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Citation de la semaine :

« Celui qui ne poursuit aucun rêve court un grave danger. »

(Jón Kalman Stefánsson)


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vin de table

Enjoy – Solange Bied-Charreton

« À peine arrivé chez moi, j’allumais l’ordinateur, je dînais devant, j’y restais jusqu’à tomber de sommeil… »

Charles a 24 ans et s’installe dans son nouvel appartement. Immédiatement il crée un profil sur un réseau virtuel mondial appelé ShowYou, y raconte sa vie de long en large, crée un album photos et se voit obligé d’y déposer une vidéo régulièrement sous peine d’être banni de celui-ci. Peu à peu il va se retrouver esclave de son clavier et de la multitude d’ « amis » qu’il croise sur la toile … Dépassé par sa vie virtuelle il en perd ses repères et s’éloigne de plus en plus de sa vraie vie…

Certes, il fera des rencontres… La chaîne est énorme et grouille d’âmes en peine, avides de se nourrir de la vie des autres, âpres à se gausser des profils d’inconnus qui se lâchent, se mettent à nu, se racontent avec indécence et sans gêne.

Un jour cependant, notre pauvre Charles tombera amoureux, d’Anne-Laure, brillante étudiante à la Sorbonne. Avec elle, il parviendra à regarder enfin par-dessus l’écran qui le cloue à sa chaise. Il s’émouvra de ce retour à la vie, de cette parcelle de fraîcheur et d’émotion. Et il se rendra à l’évidence : oui il y a une autre vie cachée derrière SY…

Un roman autobiographique qui relate les pièges des réseaux sociaux censés réunir la terre entière.
En faisant un tour chez ma libraire, je me suis arrêtée devant une boîte de livres, fraîchement rapportée de Paris mais pas encore dans les présentoirs en Belgique. Ce livre bien qu’habillé d’une couverture sobre, portant un titre anglais, m’a interpellée.  Je l’ai feuilleté puis acheté un peu malgré moi, curieuse, dubitative. En effet, la thématique me rebutait. J’ai tendance à fuir le monde virtuel et les réseaux sociaux, que je trouve un puits de solitude, une arme d’éloignement, et non un univers propice aux échanges et à la rencontre d’êtres qui partagent une passion, un centre d’intérêt, ou une activité.
D’aucuns diront qu’ils y trouveront peut-être une opportunité professionnelle, ou l’âme sœur qui sait…

La thématique choisie par l’auteur fera j’en suis sûr l’unanimité et au fil du récit, j’ai moi-même ai été captivée par le parcours de ce héros moderne en perdition qui s’accroche à une vie de pacotille, celle de ce réseau réducteur. La plume de l’auteur est ma foi  « tendance », mais donne quelques soubresauts d’émotion lorsque notre héros retrouve sa fraîcheur, son enthousiasme et se regarde dans un autre miroir que celui de sa chambre, celui que les yeux d’Anne-Laure lui donnent en reflet.
Un récit quelque peu désabusé à offrir à cette nouvelle génération accrochée à ses Smartphone, Ipod, Ipad, esclave de FB, mais exempte d’émotion et d’amour.
N.B. : petite anecdote personnelle récente : Alors que je me trouvais à un dîner en face de convives que je connaissais et d’autres avec qui je faisais connaissance, l’un d’entre eux m’a posé cette question : « Êtes-vous sur F… ? ». Et avec une ire que je ne pouvais contenir, je lui ai répondu : « je suis en face de vous, alors bavardons ! »

Enjoy de Solange Bied-Charreton, Éditions Stock

Date de parution : 25/01/2012  
Article publié par Celeste le 26 janvier 2012 dans la catégorie vin de table
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Cru bourgeois

Un soir d’été en Sardaigne – Annette Lellouche

Un soir en Sardaigne, Julien rencontre Matéo. C’est le coup de foudre, pour ces deux jeunes hommes, pourtant résolument hétérosexuels au départ, et même pères de familles. Mais presque aussitôt, ils se perdent de vue, pour se retrouver bien plus tard, par un de ces purs hasards de l’existence…Un soir d'été en Sardaigne

Cette aventure très gay a marqué Julien. Il est retourné à sa vie pépère mais pense encore à Matéo. Ce dernier rencontre Nathalie. Bien plus tard, une jolie femme, Véronique, achète à Julien un appareil photo. Elle oublie de signer le chèque, ce qui donne à Julien une occasion de la revoir. Mais qu’a donc Véronique de si particulier pour attirer ce garçon qui pourrait être son fils ? Elle ne lui est pas étrangère. Véronique a connu autrefois Serge, le père de Julien. Elle l’aimait d’un amour platonique, dans une relation tantôt amicale, tantôt amoureuse. Serge, lui, avait une femme et deux enfants, qu’il n’a jamais quittés, si ce n’est par le suicide. Il laisse deux veuves, sa femme Elsa, et Véronique, toutes deux pleines d’amertume envers cet homme qui a fui en laissant pour seul message une diatribe virulente. Mais si elles savaient vraiment ce qui s’est passé ! Par une suite d’événements particuliers, la vérité finira pas éclater.

C’est une belle surprise, que ce roman paru chez un petit éditeur débutant : A5 éditions. On pense souvent qu’un bon roman finit forcément par connaitre une bonne distribution chez un grand éditeur, mais force est de constater que nombre de bons bouquins sont auto-édités ou édités dans de petites structures… Le monde de l’édition semble hermétique aux nouveaux talents, mais dès qu’une célébrité désire publier, fût-ce une star du porno, les portes s’ouvrent toutes grandes !

Je dois louer la qualité d’écriture, qui est assez aboutie, avec une syntaxe juste et une grammaire quasi-irréprochable. Les lignes se suivent avec délice et fluidité. Pour autant, l’écriture n’est pas commune, et possède bien une signature. Ensuite, je rendrai grâce au talent de conteuse de l’auteur, et à sa façon de développer toute une structure romanesque, dense et, complexe, qui m’a rappelé Guy des Cars, grand romancier populaire, dans un style plus vif… Il faut presque s’accrocher pour suivre cette épopée amoureuse qui se développe sur des branches parallèles et avec de nombreuses intrications (dans mon résumé j’ai omis de parler des autres personnages – ils sont une dizaine au total). On ne s’ennuie pas une seconde. L’auteure évite adroitement les clichés (je pense notamment au milieu Gay). Toutefois la façon de traiter l’histoire est assez classique… avec quelques ingrédients originaux. Juste un bémol tout de même : la chance fait un peu trop bien les choses ; les personnages se perdent de vue et se retrouvent de façon presque magique (le monde est petit il est vrai…)

Voici donc une lecture que je conseille aux amateurs de sagas romanesques (ainsi défini sur la quatrième de couv’). Un auteur à suivre, et qui mérite une digne place dans une bibliothèque de qualité !

« Le hasard ou sa volonté de revoir le petit Mathieu devenu grand. Une boite de nuit qui se trouvait sur sa route et qu’il n’avait jamais remarquée. Une boite très spéciale. Des néons clignotants bleus et roses l’attiraient comme un appel onirique. Il n’avait plus remis un pied dans « ces boites à débauche » comme il les intitulait depuis sa rencontre avec Matéo. Son coeur se mit à battre dans un mouvement désordonné, descendant jusqu’à ses chevilles qui flageolaient. Il se promit de ne pas s’attarder, juste le temps d’apercevoir Mathieu, son demi-frère. Il repartirait aussitôt.

À l’intérieur, la musique battait son plein. Les ombres qui se déhanchaient sur la piste étaient mitraillées par les facettes d’une boule suspendue au plafond, tournoyant d’un mouvement lascif. Des filles et des garçons assez jeunes, phosphorescents. Des filles avec des filles. Des garçons avec des garçons. Des garçons frêles aux cheveux longs qui ressemblaient à des filles. Des filles aux cheveux très courts et aux épaules larges de catcheuses. »

Un soir d’été en Sardaigne – Annette Lellouche. A5 éditions

Date de parution : 29/11/2011  
Article publié par Noann le 23 janvier 2012 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Le Turquetto – Metin Arditi

Résumé de l’éditeur : Se pourrait-il qu’un tableau célèbre – dont la signature présente une discrète anomalie – soit l’unique œuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne ? Un égal du Titien ou du Véronèse ? Né à Constantinople en 1519, Elie Soriano a émigré très jeune à Venise, masqué son identité, troqué son nom contre celui d’Elias Troyanos, fréquenté les ateliers de Titien, et fait une carrière exceptionnelle sous le nom de Turquetto : le « Petit Turc », comme l’a surnommé Titien lui-même. Metin Arditi retrace le destin mouvementé de cet artiste, né juif en terre musulmane, nourri de foi chrétienne, qui fut traîné en justice pour hérésie…

Mon avis : C’est un livre magnifique.. Elie Soriano nait à Constantinople, en plein XVIe siècle, s’enfuit à Venise, puis s’enfuit de Venise pour regagner Constantinople. Tout commence dans le monde des marchands d’esclaves, dans l’univers des fabricants d’encre. Un gamin qui ne vit que par et pour le dessin, né juif, religion qui interdit la représentation des choses du ciel et de la terre… vivant en terre musulmane.Le Turquetto

À la mort de son père il quitte Constantinople et fuit vers Venise où, dissimulant sa religion, il se fera passer pour grec, étudiera avec les plus grands, se mariera dans la foi chrétienne, fréquentera le beau monde et deviendra un des plus grands peintres, le plus grand même, le seul à avoir su marier couleur et art du trait … Mais, au faîte de sa gloire, il tombera amoureux d’une juive du ghetto… il sera démasqué, jugé, condamné…. Le droit de peindre n’est pas un acquis…

Un roman magnifique, tant sur le plan humain, artistique que culturel. Un roman sur la tolérance, sur l’amitié, sur le regard vrai que l’on porte sur les gens et les choses.. Également un roman sur l’amour du trait, du dessin, de la calligraphie, de la peinture… Sur l’importance du regard, de l’observation… mais aussi sur la lutte pour le pouvoir et les intrigues.

Je ne puis que vous le recommander. D’autant que la langue est à la hauteur de l’histoire…

C@t

Prix Jean Giono 2011 : http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20111018.OBS2713/prix-jean-giono-a-metin-arditi.html

Le Turquetto de Metin Arditi. Éditions Actes Sud

Date de parution : 12/08/2011  
Article publié le 22 janvier 2012 dans la catégorie Grand vin
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Grand vin

Par cœurs – Dominique Dyens

Une prof de français demande un jour à sa classe de composer un texte libre sur l’amour, tout en précisant que celui-ci ne sera ni coté ni lu mais servira seulement à laisser parler son cœur, sans se méfier des jugements. Elle demande que soit rédigé un texte spontané, sans fard, sans fioritures…

L’enseignante suscite d’emblée l’émoi de ses élèves qui prennent très à cœur cette rédaction. Ainsi, elle découvrira des textes plein d’humour, d’autres ayant un goût de vécu et d’autres encore plus croustillants, voire grivois…

Et le lecteur se laisse emporter par ces lycéens se livrant à tour de rôle, donnant çà et là une version romantique ou mouillée d’acide de cet amour tant attendu ou, pour les plus blasés d’entre eux, le plus redouté.Par coeurs

Ainsi, chacun y va de sa propre vie, de l’écolière modèle qui voit l’amour avec un grand A, romantique, à celle qui en sait déjà plus que les autres et enfin celui qui a déjà connu ses premières déceptions.

Voici un délicieux recueil de nouvelles d’où émane tendresse, drôlerie et douceur. Un petit écrin rempli de fraîcheur pour tous ceux qui ont gardé une âme d’adolescent…

Quelques récits qui se laissent dévorer comme un journal de classe où l’on note ses émois, ses déceptions, ses rancœurs…

Je ne livrerai donc qu’un billet succinct, laissant ma plume glisser doucement sur cette thématique qui me donne souvent de belles pensées et quelques écrits griffonnés dans mon journal intime.

Bien que n’étant pas une œuvre littéraire magistrale, je lui ai donné trois verres sur notre site parce que ce roman a eu le mérite de me faire passer un bon moment, peut-être parce que j’ai gardé le sens de l’émerveillement…

Une petite escale de douceur …

Par cœurs de Dominique Dyens, éditions Thierry Magnier

Date de parution : 09/11/2011  
Article publié par Celeste le 19 janvier 2012 dans la catégorie Grand vin
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Grand vin

Au pays des kangourous – Gilles Paris

« Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout replié sur lui-même. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. »

Simon voit sa vie bouleversée le jour où il découvre son papa avec le moral en berne. Du haut de ses neuf ans, il tente de mettre des mots sur la maladie dont souffre Paul, son papa. Pourquoi Paul est-il si bizarre tout à coup ? Et  que fait donc Carole, la maman ? Femme affairée, cadre chez Danone, elle est souvent partie à l’autre bout du monde, au pays des kangourous. Difficile pour Paul de s’épanouir dans ces conditions. Il est interné dans un hôpital psychiatrique.

Simon est pris en charge par sa grand-mère Lola, femme un rien mystique. Elle soutient Simon de tout son cœur de mamie. Mais les questions que l’enfant se pose se font plus pressantes encore. Il s’invente un monde et se construit des rêves dont il cherche à interpréter le sens. À l’hôpital, il rencontre Lily, une enfant autiste aux yeux violets, qui possèderait un talent pour guérir certaines maladies. Entre les deux enfants se produit une sorte d’alchimie. Lily est une fille étrange, un peu mystérieuse, une ombre sur les couloirs de l’hôpital, pourtant si riche intérieurement… Enfin, le papa de Simon revient à la maison. C’est le moment de découvrir la raison profonde qui l’a poussé à se retrancher dans le lave-vaisselle. La fin éclaire le récit tout entier d’une nouvelle lumière… Mais en dire plus, ce serait ruiner le suspens…Au pays des kangourous

Gilles Paris dessine une histoire chamarrée, tendre et drôle à la fois, avec un fond un peu triste, ce qui donne une saveur particulière. Le mélange d’humour et de gravité est bien conduit, il m’a rappelé Cauvin, dont on sait la capacité à conjuguer la joie et le drame. La maladie et la mort sont en quelque sorte dédramatisées, et même magnifiées, par le ton léger en apparence. Ce qui n’empêche pas profondeur et pertinence. L’auteur fait très bien parler l’enfance, avec conviction, exercice plus difficile qu’il ne parait.

Quête de vérité, croisement de générations, apprentissage de la vie, confrontation à la maladie… « Au pays des kangourous » est toutes ces choses à la fois. Une histoire habillement menée, un peu lente toutefois. Une fois sur cent, il y a un bouquin qui me fait verser une larme de tristesse. Une fois sur mille, il y en a un qui me fait verser des larmes de tristesse et de bonheur. Youpie snif youpie !

« Il trempe sa tartine grillée avec le beurre fondu et la confiture de groseille dans sa tasse de café. Des tas de miettes décorent la table. Je pourrais lui raconter mon rêve d’hier et lui demander où s’en est allé l’avion de maman, mais je me retiens. J’ai peur que papa aille encore se cacher dans le lave-vaisselle. Avant, je lui racontais mes rêves. »

Au pays des kangourous de Gilles Paris. Éditions Don Quichotte

Date de parution : 19/01/2012  
Article publié par Noann le 18 janvier 2012 dans la catégorie Grand vin
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Cru bourgeois

Une bonne raison de se tuer – Philippe Besson

Nous sommes à Los Angeles, aux côtés de Laura, épouse et mère, reniée par sa famille, au bout du rouleau, au bord du suicide et Samuel, face à la douleur, l’irréparable, la mort d’un fils de 17 ans, qu’il enterre aujourd’hui, 4 novembre 2008.
Une bonne raison de se tuer
Alors que l’Amérique est impatiente d’élire son nouveau Président, et pour la première fois un Président noir, Los Angeles ville dorée, flamboyante, a perdu soudain son éclat, laissant place à une lumière dramatique, un ciel lourd, une sorte de prémices à une tragédie – une autre – qui se prépare… Deux cœurs vont se croiser, portant en eux une souffrance aigüe et morbide.
Pendant cette journée unique et historique, se vit un drame en arrière-plan, et pour Samuel, plus rien n’a d’importance.

L’auteur fait écho à la solitude et au désarroi larvés qui hantent la mémoire de  chaque citoyen américain. Et il se penche essentiellement sur les deux personnages de cette journée particulière, grave, vide.

Le récit bouleversant d’une journée sur fond de désolation et de spleen où le temps s’arrête et se meurt. Des bouts de vie, divisés en deux chapitres, l’un pour Samuel et l’autre pour Laura, et qui finissent par se juxtaposer, mélange de deux souffrances, de deux plongeons dans le vide.
Aussi l’histoire d’une rencontre improbable à l’heure des vêpres entre Samuel et Laura, qui n’ont en commun que leur tristesse et le dégoût de la vie…

L’écriture émeut, remue, invite à la réflexion sur la vie moderne et les dégâts qu’elle entraîne, partout …

Aussi ailleurs qu’en Amérique …

Une bonne raison de se tuer de Philippe Besson, éditions  Julliard

Date de parution : 05/01/2012  
Article publié par Celeste le 14 janvier 2012 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

La conquête du monde – Sybille Grimbert

Ludovic est un jeune homme brillant. D’abord historien, puis avocat, sa carrière est à son apogée. Lorsque soudain, tout bascule, sans qu’il ne comprenne pourquoi …
Peu à peu il n’a plus foi en lui, sombre, dépérit et tombe en décrépitude, dans une dépression morbide.
L’auteur nous entraîne dans ce chemin de vie qui s’écroule sur un fragment, une goutte d’eau qui fait déborder le vase, une poussière qui encrasse une machine.

Avec une écriture vive et enlevée, pleine d’humour et de tendresse, elle nous scotche à ses mots et nous conduit pas à pas aux côtés de Ludovic dans sa descente aux enfers, sa quête à trouver la vérité, ses aventures rocambolesques pour un ailleurs plus attrayant, plus brillant. Mais pourquoi ? Alors que le héros n’avait rien à envier à quiconque.

La conquête du mondeL’auteur marie avec talent ironie et sensibilité et raconte la chute vertigineuse d’un ambitieux à qui rien ne peut arriver, sûr de lui et de son destin et qui finit par se perdre dans des abysses où il se bat tant bien que mal en s’épuisant de plus en plus.

Ainsi, il va s’arranger pour tout rater, tout faire capoter, à commencer par sa vie sentimentale en tentant de séduire et récupérer son ex-femme, puis il fera le vide autour de lui en se montrant désagréable ou ridicule en compagnie de ses amis, puis s’adonne à l’humiliation de son entourage devant son fils, se montre jaloux de proches qui ont réussi jusqu’à devenir odieux, grotesque.
Par tous les moyens, il va essayer de se sauver, de se défendre contre cette inextricable ennemie qui le hante, la névrose, mais ses conflits intérieurs resurgissent et il fléchit, pique du nez.

Un pamphlet social où se mêlent humour et tendresse, mené de main de maître par une auteure coutumière de cette thématique.

La conquête du monde de Sybille Grimbert, éditions Léo Scheer

Date de parution : 05/01/2012  
Article publié par Celeste le 11 janvier 2012 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

À cause d’un baiser – Brigitte Kernel

« Peut-on aimer deux personnes à la fois ? », telle est la question déployée sur la traditionnelle bannière. À brûle pourpoint, j’ai répondu sans hésiter : « oui certainement ». J’en étais convaincu en tant qu’homme, oui on peut aimer deux personnes, deux femmes, deux hommes, voire une femme et un homme. Mais ici, l’auteure se place dans un contexte particulier. La question est plus épineuse. Son personnage semble très personnel, c’est une femme qui vit avec une autre femme, Léa, depuis trois ans. Un jour elle fait la rencontre de Marie… Une rencontre coup de foudre, qui aboutit à un long baiser… La voilà aussitôt prise d’un immense remords. Où va la mener cette incartade ? Aime-t-elle Marie ? Mais surtout, il y a Léa, pour qui elle avait tout abandonné, pour qui elle avait quitté Olivier, au grand désarroi de ses parents. Il y a Léa plus que tout, un amour immense, un puits d’amour sans fond. Et à présent, il y a aussi Marie. Et même si elle se promet de ne plus la revoir, le cœur dépasse souvent la raison, la transcende parfois…

Elle décide de dévoiler son incartade à Léa. Celle-ci le prend de façon tragique. La douleur s’immisce dans le cœur de Léa, un réseau de petites fissures. S’agissait-il d’un seul baiser ? Y a-t-il eu une relation intime ? Trois années de complicité viennent d’éclater. Même si l’aveu de ce baiser pourrait être pris comme de la franchise, le doute s’est infiltré en Léa. D’abord furieuse, elle décide de passer outre, apparemment. Elles partent toutes deux comme prévu en Norvège pour des vacances planifiées depuis longtemps. Léa-Marie, Marie-Léa. Une confusion terrible s’empare de leurs cœurs et de leurs âmes. Les deux femmes se mettent en quête de vérité, avec beaucoup de douleur. Marie reste très présente. Personne n’est plus sûr de rien, les sentiments se font et se défont. Le couple femme-femme va-t-il résister aux douleurs de la méfiance ? La réponse à cette question ne viendra que dans les toutes dernières lignes. Peut-on aimer deux personnes à la fois ? J’en étais convaincu, les deux héroïnes de ce roman se poseront cette question lancinante tout au long de leur reconstruction, sans forcément trouver la réponse idéale.À cause d'un baiser

Par une écriture sobre, tout empreinte de sensibilité, l’auteure nous conduit dans les pensées intimes de deux femmes en perdition, à la recherche d’elles-mêmes, dans un prisme amoureux et sensuel qui évolue au cours du temps, sans jamais aboutir à la figure idéale, si ce  n’est par le drame. Le style décrit parfaitement les états d’âmes du couple féminin-féminin, avec de longues introspections, des questionnements, des déclarations sentimentales. Une suite d’incantations sur trois cents pages. Les lignes de Brigitte Kernel sont généralement assez tristes. Le lecteur parcourt cette ode à l’amour féminin suffoqué, espérant une issue, un dénouement, ou un nouvel événement qui va relancer cet amour fou. Mais durant tout ce cheminement, les désolations reviennent, comme des vagues immenses. L’ensemble apparait nostalgique, sombre et chaleureux à la fois. On a envie qu’un amour si fort survive, alors qu’il se défait sans cesse, pour ne reprendre que du bout des lèvres. Est-ce qu’un chaos pareil, si long et si dense, peut vraiment survenir « à cause d’un baiser » ? Peut-on vraiment en vouloir à ce point à une personne qui commet un petit écart et qui l’avoue ? Léa parait décidément bien intransigeante, mais sans doute faut-il voir dans son attitude l’expression d’une ancienne douleur. Elle en est restée écorchée… La nouvelle blessure que lui inflige sa compagne est une plaie dans la plaie, insupportable. Ce roman exprime à merveille tout l’amour qu’une femme peut vouer à une femme, infini, à en perdre la raison…

« Cinq minutes ont passé, elles m’ont semblé durer un siècle, c’était étrange, le corps même de Léa paraissait ne plus être adapté au mien, c’était un peu comme si une pièce n’entrait pas dans le puzzle, je ne me sentais plus adaptée, j’étais en contrée connue autrefois, un terrain devenu soudain étranger, une transformation avait eu lieu en ma profondeur, l’empreinte du corps de Marie avait pris toute la place. »

À cause d’un baiser de Brigitte Kernel. Éditions Flammarion

Date de parution : 08/01/2012  
Article publié par Noann le 9 janvier 2012 dans la catégorie Cru bourgeois
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