Grand vin

J’attends – Capucine Ruat

Elle s’estimait trop vieille – 35 ans … – trop moche pour trouver un père …
Mais Angèle attend … un enfant.
Le roman s’ouvre dans la salle d’attente d’un médecin où, les mains posées sur son ventre arrondi d’espoir, elle observe les femmes qui patientent, plus à l’aise qu’elle dans leur rôle de future mère. Pendant cette attente, elle fait le compte à rebours, passe en revue le film de sa vie jusqu’ici ratée et elle revoit cette famille dans laquelle elle a grandi, une famille décousue, déchirée où trop d’enfants mal aimés de leur mère deviendront, comme elle, des adultes qu’on aime mal …
Par petites touches éclatantes, l’auteur nous convie à suivre cette famille bancale qui tente de reconstituer les morceaux du puzzle où trop de pièces ne trouvent pas leur place …
couverture de J'attendsEt l’auteur de nous remuer l’âme, sans ménagement … Elle pose les questions existentielles : a-t-on raté sa vie si l’on ne l’a pas donnée ? A quel point les amours manquées peuvent-elles faire basculer une vie ?
Et puis s’enchaînent des questions qui restent sans réponse … la laideur, celle contre laquelle on ne peut rien, laissera-t-elle un cœur et un corps de femme meurtris à jamais ?
Dans le cœur d’Angèle qui bat discrètement, l’auteur plonge et scrute les images qu’il laisse … Cette famille qui se désagrège à petit feu, où les morts ont supplanté les vivants, cette violence contenue dans le sang qui ne s’amenuise pas …
Avec des mots très forts, elle se fait la messagère de son héroïne. Elle parle à Eric, qu’elle porte en elle, lui raconte ses mémoires, celles des siens. Elle lui déballe tout, ses faiblesses, ses carences comme pour l’apprivoiser.
Une écriture fine et subtile,  qui vous entraîne dans un voyage émouvant de l’âme lourde de secrets …
Une petite remarque quant à mon choix de classement du roman … Peut-être simplement une thématique trop exploitée ces derniers temps …

«Il y a beaucoup d’enfants qui ne naissent jamais, et des adultes qu’on n’a pas mis au monde.
La mort a fermé les yeux des disparus et ouvert ceux des survivants, tous deux sont à présent parfaitement lucides.
J’aimerais l’être moins.»

J’attends de Capucine Ruat, Éditions Stock

Article publié par Celeste le 9 avril 2011 dans la catégorie Grand vin

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