Cru bourgeois

La gifle – Christos Tsiolkas

Voici comment un barbecue peut transformer le plus agréable des déjeuners en tragédie …
Tout se passait bien en cette journée d’été chez Hector et Aisha … Le vin est goûteux, la musique berce les cœurs, les braises crépitent parfaitement, le barbecue s’annonce être un bon moment convivial.
Mais l’ambiance tourne au vinaigre dès le départ. Harry, le cousin d’Hector, donne une claque à Hugo, 4 ans, le fils de Rosie. Les parents sont furieux et décident de déposer plainte …
S’ensuit alors une série d’échauffourées entre les convives …

Un premier roman pour cet auteur grec installé à Melbourne, qui livre le portrait d’une Australie au bord de l’implosion, où se côtoient le racisme latent, les fissures d’une société métissée, les faiblesses du libéralisme.couverture la gifle

Il consacre un chapitre à chaque personnage, sans doute pour mieux en imprégner le lecteur. Ainsi, l’on croise des parents paumés, des ados en perdition, des amis-ennemis, qui se rencontrent, se lient, se délient, se querellent aussi … En toile de fond : la drogue, l’alcool, les frustrations familiales, une vulgarité consternante.

Avec des mots crus, percutants, l’auteur dépeint la folie des hommes à travers une quinzaine de personnages emblématiques de cette société australienne bousculée, en plein chaos. Ses mots font l’effet d’un uppercut tant il use et abuse avec talent de sarcasmes et d’humour acide.

L’occasion aussi de découvrir une société dont on ne connaît que quelques bribes, même si le portrait de celle-ci est mouillé de vitriol par l’auteur.

468 pages qui vous bousculent, vous remuent dans tous les sens et … vous font l’effet d’une claque en pleine figure !

La gifle – Christos Tsiolkas, Éditions Belfond.

Article publié par Catherine le 7 février 2011 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Les heures silencieuses – Gaëlle Josse

Delft, 1667. Magdalena semble avoir tout pour être heureuse. A cette époque, la Hollande a soif de conquêtes maritimes, tout étranglée qu’elle est dans ses polders marécageux. Ses navires parcourent le monde, en particulier l’Asie, à la recherche de porcelaines rares et de matières nobles. Le père de Magdalena était un riche et brillant commerçant, sur qui la malédiction est tombée : sa femme n’a enfanté que des filles. Cinq enfants, et cinq filles. Pas un seul mâle ! Toutefois il s’accommode tant bien que mal, et finit par les adopter. A Magdalena, il donnera de l’amour, à sa façon. Il l’accueillera comme une princesse sur son navire. Mais les filles ne peuvent pas voyager. Elles sont contraintes à une vie casanière, passée à procréer et se distraire d’art, de peinture et de musique. couverture les heures silencieusesMagdalena ne pourra s’évader qu’en rêve, dans les pages du journal de bord. Plus tard, elle se réfugie dans le son de l’épinette, un genre de clavecin. Elle se fera peindre devant son instrument favori. (en fait l’auteure est partie de ce tableau pour composer son roman : Intérieur avec une femme jouant du virginal d’Emmanuel de Witte)

Outre les affres de la féminité, la vie de Magdalena est assombrie par le drame. Élever des enfants et les mener à l’âge adulte n’est pas une chose aisée, dans cette époque d’obscurantisme médical. L’hiver et le noir l’effraient…

C’est un récit touchant que nous livre cette auteur méconnue, d’une maison d’édition qui n’est guère plus célèbre. L’écriture est douce, belle, empreinte de nostalgie. Le drame se profile comme un loup dans les fourrés, on le devine, et soudain il surgit parmi les songes. Une belle prose poétique comme on aimerait en lire plus. Les mots sonnent juste, sans effets, sans excès. L’auteur possède le talent de nous glisser dans cette Hollande du voyage, des sons et de la peinture, pays contrasté, avide de liberté mais épris de tradition. C’est une délicieuse balade dans la douleur et le rêve dont je suis sorti avec une larme au cœur. Une écriture juste et très sensible…

“L’hiver passé, un malheur est arrivé au village de la vieille Geertje ; c’est tout ébranlée qu’elle m’a conté la triste histoire.

Un solide garçon d’une douzaine d’années a vu la glace se rompre sous lui. Tout est allé vite, il a coulé avant que ses camarades puissent le secourir. Un cri, à peine. Malgré leurs efforts, les hommes du village n’ont pu ramener le corps à sa mère. Au matin, ses cheveux étaient devenus blancs. Chaque jour elle s’est rendue au bord de l’étang, à pleurer et prier à genoux dans la neige. La nuit venue, ses voisines devaient la raccompagner chez elle, de force le plus souvent. Même au dégel, le canal n’a pas rendu le corps.”

“Judith me comprenait, car elle était sensible, mais je serais bien sans coeur de lui rappeler combien mon ventre fut fécond, quand le sien demeurait désespérément vide.”

Les heures silencieuses de Gaëlle Josse. Éditions Autrement

Article publié par Noann le 5 février 2011 dans la catégorie Grand vin
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Cru bourgeois

La blessure la vraie – François Bégaudeau

Été 1986. Nous sommes à Saint-Michelen-l’Herm, en Vendée où un adolescent de 15 ans surnommé « le Nantais » passe des vacances et agace tout son entourage …

Fervent de foot, de littérature, cet adolescent issu d’une famille bourgeoise est en pleine crise. Il s’acharne à trouver … celle qui couchera avec lui. Et il fait la risée des petits gars de la campagne qu’ils croisent, habitués des bals populaires, qui se dégottent des nanas et leur roulent des pelles.

Couchera ? Couchera pas ? Telles sont ses seules préoccupations du moment …la blessure la vraie

Avec des mots touchants, l’auteur explore la jeunesse des années 80 et raconte l’histoire d’un adolescent qui cherche à tout prix à grandir … Être dépucelé est donc selon lui une manière de franchir le monde des adultes et se donner une force.

L’auteur nous emmène sillonner la France de ces années culte et dresse un catalogue très précis de la mode, du langage, du folklore franchouillard de l’époque. Il évoque avec beaucoup de fraîcheur cette adolescence du bord de mer, qui tangue sur un tube de l’été, en poursuivant la quête … du dépucelage.

Une peinture juste et drôle de ces petits héros des années 80, qui fleurent bon le tiaré et le bol de chocolat chaud.

Hélas, l’on tombe ici dans le déjà vu mille fois et l’auteur, qui s’identifie à son héros, devient trop bavard, voire pénible, et finit par épuiser le lecteur à jacasser ainsi … comme un ado.

Léger, charmant … mais agaçant aussi.

La blessure. La vraie – François Bégaudeau, Éditions Verticales.

Article publié par Catherine le 2 février 2011 dans la catégorie Cru bourgeois
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Premier Grand Cru Classé

La nonne et le brigand – Frédérique Deghelt

C’est en apparence une histoire toute simple, et pourtant… Lysange vit avec John, un homme d’origine américaine placide, à l’opposé d’elle. Lysange est éperdue d’amour, avide de tout ce qu’un homme peut donner, alors que John est casanier et peu enclin aux joies du sexe. Il faut de tout pour faire un monde ! Elle le trompe régulièrement, avec son accord tacite. Lysange rencontre Pierre, avec qui la passion va très vite se déchainer jusqu’à la folie. Ils vivent un amour dévorant, terrifiant. Lysange, oppressée par le joug de cet amant doué, s’enfuit à la faveur d’une proposition étrange. Tomas, un homme assez âgé, fils d’une famille allemande exilée au Brésil, lui propose d’habiter sa maison le temps d’un voyage. Il possède une maison en bordure de mer où elle se rend, espérant échapper à l’emprise de Pierre.couverture de la nonne et le brigand

Dans cette petite chaumière, elle découvre un manuscrit écrit par une nonne, sœur Madeleine, une religieuse qui était partie en mission au Brésil pour un très long périple, conduit par un homme fruste dénommé “Angel”. C’est une brute épaisse d’apparence, un bourlingueur habitué à vivre dans une jungle dense et à côtoyer les indiens. Très vite, la naïveté de la nonne va se confronter au tempérament primaire de cet homme. Parallèlement, Lysange poursuit son aventure avec Pierre et elle se brise elle aussi. Les deux histoires s’éclairent l’une l’autre.

Je ne sais plus que dire de ce roman brillamment mené, qui m’a tenu en haleine pendant deux semaines. L’histoire est dense, longue, elle pourrait être mortellement ennuyeuse s’il n’y avait le talent d’une auteure qui semble posséder une baguette magique. Quand le récit s’essouffle, le point de vue change, juste au bon moment, passant du journal de la nonne au délire de Lysange, puis c’est Tomas qui revient apporter son grain de sel, et Pierre dans l’intervalle, dans ses pensées chamboulées, et le lecteur voyage suffoqué du Brésil à la France, en traversant les pensées de Lysange, d’un personnage à l’autre, du passé au présent. Tous les éléments semblent s’emboiter avec un naturel stupéfiant. Un plat trois étoiles à consommer avec passion au coin du feu. En revanche, certains développements sont longs, et bien qu’ils donnent le ton, les lecteurs impatients pourraient ne pas trouver leur compte. Un peu trop de détails parfois, quelques égarements. Les pensées amoureuses de Lysange sont vives et lancinantes, mais m’ont semblé personnelles et un rien compliquées.

Pas de grands éclats mais une atmosphère subtilement menée. C’est mon roman préféré de l’année, mais nous ne sommes que le premier février. Grandiose.

“Lysange se disait qu’une histoire d’amour était comme une vie tout entière. Elle avait son propre destin et ses atermoiements. Parfois elle ne s’accordait pas du tout à celui qui la vivait. Elle devenait alors un séisme, un si grand bouleversement qu’on ne pouvait pas la mener jusqu’au bout. Mais abandonner une histoire qui avait tant de personnalité, n’était-ce pas s’abandonner soi-même ?”

La nonne et le brigand de Frédérique Deghelt. Éditions Actes sud

Article publié par Noann le 1 février 2011 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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vin de table

Libre seul et assoupi – Romain Monnery

« Ne rien faire et dormir » est son seul objectif … Difficile à faire comprendre à son entourage … C’est cependant ce que le narrateur de ce court roman essaie de démontrer à ses proches. « Machin », comme il se nomme lui-même cultive l’art d’abdiquer, avec un certain talent. Cependant, la société est là, qui bouscule ses souhaits de paresse répétée et, face à cette pression, Machin devra bien se résoudre à sortir de sa langueur et sa paresse pour entrer en scène et se mêler au bétail affolé du quotidien.

 couverture de libre seul et assoupiNon sans hésitation et tâtonnements …

Un premier roman pour ce jeune auteur trentenaire qui nous livre, avec humour et légèreté, le destin d’une génération qui a connu les  promesses d’un avenir alléchant si l’on est bardé de diplômes, de titres, de prix … puis la précarité, les échecs, pour laisser tomber enfin ses ambitions et sombrer dans le désarroi profond.

Il dépeint de façon jubilatoire, désopilante ce qu’est devenue cette jeunesse en perdition, sans âme, désabusée … à travers Machin qui se fait l’interprète et le témoin direct de cette meute d’affolés du monde du travail qui chancèle et s’écroule peu à peu.

Cependant, le personnage de Machin est dénué d’intérêt, vide, mièvre, peu crédible aussi et par moment … Le lecteur est déconcerté par ce héros qui n’apporte rien et n’émeut pas … L’écriture, fluide certes par moments, aurait pu le sauver mais il sombre dans le cliché à deux sous …

Libre, seul et assoupi – Romain Monnery. Editions Au Diable Vauvert

Article publié par Catherine le 30 janvier 2011 dans la catégorie vin de table
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vin de table

Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver – Francis Dannemark

Christopher, un homme de 50 ans d’origine anglaise rencontre Emma, une dame un rien plus jeune, à la gare de Bruxelles-Midi. Quelque temps plus tard, ils se retrouvent par hasard à la gare du Nord de Paris. Ils se reconnaissent, pas tout de suite, ils échangent d’abord quelques mots, et tiens tiens, je vous ai déjà vu, mais oui, vous étiez en Belgique, une fois… Ah oui, quel hasard… et vous allez où ? Je vais dans le sud. Ah tiens moi aussi… Et les deux personnes découvrent qu’elles ont le même objectif : Lisbonne. C’est un long trajet en train qui commence, et qui va leur permettre de se découvrir, peu à peu.  C’est donc autour d’un dialogue que ce petit livre est construit. Emma se dévoile, elle travaille dans un magasin bio, thé, plantes etc… a une sœur qui s’est entichée de son psy, homme de 27 ans plus vieux, mort récemment. Lui fuit les problèmes, il travaille dans la culture, organise des festivals, des rencontres etc… Il est désabusé comme on peut l’être à cet âge après une succession d’échecs et en profite pour donner son avis sur la société, l’art, la musique, le cinéma.couverture du train ou vont etc

Ce qui m’a surpris c’est que l’auteur a abandonné le style léger et poétique qui lui convenait bien. Certes, il s’agit d’un dialogue et il fallait que celui-ci soit réaliste. Il l’est, l’ambiance est bien rendue, c’est assez crédible. Mais ce mode de récit est un pari difficile et qui comporte des limitations. Ce dialogue tourne autour de tout et surtout de rien, de politique, de crise économique (avec quelques clichés !), sans  approfondir et dans un certain flou, comme toute discussion entre deux inconnus. Mieux eût valut quelques exemples concrets, des anecdotes. Les rencontres sont un terrain de jeu idéal pour un romancier, or ici l’auteur se prive un peu, en se cantonnant à des prémices, par essence superficielles. Les personnages sont authentiques mais ils m’ont un peu déçu par leur banalité. Il manque de pensées sensuelles, de questions comme il en trotte dans l’esprit d’un homme de 50 ans bien constitué. Est-ce que je lui plais ? Les sentiments sont-ils partagés ? Comment la séduire ? Rien de tout cela dans cette rencontre. D’un autre côté, tout peut être supposé, et c’est aussi ce qui peut rendre ce début d’histoire intéressant.

Du train où vont les choses à la fin d’un long hiver de Francis Dannemark. Éditions Robert Laffont

Article publié par Noann le 29 janvier 2011 dans la catégorie vin de table
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Comestible ?

La métaphysique du Hors-jeu – Laurent Sagalovitsch

Simon Sagalovitch a fait un séjour au Kanada, où il a trouvé une compagne qui lui fait oublier son désarroi existentiel. Mais voilà que sa sœur Judith, gravement névrosée, suicidaire invétérée, lui réclame des soins. Et notre brave Simon se rapplique en France au chevet de Judith. Il est rattrapé par de vieilles amertumes dans cette ville, capitale de l’antisémitisme selon la quatrième de couverture (!), il ressasse la déportation, la Shoah, les camps, dans des cauchemars violents. Il fréquente aussi un rabbin déjanté avec qui il a des discussions savoureuses autour de Dieu, du sexe et de toutes sortes de choses. Dieu, justement, vient à la rescousse pour sauver ce roman de l’ennui et donner une nouvelle vocation à Simon : aller sur les catastrophes porter assistance… Mais Simon n’est pas un homme ordinaire, il réagit à sa façon, maudit ces accidentés qui manquent de dignité…

couverture de la metaphysique du hors jeu

Alors, mon avis… L’auteur cite en préambule Lautréamont et son célèbre ‘chants de Maldoror’… “J’établirai dans quelques lignes comment…” et cette phrase revient comme un leitmotiv. Mais outre cette citation, il semble subjugué par l’écrivain, dont il fait quelques emprunts de style et de ton. Quelques phrases parfois alambiquées expriment bien toute l’ambiguïté et la complexité du personnage. Et le ton qui est celui de l’amertume, que l’auteur a toutefois ponctué de dérision et …peut-on dire d’humour ? sous un certain angle certes. Laurent Sagalovitsch ne se prive de rien et laisse courir son tempérament débridé, ne se privant d’aucune ressource de l’écriture. Quand il a envie d’exprimer une idée en trois mots, il le fait, s’il faut quatre pages, il le fait aussi. Il vous envoie balader son personnage de 1940 à nos jours en passant par les années 70 et 80, il le fait courir sans vergogne d’un bout à l’autre du monde, le maltraite, le rend odieux, véhément. Liberté d’expression que l’on peut juger licencieuse voire iconoclaste, et même irrévérencieuse, car décrire Varsovie ou Auschwitz comme des lieux de villégiature ne manquera pas de donner de petits boutons à certains lecteurs.

Alors finalement, qu’en penser ? Âpre, difficile à cerner, le personnage de Simon ne laissera pas indifférent. On ne peut qu’être chahuté en suivant ses pérégrinations. Ce roman étrange peut être lu de moult façons. C’est sans doute ce qui fait son intérêt. C’est aussi ce qui peut décevoir. En ce qui me concerne, j’ai eu du mal à percevoir sa finalité, sa philosophie. Mais je continuerai à y repenser encore longtemps, et je replongerai dedans, et sans doute y découvrirai-je toujours de nouveaux aspects. Ai-je aimé ? Je ne sais pas. Je le saurai peut-être dans dix ou vingt ans. Ou jamais.

Extrait (Simon sur les lieux d’une catastrophe, un accident de train…) :

“Quel désolant spectacle se déroulait à mes pieds.

Un manque total de dignité. Une prestation en tous points affligeante. Consternant.  Ils ressemblaient à l’équipe de France sous l’ère Domenech. Les mains sur les hanches, se demandant encore où ils avaient pu merder. Une bande de pleutres, de théatreux unijambistes, égarés dans l’antichambre de l’Actors Studio. Ils ne pouvaient pas afficher un peu de retenue ? d’aplomb ? de classe ? de raffinement ?  A les regarder se tordre de gémissements à même le sol, je pensais qu’ils n’auraient pas tenu une seconde dans les wagons plombés assurant la liaison quotidienne entre Drancy et Dachau et seraient arrivés déjà raides comme la mort à la porte de la jolie colonie de vacances située cette année-là dans les faubourgs riants de Varsovie.”

La métaphysique du Hors-jeu de Laurent Sagalovitsch. Éditions Actes sud

Article publié par Noann le 26 janvier 2011 dans la catégorie Comestible ?
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Cru bourgeois

Cet été-là – Véronique Olmi

Trois couples se retrouvent au bord de la mer pour le 14 juillet, comme toujours, depuis des lustres. Mais la vie a avancé, les enfants ont grandi et l’émail des beaux jours se fendille, les liens amoureux s’émoussent. Le chaos est proche …

Voici une histoire de sentiments violents entre quinquas et quadras qui tournent, louvoient et s’enlisent soudain.

Sur le sujet banal du temps qui passe et des désirs enfouis, l’auteur nous livre un mélodrame doux-amer, à travers une écriture simple, fluide, épurée. Elle nous convie dans ce bout d’été qui devait couler comme les autres … Pourtant, survient l’inattendu qui va entraver le roucoulement de ces vacances paisibles et ternir les relations entre les protagonistes, voire faire naître l’amertume, jusqu’alors ténue.couverture de cet été-là

Et on s’accroche à ce récit pourtant banal de vacances qui finissent sous le pâle soleil des sentiments qui s’éteignent peu à peu.

L’auteur analyse avec brio les relations de groupe, où chacun apparaît tantôt serein tantôt plus tendu, puis les échanges intimes entre quatre yeux. Avec pudeur, elle sonde les plaies de l’âme de chacun des personnages, les rendant émouvants et attachants.

De joies simples en discussions futiles, tout ce petit monde superficiel et insouciant trouve son compte dans le rituel quotidien des repas bien arrosés, des rires, des échanges factices … Mais derrière tout cela se cache détresse et inquiétude larvée qui resurgit dans les cœurs lorsque les chandelles s’éteignent et que chacun retourne chez soi …

Alors, le carnaval s’arrête tandis que l’aigreur et le vide s’installent …

Cet été-là – Véronique Olmi, Editions Grasset

Article publié par Catherine le 24 janvier 2011 dans la catégorie Cru bourgeois
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne