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Depuis 2010, les avis de lecture d’une pléiade de lecteurs passionnés…

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Premier Grand Cru Classé

Un arbre, un jour – Karine Lambert

« Du haut de mes trente-deux mètres, je les regarde vivre sur la place du village. Depuis cent trois ans, je partage leurs nuits et leurs jours, j’effeuille leurs amours et parfois j’envie leurs cris de joie. »

Selon un arrêté municipal, le platane du petit village provençal sera abattu le 21 mars. L’arbre centenaire, témoin secret de tous les villageois, celui qui les vus naître et grandir, va s’abattre sous les scies et les haches des bûcherons. Les habitants sont envahis d’une grande tristesse. Cette année, au lieu de célébrer le printemps, comme à l’accoutumée, le 21 mars sera une date maudite.

Mais le vieillard n’a pas encore dit son dernier mot… Il raconte sa vie d’arbre exemplaire, de sage philosophe. Il parle du village au milieu duquel il trônait fièrement, de ses habitants qu’il abritait, rassurait.

Effondrés par la nouvelle, chacun s’épanche, relate l’une ou l’autre anecdote autour de l’arbre. Ainsi, l’on renoue avec le passé, s’échange des confidences, l’on en apprend plus sur la vie de certains, les sentiments, les histoires d’amour même. Et avec la détermination et le courage d’un petit garçon, quelques habitants vont mener un combat acharné pour sauver le centenaire en sursis.

L’auteure nous ravit de cette promenade provençale douce et légère et l’on se sent d’emblée motivés pour sauver le vieil arbre pleine de santé, et d’arrêter le couperet lancé par le funeste arrêté municipal.

un arbre un jourL’écriture, sans fioritures, glisse délicatement et l’on se surprend ça et là à contempler la beauté du paysage à s’émouvoir de l’atmosphère de ce village authentique en pleine Provence où l’on n’a qu’une seule hâte, celle de s’asseoir près du grand arbre et déguster un délicieux jus de fruits. Dans ce récit qui exhale la garrigue, tout est chargé d’authenticité et de sentiments. La vie s’écoule autour d’un arbre que l’on veut sauver à tout prix et les personnages de cette histoire sont tous attachants. Même l’employé de la mairie, au départ bien décidé à respecter les ordres donnés par le maire finit par fléchir et rejoindre les militants. Tous sont bien décidés à se serrer les coudes pour sauver leur plus précieux aïeul.

Un roman tout simplement beau, parce que tout simplement rempli de sensibilité et d’émotions…

Mon ressenti … Les arbres ont ce pouvoir incontestable d’écouter les confidences, d’apporter aux cœurs meurtris un peu de sérénité. Puisse chacun de nous avoir dans sa vie un arbre d’exception contre lequel appuyer ses épaules, ou s’allonger sous le dais rassurant de ses feuillages.

Un arbre, un jour… de Karine Lambert, éd. Calmann-Lévy

Date de parution : 2/5/2018  
Article publié par Catherine le 8 juillet 2018 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Instantanés d’ambre – Yôko Ogawa

« C’est une boîte. Un coffret solide qui ne rouille pas à la pluie. C’est une boîte mais on ne peut l’emporter avec soi. Elle reste immobile en un endroit. En plus, hors de la maison, tournée vers l’extérieur, toute seule. Quelle ténacité. A l’extérieur du mur de briques, j’étais chargée d’aller chercher ce qu’il y avait dans cette boîte. Elle contenait des mots écrits sur des carrés de papier… »

Suite au décès d’une de ses filles, qu’elle attribue à un chien satanique qui lui aurait léché le visage alors qu’elle se promenait au parc avec sa maman, une mère veut protéger ses trois autre enfants et les calfeutre dans une grande bâtisse entourée d’un jardin, les martelant d’interdits et les obligeant à abandonner leurs prénoms d’origine. Ils s’appelleront désormais Opale, Ambre et Agathe, des noms de pierres porteuses de puissance.

Instantanés d’ambreDans cette geôle imposée bercée par le chant des oiseaux, tout n’est que douceur et enchantement, mais aussi solitude et isolement. La mère multiplie les absences pour son travail aux thermes, et les enfants se débrouillent comme ils peuvent dans leur nouvel environnement. Pendant qu’Opale danse, Agate joue de l’harmonium et Ambre dessine. Ainsi, la petite sœur surgit en point lumineux au coin de l’œil d’Ambre… Et voici que sont réunis les quatre enfants, le temps d’une étincelle, d’un rêve.

Une brise légère souffle sur les végétaux leur donnant un mouvement aérien. Loin des tumultes du monde, la quiétude semble s’être installée…

Mais derrière les murailles entourant leur jardin, les enfants oublient peu à peu la réalité. Ils imaginent de nouveaux jeux, se délectent de lectures, surtout celle des encyclopédies abandonnées par le père absent, se mettent à murmurer car il leur est interdit de crier, sont vêtus de haillons de trop petite taille, portent les cheveux en crinière ou pire encore sont parés d’une queue ou d’ailes cousues par la mère névrosée. Le jardin est bénéfique, certes, et leur fait oublier un peu les délires de leur maman et le cloisonnement dans cette alcôve de fortune. Ainsi, ils perdent leurs repères avec l’extérieur mais puisqu’ils se montrent respectueux des règles imposées par la maman, ils ne rencontreront pas le chien féroce qui rôde et les surveille…

De nombreuses questions nous viennent à l’esprit, dont une, fondamentale : à trop aimer ses enfants, les aimer mal surtout, en mettant des freins à leur épanouissement, en les isolant du monde, ne devient-on pas une mère destructrice ? Une autre réflexion s’invite en ce qui concerne l’effet délétère de notre monde, si cruel et si violent et sur le pouvoir de la nature, des animaux et de la musique et pour panser nos meurtrissures.

Une auteure qui fait jouxter avec délicatesse le surnaturel avec la réalité et nous donne un récit imprégné de poésie où raisonnent en écho les sons de la nature et des animaux, toujours rédempteurs dans ce monde où séjournent la violence et le mépris.

Ici encore, elle nous livre une fable très intense sur le deuil, le chagrin et la force du clan, le pouvoir des animaux et de la nature, de la musique et des mots pour éloigner la tristesse et contrer les effets néfastes du monde sur les cœurs endoloris.

Instantanés d’ambre de Yôko Ogawa, éd. Actes Sud

Date de parution : 4/4/2018  
Article publié par Catherine le 18 juin 2018 dans la catégorie Grand vin
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Grand vin

Le poids du monde est amour – David Thomas

« … nous traversions la vie avec une légèreté de phalène. Voilà, c’est à ça qu’il faut travailler, s’alléger. »

Un roman succinct mais délicieux scindé en quelques textes qui parlent d’amour, de passion, de sexe, aussi de la solitude quand la rupture sonne le glas de la fin d’une histoire de couple pourtant si belle jadis. Une promenade de confidences en confidences, tout droit sorties tantôt du cœur d’un homme tantôt de celui d’une femme, qu’ils soient enivrés ou meurtris. De courts récits – parfois si concis qu’ils se réduisent à quelques lignes, un ou deux paragraphes, deux pages tout au plus, mais qui sont chargés de mots justes, d’éclairs, d’embellies, de sourires larvés qui frisent la grimace parfois. Tous ces récits que l’on déguste tel un met gastronomique, qui laisse au palais de souvenirs de saveurs exquises, un écrin de mots qui touchent en plein cœur, virevoltent, s’entremêlent jusqu’à sonner en écho dans notre mémoire.

Le poids du monde est amourDes mots parfois empreints de grivoiserie mais jamais vulgaires pour décrire la déconvenue amoureuse, des secrets d’alcôve doucement révélés, des instants intimes dans ce qu’ils ont de fins ou de maladroits, des femmes et des hommes qui se dévoilent, crient en silence ce que l’amour leur a donné de meurtrissures ou de bonheur.

Nous partons explorer les chemins escarpés de l’amour, du célibat à la conquête amoureuse, des débuts d’histoires paradisiaques jusqu’aux épisodes orageux, mais la balade reste douce et légère, sans anicroche, même si parfois nous nous sentons un peu désarçonnés dans ce parcours.

L’auteur nous place au devant de la scène, scrute nos âmes, analyse nos remue-ménage intérieurs, sans nous laisser le privilège de la réplique. Nous voici complètement dénudés, à sa merci…

Et l’amour toujours en toile de fond…

Le poids du monde est amour de Davis Thomas

Date de parution : 13/4/2018  
Article publié par Catherine le 4 juin 2018 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

Quelle n’est pas ma joie – Jens Christian Grondahl

« Voilà, ton mari est mort lui aussi, Anna. Ton mari, notre mari. J’aurais aimé qu’il repose à côté de toi. »

Quelque part dans la banlieue de Copenhague, Ellinor, la narratrice, a septante ans, lorsqu’elle perd son époux, Georg. Elle se décide à vendre rapidement leur maison cossue afin de retourner à Vesterbro, lieu de son enfance. Elle gamberge s’épanche et s’adresse à Anna, sa meilleure amie et la première épouse de Georg. Anna, par ailleurs décédée dans un accident avec Henning, le premier époux d’Ellinor et son amant. Certes, les deux époux avaient une liaison mais entre eux, il n’a jamais été question d’animosité ni d’acrimonie et la faculté de discernement et de compréhension avaient pris le dessus entre les deux survivants.

Quelle n’est pas ma joieEt pour remémorer une vie de couple bancale, bâtie dans la privation de l’autre, s’étourdir de la relation plutôt décontractée qu’elle entretient avec ses beaux-fils, se libérer d’anciens secrets enfouis, Ellinor se confesse à son ancienne amie, décédée depuis quarante ans.

À travers une plume élégante et délicate, l’auteur sonde les âmes dans ce qu’elles ont de vrai mais aussi d’ombragé, dans ce que les protagonistes connaissent de failles, d’écueils et de secrets scellés qui attendent le drame pour ressortir de l’alcôve d’un cœur meurtri, celui d’Ellinor en l’occurrence dans le présent récit. Comme à l’accoutumée, l’auteur, que j’ai apprécié à maintes reprises, scrute avec talent les relations humaines, quelles qu’elles soient : la famille, le couple, l’amitié.

Les messages qui émanent de ce roman succinct de toute beauté regorgent de bienveillance et d’harmonie. D’un bout à l’autre de l’histoire, Ellinor se dévoile, de ses désarrois, de la perte de son amie Anna âgée à l’époque de trente ans à peine, des non-dits quant à la liaison d’Anna et Henning, de son deuil puis enfin de sa solitude.

Un roman qui parle de lendemains de deuil, de lendemains de solitude mais l’auteur évite avec brio de tomber dans le pathos et la sensiblerie de pacotille en nous invitant à une méditation sur le sens de la vie lorsque les meurtrissures et les stigmates du passé laissent entrouverts de nouveaux horizons plus sereins.

Quelle n’est pas ma joie de Jens Christian Grondahl

Date de parution : 8/2/2018  
Article publié par Catherine le 20 mai 2018 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Dans le murmure des feuilles qui dansent – Agnès Ledig

Anaëlle est devenue auteure malgré elle… Suite à un accident, elle s’est réfugiée dans l’écriture pour retrouver un semblant d’équilibre. En quête de renseignements divers pour son nouveau roman, elle prend contact avec Hervé, un procureur, las du quotidien ordinaire de sa profession, qui ne lui laisse plus guère d’enthousiasme ni de motivation. La rencontre d’Anaëlle est une aubaine et lui redonne du baume au cœur. Hervé se réjouit de l’échange épistolaire que l’étudiante entretient avec lui, qui devient de jour en jour plus fort, jusqu’à frôler l’attirance. Mais la greffière d’Hervé fait montre d’agacement face à cette intruse.

Pendant ce temps, Thomas, menuisier, passionné de nature, s’en remet au pouvoir des arbres pour trouver de l’aide et assister son jeune demi-frère Simon, atteint de leucémie. Il l’accompagnera dans son combat en dessinant la nature et en lui contant des histoires de sous-bois et de forêt.

Dans le murmure des feuilles qui dansentLes destins de ces personnages aux antipodes vont s’arc-bouter. Commence alors un ballet d’âmes en perdition, qui vont donner le meilleur d’elles-mêmes pour mener un combat de vie, mêlant tour à tour leurs forces pour sortir de la pénombre et ressusciter un peu, parce que l’instinct de survie surgit lorsque sonne le glas de désolation.

L’histoire des personnages frappés par le malheur nous touche en plein cœur et remue en nous d’intenses sentiments. Ainsi, l’on passe du rire aux larmes mais l’auteur évite avec brio les clichés et la sensiblerie de mauvais aloi. Les mots sonnent juste, tandis que le récit regorge d’émotions et sentiments. Le pouvoir de la nature résonne dans les cœurs des personnages et leur donne un courage infini. L’espoir s’immisce entre chaque ligne, donnant à ce récit une belle analyse de l’âme humaine dans ce qu’elle a de fissures et de vigueur.

L’auteure réussit ce tour de force de livrer à travers des personnages très touchants, en plein désarroi, l’élan nécessaire pour reprendre goût à la vie, renaître de l’abîme…

Je suis une fois encore conquise par la talentueuse plume d’Agnès Ledig. Ce nouveau récit exhale moult parfums de troubles et de ressentis. Sous le dais d’un ciel dramatique, l’auteure a réussi un coup de maître en y glissant subtilement une dose d’espérance, un rai de soleil dans la pénombre, une éclaircie. C‘est là toute la force de l’auteure, de donner le La dans la gamme de la vie, même si celle-ci est jalonnée d’embûches, de faux pas.

Dans le murmure des feuilles qui dansent d’Agnès Ledig

Date de parution : 28/3/2018  
Article publié par Catherine le 7 mai 2018 dans la catégorie Grand vin
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Cru bourgeois

J’ai perdu Albert – Didier Van Cauwelaert

« Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Chloé est voyante et depuis vingt-cinq ans Albert habite son esprit. Une longue histoire sans anicroche pensait-elle… Jusqu’au jour où elle rencontre Zac, garçon de café et apiculteur en perdition. Du jour au lendemain, la vie du charmant garçon va basculer. Et celle de Chloé aussi fait un virage à 180° lorsqu’elle perd son don de voyance et qu’Albert Einstein qui séjournait dans son esprit a disparu, s’installant désormais dans la tête de Zac, mitraillant à qui mieux mieux son cerveau d’informations magistrales, urgentes et essentielles. Le pauvre garçon, las de toutes ces directives, se retrouve coincé dans un chaos dont il ne peut se défaire.

J'ai perdu AlbertChloé, à son tour, se demande pourquoi le fidèle Albert a soudain déserté son esprit au profit de celui de Zac, lui qui n’est pas le moins du monde spirituel, lui le garçon pragmatique qui ne voulait pas de cet envoûtement.

Les héros sont touchants chacun à sa manière. Chloé, éperdue et désemparée éprise de Zac, mécréant et paumé, agacé par les messages que lui insuffle Albert. Et l’auteur donne à cet estuaire amoureux une aura qui vous poursuivra jusqu’au mot fin.

Un récit qui ressemble à un scénario – d’ailleurs le film sortira en septembre prochain – et traite de sujets qui touchent le monde entier, notamment celui du sort des abeilles menacées de disparaître d’ici peu. Et que restera-t-il de la nature si elles disparaissent, elles, ces petits soldats au garde-à-vous de nos cultures de fruits, de légumes et qui nous récompensent de leur nectar bienfaisant ?

L’auteur nous livre une fable émouvante, où la spiritualité s’immisce entre les lignes et nous ouvre les yeux sur les défis de la planète. Une escale de lecture fort agréable pour ce roman qui jouxte entre le fantastique et l’absurde, mais est chargé aussi de messages lourds de sens…

À lire, tranquillement installé sur un banc. Mais à voir peut-être sur grand écran…

J’ai perdu Albert de Didier Van Cauwelaert, éd. Albin Michel

Date de parution : 28/03/2018  
Article publié par Catherine le 24 avril 2018 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

Les blessures du silence – Natacha Calestrémé

Une femme portée disparue. Une enquête bâclée. Un inspecteur de police, amoureux de la belle disparue et qui décide de relancer l’enquête en la confiant à son meilleur élément, quitte à contourner habilement la légalité… Voila les ingrédients de ce que nous pourrions appeler un thriller psychologique (j’ajouterais bien : « à la française » – par opposition au thriller américain, tant plébiscité). Tout y est, et d’emblée l’enquête s’annonce passionnante et mouvementée.

les blessures du silenceEt très vite les avis vont diverger, entre le mari, qui prétend que sa femme était dépressive et qu’elle s’est sans aucun doute suicidée dans un coin, et des collègues, qui assurent qu’il n’en est rien, mais au contraire, ledit mari n’avait pas un comportement irréprochable. Il pourrait avoir plus de responsabilité qu’il veut bien le reconnaitre. Le récit alterne entre la voix de la disparue, rétrospectivement, et celle du super-flic qui tente de démêler les fils de cet écheveau mystérieux. De page en page, nous découvrons l’emprise mentale qu’avait ce mari, la domination socialement silencieuse de cet homme qui est pourtant un notable au-dessus de tout soupçon…. Jusqu’à découvrir finalement une vérité insolite…  De rebondissement en rebondissement, l’étrange vérité finit par apparaitre…

C’est de main de maître que l’auteure nous conduit de fil en fil, à travers le tissu dense et complexe d’une relation particulière, mais pas tant que ça dans le fond, puisque la domination est courante, et depuis peu sous le feu des projecteurs, en particulier l’emprise de l’homme sur la femme. C’est donc sur un sujet brûlant de l’actualité que l’auteure surfe habilement, par une démonstration implacable et bien argumentée, presque académique. Les rouages de cette histoire sont parfaitement huilés, pour nous conduire avec enthousiasme d’une page à l’autre, et jusqu’à la fin. Malgré la thématique tant rabâchée, l’auteure parvient à donner une singularité aux personnages et au récit. La densité psychologique seule peut suffire à porter le lecteur, bien que les personnages ne suscitent pas toujours l’empathie.

On l’aura compris, l’intérêt de ce roman n’est pas tant l’énigme ni la trame dramatique, mais la consistance psychique des personnages, la dénonciation de l’emprise et du harcèlement, ainsi que la fourberie dont l’homme est capable.Tous ces problèmes pourtant très anciens mais qui semblent ne jamais trouver de solution définitive, d’où l’utilité d’en parler encore. Ce roman démontre avec brio le processus de domination mentale et ses conséquences, qui peuvent être dramatiques. A contrario, il pourra laisser les amateurs de policiers et de thriller « classiques » (comprenez : à l’américaine) sur leur faim. Pas vraiment d’intrigue complexe, pas d’affaire policière à rebond, peu de cadavres, une violence larvée… Mais une ambiance, un style et une densité des personnages intéressants.

Les blessures du silence de Natacha Calestrémé

Date de parution : 28/03/2018  
Article publié par Noann le 20 avril 2018 dans la catégorie Cru bourgeois
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Premier Grand Cru Classé

L’archipel du Chien – Philippe Claudel

Aujourd’hui l’air est suffocant, pas la moindre brise pour rafraîchir un peu l’atmosphère. C’est une île, une terre désolée, quelque part en Méditerranée, semble-t-il, la seule habitée de l’Archipel du Chien. Sous le dais de nuages de chaleur vit une communauté coutumière de l’isolement et de la nature très rude. Ce petit monde vit en autarcie et survit grâce aux produits de la mer. La mer, mamelle de tous les bienfaits, certes… Mais aussi celle qui sera source de malheurs.

Un matin, qui ressemblait à tous les autres, trois corps d’hommes noirs sont ramenés sur la côte par les vagues. La quiétude et l’équilibre de la communauté sont tout à coup bousculés. Des secrets enfouis se dévoilent tandis que les lâchetés de quelques habitants du hameau vont se révéler au grand jour.

L’archipel du ChienTrois jeunes hommes avaient fui un pays qui ne pouvait rien leur offrir pour échouer en fin de compte sur une plage peuplée d’ermites qui nourrissent le rêve de ne pas avoir d’histoires, de ne pas être mêlés surtout à cet événement sordide qui pourrait ternir leur petite vie cloisonnée et nuire à leurs projets de développement de leur île. Alors, plutôt que se ranger à la raison et donner à ces cadavres de dignes obsèques, ils se retranchent derrière un mur de veulerie et préfèrent oublier très vite ce sinistre événement et archiver celui-ci à jamais dans les tiroirs de leur mémoire.

Ainsi le curé, le maire, une institutrice à la retraite, le docteur, tous acquiescent pour étouffer désormais cette tragédie. Hormis l’instituteur. Et comme il n’abonde pas dans le sens de la mêlée, ceux qui s’arrogent le pouvoir de décider, il sera considéré très vite comme celui qui dérange et devra subir la loi de la communauté, lâche et veule. Et il va payer très cher sa décision de faire cavalier seul…

Certains romans de Philippe Claudel sont gravés dans ma mémoire à jamais. Je pense à La petite fille de Monsieur Linh, Les âmes grises, L’arbre du pays Toraja, mes préférés, qui m’avaient particulièrement enthousiasmée. D’autres m’avaient aussi profondément déçue… En revanche, ce dernier opus, revêtu d’une belle jaquette m’a d’emblée inspirée en librairie. Indéniablement, certaines thématiques traitées sont intéressantes et universelles.

L’auteur nous livre ici un récit suffocant qui met en exergue la vilénie des hommes, leur recherche continuelle d’un bouc-émissaire pour fuir la réalité et esquiver leur responsabilité. Certains passages comportent des descriptions si réelles qu’elles en deviennent presque palpables. Les scènes et les rituels auxquels se livre le village relèvent d’un scénario de film d’aventures, les remugles et les parfums sont perceptibles.

Une île, un arrêt sur image, où se jouxtent à l’envi des humains ordinaires, déguisés en monstres, une alcôve où séjournent des hommes encroûtés dans leur confort, la compassion à mille lieues d’eux…

L’archipel du Chien de Philippe Claudel, éd. Stock

Date de parution : 14/03/2018  
Article publié par Catherine le 14 avril 2018 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne