heureusement, elle y rencontre Pia et devient son amie. Pia est la parfaite petite bourgeoise chrétienne, bien loin de ce que représente son entourage, peu conventionnel, voire ordinaire. Ainsi, Alix fait la connaissance de la famille de Pia, à mille lieues de ce qu’elle imaginait. La maman tient une pension de famille, nommée jadis le Home Pasteur, tenue auparavant par la grand-mère, au 57, rue de Babylone. Dans cet établissement vit Samuel, le papa de Pia, très cultivé et producteur de musique classique pour une clientèle élitiste qui lui assure de quoi faire vivre sa maison d’édition. Tandis que sa femme surnommée Cocotte, d’origine italienne, et sa sœur Monica détiennent le cordon de la bourse et entretiennent toute la famille.

57 rue de BabylonePia est rigoureuse, classique tandis qu’Alix, dont le père dirigeait le Cadre noir de Saumur, l’excellence hippique, rêve de fantaisie et de lendemains de liberté. Pourtant, une grande amitié naît entre elles deux, improbable puisqu’elles semblaient aux antipodes l’une de l’autre.

Dans la pension de famille tenue par la mère de son amie, Alix croise des hôtes insolites, du jeune Américain au vieux comédien bougon, des personnages extravagants, tous plus farfelus l’un que l’autre et dans ce monde hors des conventions, Alix découvre les amours, le bonheur, les chagrin aussi…

Avec un talent indéniable, une plume enlevée, l’auteure dépeint un univers disparu aujourd’hui et rend hommage à un pan de sa vie qui lui a permis d’approcher la liberté et d’en faire son credo.

On se laisse porter jusqu’au bout par l’histoire de cet établissement insolite et l’on suit les pérégrinations des personnages que cette pension a logés. Et l’auteure, sous quelques chapitres syncopés, relate l’atmosphère du lieu depuis le temps de l’Occupation, lorsque que le Home Pasteur était tenu par la grand-mère de Pia, jusqu’à sa fermeture. Elle parle aussi du temps où des célébrités se croisaient, tels le mari de Françoise Sagan, ou le scénariste de Chabrol. Des personnages saugrenus se retrouvent régulièrement dans cet antre de liberté, chargé de fantaisie, sous le joug des années sexe et rock and roll.

Un roman délicat et goguenard, livré à travers la plume de la magistrale Alix de Saint-André qui, comme à l’accoutumée, ne cesse de nous surprendre et nous ravir.

Irrépressible… Convaincant. À lire absolument.

57 rue de Babylone, Paris 7e par Alix de Saint André, éd. Gallimard

Date de parution : 1er avril 2021  
Article publié par Catherine le 15 août 2021 dans la catégorie Grand vin
Vos petits mots...
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Cru bourgeois

Celle qu’il attendait – Baptiste Beaulieu

Eugénie D. est une jeune femme un peu spéciale, un peu différente, que le monde insupporte, effraie même. Elle se réfugie dans un monde imaginaire rempli de poésie, se crée un univers décalé, invente des choses insolites, comme la cravate-parapluie ou la poussette à pastèques. Il faut dire que déjà quand elle est née, elle avait des particularités très rares… Un curieux bébé à la peau quadrillée qui lui donnait un air de martien, venu d’une autre galaxie. Ainsi sa peau était maculée de cases blanches et noires, comme des mots croisés. En grandissant, le damier s’est mélangé et la voici devenue une jeune femme aux formes généreuses, très belle pensent certains tandis que pour la plupart elle inspire l’indifférence ou la répulsion souvent.

Un jour de pluie à la gare Montparnasse, elle croise Joséphin, tout le contraire d’elle, très maigre, très grand et meurtri par une timidité maladive et une déprime larvée qu’il soigne en modelant, sculptant, s’adonnant au travail de la céramique. Issu d’un pays où pleuvent les bombes, il est chauffeur de taxi à temps partiel et sculpteur-céramiste, une passion qui l’occupe des heures entières.

Celle qu'il attendaitEugénie et Joséphin tombent amoureux très vite. Et très vite, ces êtres aux ailes abimées qui se percutent en plein vol, s’apprivoisent et se consolent dans les bras l’un de l’autre. Puis, très vite aussi, leur vie bascule, se complique…

Ces deux écorchés de la vie s’épanchent de plus en plus et de leurs confidences ressortent des souffrances similaires liées au passé, les stigmates qu’ont gravé dans leur cœur le monde cruel, les meurtrissures que les gens leur ont infligées à coup de marteaux piqueurs. Pas à pas, l’on suit ces personnages attachants et fragiles, de ces deux muets qui s’entraident et se livrent enfin, se délivrent même, à coup d’amour et de soutien.

L’auteur nous livre un conte aérien où l’amour s’immisce entre chaque ligne, s’épanouit à tout va, se fiche des bien-pensants, contourne le raisonnable en se moquant de ce qui pourrait gêner le politiquement correct.

L’histoire de deux êtres que rien ne semblait rapprocher, si ce n’est peut-être les douleurs du passé qui les ont fait fléchir…

J’ai apprécié dans l’ensemble cette promenade dans les tréfonds d’âme en détresse mais regrette peut-être que l’auteur ne se soit pas attardé sur la personnalité des protagonistes…

Celle qu’il attendait de Baptiste Beaulieu, éd. Fayard

Date de parution : 5 mai 2021  
Article publié par Catherine le 25 juillet 2021 dans la catégorie Cru bourgeois
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

Voulez-vous danser ? Annette Lellouche

« Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier d’amour et d’espoir. » Marc Chagall

Des bouts d’existence de femmes au cœur écorché, à l’âme cabossée par les meurtrissures de la vie, mais aussi des soubresauts d’espoirs, des cœurs en émoi. À travers un bouquet de nouvelles, l’auteure raconte ces femmes, ces héroïnes anonymes, ces femmes d’exception, chacune à leur manière. Toutes celles qui, sous le dais de la perdition, se sont arc-boutées à une étoile, celles qui ont bravé les vents contraires et les éléments déchaînés pour survivre à tout prix et connaître des lendemains de soleil et d’azur, fût-ce un instant.

Et le lecteur se retrouve embarqué pour une valse langoureuse ou un tango endiablé aux côtés de ces belles cavalières pleines de grâce et de tendresse, pleines de larmes aussi pour certaines, mais toujours invincibles dans leur course au bonheur. Car elles sont belles ces dames combattantes pour des jours meilleurs, pour un ballet de la dernière chance, de la résurrection. Ainsi, nous croiserons tour à tour, entre autres, Jeanne, qui, sous prétexte de pannes avec son ordinateur, contacte le jeune technicien plusieurs fois par jour, parce qu’elle le trouve gentil, juste pour lui parler, et puis Éliette, qui voyage avec Robert. Ensemble, ils taillent la zone, toujours à la recherche de nouveaux paysages, de nouvelles rencontres. Il y a la généreuse Francine, qui espère gagner à un concours et offrir un voyage à sa voisine, ou Émilie, qui, lors d’une soirée dansante, tente le tout pour le tout et invite un homme qui lui sourit simplement.

voulez vous danserTout ce petit monde qui vacille, trébuche et perd pied jamais ne chute parce dans cette perdition, des amitiés naissent, une solidarité se crée et il émane de ces femmes d’infortune, merveilleuses et émouvantes, une intense joie de vivre et un immense désir de la communiquer. Et elles y parviennent ces belles âmes sensibles, à coup d’espoir, d’amour et d’émotions.

Et l’auteure de faire passer ce message en donnant le « la » à sa partition de mots, l’espérance et l’amour toujours en filigrane…

Dans mon cœur résonne l’écho de ces pans de vie – et certains me parlent – et remue en moi des souvenirs d’écorchures pansées par un regard aimant, une caresse, un éclat d’amour lancé en plein cœur, un tango dans les bras d’un fougueux cavalier, ou de bras maladroits mais réconfortants, d’un sourire qui enivre, d’un visage que l’on veut garder pour le contempler au réveil…

À lire, indéniablement…

Voulez-vous danser ? par Annette Lellouche

Article publié par Catherine le 3 juillet 2021 dans la catégorie Grand vin
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

Journal amoureux – Benoîte Groult et Paul Guimard

Il fallait le faire… Publier en 2021 un journal écrit en 1959, qui couvre la période 1951-1953. Le journal intime de deux amoureux, et pas n’importe lesquels. Paul Guimard voulait aider sa femme, Benoîte Groult, à se lancer dans l’écriture. Il relève le défi et celui-ci est concluant : cet écrit est resplendissant. Paul Guimard parle avec tant d’emphase de celle qui partage sa vie. Humour, phrases volubiles c’est elle, bien elle, Benoîte Groult.

Alors qu’est-ce qu’on peut bien faire de sa vie quand on pas d’activités professionnelles ? On épouse, on fait des enfants, on assume son rôle de mère de famille, tant bien que mal, et un quotidien sans anicroche. Le couple est solide bien que naissent parfois quelques infidélités. L’on aime ailleurs, mais discrètement.

Journal amoureuxJ’ai été surprise d’apprendre que Benoîte Groult a découvert tardivement le plaisir de l’écriture et pris le train en marche, alors que son époux était déjà coutumier de l’exercice périlleux de coucher sur papier ce que sa plume avait de prolixe puisqu’il était journaliste – ils l’étaient tous deux d’ailleurs mais Benoîte Groult n’exerçait pas – et l’auteur du très beau roman « Les choses de la vie », qui sera adapté au cinéma et interprété par Michel Piccoli et la délicieuse Romy Schneider. Mais qu’avait-elle de richesses jamais révélées ? Paul Guimard a cru en elle, intimement convaincu par le talent indéniable de cette épouse indomptable et rebelle que le destin avait mis sur sa route. Ils se lancent tout de go dans un journal à quatre mains qui parle de leur couple, des journées qu’il leur inspire.

D’abord, chacun griffonne de son côté, sans manquer de jeter un petit coup d’œil furtif sur ce que l’autre dévoile. Ils relatent ainsi leurs émois, leurs défaillances, tout ce que leur relation leur apporte au quotidien, tout ce que l’un et l’autre nourrissent dans la relation de couple. Ils écrivent au lit sur ce que leur inspire la journée basée sur l’état de leur relation, l’un à part de l’autre, d’abord, puis l’un avec l’autre.

En conclusion : voici un journal ingénieux, tantôt jubilatoire, tantôt cruel, issu d’une plume magistrale… Aussi, le constat indéniable d’écrivains talentueux couronnés de gloire et de nombreux succès…

À lire, non pour découvrir quelques pans de la vie intime d’un couple de renom mais bien pour savourer le chassé-croisé de deux plumes amoureuses et envolées…

Journal amoureux de Benoîte Groult et Paul Guimard, préface de Blandine de Caunes

Date de parution : 24 mars 2021  
Article publié par Catherine le 26 juin 2021 dans la catégorie Grand vin
Vos petits mots...
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Cru bourgeois

Lettres non-écrites – David Geselson

Un metteur en scène et auteur nourrit le projet de demander aux spectateurs de rédiger avec lui une lettre jamais envoyée. En 35 minutes, il exposera le sujet et donne 45 minutes aux participants pour écrire. Ainsi, des quatre coins du monde, de la plume d’écrivains en herbe seront couchés sur papier des mots d’amour, de pardon, des émois, mais aussi des mots de haine, des regrets, des désarrois, des perditions. Chacun ira de son expérience personnelle, de ses passions, de ses heurts, de ses fissures aussi, en vrac, en ne se doutant pas une fois que de ces échanges épistolaires, naîtra un projet théâtral.

De ces fragments de vie, ce ballet d’échanges de mots jamais dits, de mots criés au fond du cœur, de chaos, d’exaltations, ourdit l’élaboration d’un recueil de lettres tues jusqu’ores. Et c’est de là que fleurira la pièce de théâtre tant espérée par le metteur en scène.

Un recueil de lettres intéressant, qui érige un projet longuement mûri par l’auteur qui s’est imaginé écrivain public pour mettre en scène la parole de spectateurs, futurs bateleurs. Et soudain, la vie des protagonistes devient une pièce de théâtre. Pour réaliser son projet, l’auteur a sillonné les théâtres d’une ville à l’autre pour proposer aux spectateurs qui en sont désireux de rédiger la lettre qu’ils n’ont jamais osé écrire, lesquelles seront lues ensuite par des comédiens et par David Geselson lui-même, lors de prochains spectacles.

De cet assortiment de lettres fleurira bientôt de nombreux spectacles tous destinés à donner une chance à des comédiens novices, improbables, qui se voient désormais partager leurs bouts de vie et les déclamer sur les planches, une occasion à saisir pour tous ces comédiens de fortune que de divulguer un pan de leurs vies, mis en exergue à présent.

À ce titre, les acteurs seront un enfant, un frère, une mère, un père et sa fille en plein courroux, un amour, une amante, un mari plus jeune que son épouse. L’on passe tantôt du rire aux larmes, des appels au secours à la sérénité, des bleus à l’âme aux lendemains plus apaisés, des écorchures du cœur aux matins exaltés, tous ces sentiments gardés scellés et enfouis dans les tréfonds de l’âme, de la plume interdite tout à coup trempée dans l’encre douce-amère, de murmures de parloirs enfin hurlés.

Lettres non écritesDes mots qui virevoltent, s’arc-boutent dans un écrin que l’on désirerait conserver dans les tiroirs de notre âme, pour que jamais plus ils ne soient oubliés mais psalmodiés sur toutes les scènes du monde, histoire de les mémoriser, une fois le livre refermé, aller pouvoir entendre sur scène et poursuivre encore et encore l’objectif espéré par l’auteur et le metteur en scène de toucher, émouvoir, laisser dans chaque cœur une trace indélébile de ces instants livrés et partagés.

Férue des belles lettres d’antan, lorsque l’on s’écrivait et disait – car il n’existait alors d’autre moyen de communication que les mots dits tout bas et ceux griffonnés, ou encore déclamés, que l’on couchait sur le papier ses émois, je me suis laissée porter par ce roman épistolaire et insolite. Mon seul regret serait peut-être que ce récit ne se rapproche un peu trop du scénario plutôt que du roman et ressemble en cela plus à un syllabus destiné aux futurs comédiens qui entrent à l’académie ou au Conservatoire…

Lettres non-écrites de David Geselson, éd. du Tripode

Date de parution : 1 mars 2021  
Article publié par Catherine le 23 mai 2021 dans la catégorie Cru bourgeois
Vos petits mots...
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

La fragilité des funambules – Verena Hanf

Après avoir déserté la Roumanie, Adriana pose ses valises en Belgique. Elle confie à ses parents son fils Cosmin. Hantée par un passé douloureux, elle laisse mûrir en elle la haine et l’amertume. Employée par une famille allemande fortunée, Adriana assume désormais des fonctions de nounou. Elle s’occupe de la petite Mathilde, six ans, une enfant difficile et capricieuse. Entre sa maman Nina, souvent absente et alcoolique et son père, Stefan, discret et taciturne, il règne une ambiance douce-amère.

Et puis, il y a Gaston, qui l’enlève le week-end et lui prête son épaule. Auprès de lui, Adriana retrouve un peu d’apaisement et arrive parfois à oublier, fût-ce un instant, les trahisons qu’elle a subies jadis et la noirceur de son quotidien. Ainsi s’installe un équilibre précaire très vite bousculé par la mère d’Adriana, momentanément indisponible et peu enthousiaste à accueillir chez elle son fils.

La fragilité des funambulesAu fil du récit, on en apprend un peu plus sur chacun des personnages, certains de prime abord aimables et d’autres revêches et antipathiques, ceux-là mêmes qui se retranchent derrière un mur glacial pour se protéger de leur malheur et leur perdition, et à qui l’on finit par pardonner leurs comportements odieux. Et l’on se retrouve à s’apitoyer sur les attitudes des personnages qui n’avaient pas notre sympathie jusqu’ores, à les soutenir désormais et à les comprendre, allant même jusqu’à leur souhaiter des lendemains meilleurs.

Je me suis laissée porter par ce roman, à l’atmosphère entre gris clair et gris foncé, distillant les relations humaines qui vacillent et s’évanouissent si vite que l’on perd pied et dégringole tantôt à cause d’un infime cahot ou pour avoir trébuché au bord du précipice immense qu’engendre les relations humaines…

Je conseille vivement la lecture de ce nouvel opus. J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la plume magistrale, tout en émotions et délicatesse, de l’auteure du magnifique Tango tranquille chroniqué ici il y a quelque temps…

La fragilité des funambules de Verena Hanf, éd. Deville

Date de parution : 8 avril 2021  
Article publié par Catherine le 26 avril 2021 dans la catégorie Grand vin
Vos petits mots...
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
1 2 3 4 5 6 7 ... 83 84 »

Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne