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Depuis 2010, les avis de lecture d’une pléiade de lecteurs passionnés…

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Cru bourgeois

Deux sœurs – David Foenkinos

« Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression : nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage ? »

Mathilde a 30 ans et vit une belle histoire d’amour avec Étienne. Professeur de français dans un lycée, elle est férue de littérature et particulièrement de Flaubert et son roman « L’éducation sentimentale ». Une passion qu’elle partage avec ses élèves. Elle aime profondément son compagnon Étienne. Et lorsque celui-ci, lors d’un voyage en Croatie, lui demande sa main, Mathilde est plus heureuse et plus épanouie encore.

Quelque temps plus tard, Étienne se montre distant, embarrassé. Mathilde le bombarde de questions et il finit par avouer qu’il a croisé Iris, son ex-compagne, que ses retrouvailles l’ont bouleversé et que sa place est désormais auprès d’elle, la femme de sa vie. Le monde de Mathilde bascule alors. L’édifice solide qu’elle avait construit naguère s’effondre sous le choc des paroles d’Étienne qui s’abattent sur elle comme un couperet et des vents contraires qui s’acharnent contre elle. S’ensuivent alors la déprime, puis la faute professionnelle qui lui vaudra un licenciement, et enfin la perte de son appartement. Mathilde ne sait plus à quel saint se vouer pour retrouver un semblant d’équilibre. C’est alors que sa sœur Agathe vient à son secours et tente de la sortir d’une perdition certaine. Il était moins une car Mathilde dépérit et chancèle… Mais l’appartement d’Agathe est exigu et autour d’elle il y a Frédéric, son mari, et sa fille Lili. Et même si chacun y met du sien et de la bonne volonté, le petit logis d’Agathe devient une sorte de geôle imposée.

Deux soeursComment survivre pour Mathilde dans ce huis clos suffocant ? Tour à tour, elle fait montre de en se remettant en question, sera même serviable et dévouée. Mais très rapidement la jeune femme deviendra agaçante, voire intruse. Le lecteur sera lui aussi pris au dépourvu, trouvant de prime abord la jeune sympathique et lui donnant mille excuses pour ses dérapages, nous gardons bien de la juger, l’estimant même piégée par un compagnon goujat et irrespectueux, la laissant à la dérive.

Ainsi l’on se désole de suivre Mathilde dans cette histoire de rupture inopinée, sans le moindre signe avant-coureur, mais moult réflexions foisonnent dans notre esprit, et l’on pardonne à Étienne d’avoir fléchi devant ce cœur oublié quelque temps et reconquis à présent, parce que tout simplement peut-être, vulnérable, il se sentait un peu trop prisonnier d’une histoire d’amour qui le retenait dans le chemin tout tracé qui ne lui correspondait pas…

Je me suis hâtée vers la librairie pour me procurer le dernier opus de David Foenkinos que j’apprécie pour sa plume souvent mouillée d’émotion et de sentiments. L’on connaît moins cette facette plus sombre de l’auteur. Ici, il dessine au vitriol le portrait d’une femme qui perd pied, elle qui coulait des jours heureux entre amour et travail, elle qui savourait la douce quiétude d’un bonheur ronronnant, la promesse d’un lendemain sans nuages. L’auteur nous plonge dans les arcanes de douleur et de désespérance.

L’auteur de l’excellent roman « La délicatesse » se fourvoie un peu dans cette histoire d’une banalité affligeante de rupture amoureuse comme il y en a des milliers…

Deux sœurs de David Foenkinos

Date de parution : 21/02/2019  
Article publié par Catherine le 17 mars 2019 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Compromis – Philippe Claudel

Denis et Martin, deux amis de trente ans se retrouvent dans un appartement vide. L’un est un comédien quelconque, l’autre un dramaturge manqué… Le premier vend l’appartement et a insisté pour que le second soit présent lors de la signature du compromis, afin de rassurer l’acheteur pense-t-il. Car s’il écrit de très mauvaises pièces, il a quand même une bouille rassurante, qui inspire confiance. Est-ce donc là sa seule qualité ? Le candidat acheteur tarde à arriver et les deux amis bavardent de tout et de rien pour passer le temps. Ainsi l’on se moque, se lance des flatteries, des fleurs, puis des épines, car la conversation dérape rapidement, devenant blessante voire insultante. Et petit à petit, on se lâche et dévoile tout ce que l’on retenait naguère. Nous sommes en mai 1981, le Président Mitterrand va entrer en fonction. Voilà un sujet qui donne d’emblée de longs débats, des discussions qui s’échauffent et rendent les deux amis de plus en plus nerveux.

Compromis Philippe ClaudelL’acheteur arrive enfin, Dans ce huis clos suffocant, le voilà bien embarrassé de se retrouver en plein règlements de comptes entre les deux amis. Va-t-il faire montre de délicatesse et s’éloigner de la querelle ou a contrario prêter son aide et devenir médiateur et tenter de mettre d’accord les deux amis conflictuels, ou enfin se retrouver la seule victime de cette visite d’appartement qui tourne mal et de la signature d’un compromis qui prend des allures de remise en question, de résolution d’une vente.

Un régal que ce roman succinct qui est en réalité une pièce de théâtre. L’auteur fait entrer des personnages aigris par la vie et de piètres carrières de dramaturge pour l’un et comédien pour l’autre se retrouvant par un après-midi de mai à refaire le monde dans un appartement vide, sans atout, moche mais qui a tout de même trouvé acquéreur ou naïf…

Une danse de mots et de répliques enlevée et jubilatoire pour cette troisième pièce de théâtre de Philippe Claudel, servie sur scène par deux grands derrière les rideaux, à savoir Pierre Arditi et Michel Leeb…

À lire certainement et à voir aussi…

Compromis de Philippe Claudel, éd. Stock

Date de parution : 1/1/2019  
Article publié par Catherine le 3 mars 2019 dans la catégorie Grand vin
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Grand vin

La lumière est à moi et autres nouvelles – Gilles Paris

Les héros mis en scène par l’auteur connaissent à tour de rôle la douleur et se démènent comme ils peuvent pour sortir des situations les plus étranges. Lior  voit sa mère se dégrader et guérir miraculeusement, tandis que le bel Eytan, séduit et prend plaisir à jouer avec les sentiments d’autrui. Puis Brune, Anton et Ben connaissent leurs premiers émois. Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune, tous se croisent de près ou de loin sous le joug d’une existence jalonnée d’instants sombres, qui laissent parfois entrevoir un rai de lumière qui sauve et reconstruit. Car, certes, ils y croient fermement à ce coin de lumière qui tarde à apparaître… Et nous les suivons sur ce chemin sinueux, à la recherche de l’étoile salvatrice.

Dix-neuf nouvelles qui virevoltent, dansent un ballet douloureux. Un pas-de-deux où s’entremêlent de jeunes héros touchés par le deuil, l’abandon, la maladie d’un proche, tous meurtris par les blessures de la vie. L’auteur place ces héros malheureux dans une d’une sorte de bal de la tourmente, où l’espoir s’immisce vaille que vaille dans les abysses des cœurs bafoués et les âmes désolées, que le couperet de la vie a déchirés.

La lumière est à moi et autres nouvelles - Gilles ParisEt nous, lecteurs, allons à la rencontre de ces jeunes en perdition au cours d’un grand voyage minutieusement organisé par l’auteur, une traversée aux antipodes, dans des lieux magiques mais aussi dans les tréfonds des âmes brisées qui nourrissent un espoir, celui de survivre à tout prix, de connaître des demains baignés d’azur, de nouveaux soubresauts d’une vie meilleure.

Et l’auteur nous remue la mémoire, nous bouscule à l’intérieur à coup d’émotions et de délicatesse. Fusent en nos mémoires mille interrogations, surgissent en nos âmes les tourments enfouis, ceux-là qui ne demandent à ressortir illuminés d’une nouvelle lumière.

À travers une plume d’une grande fraicheur, d’une incontestable beauté, l’auteur nous renvoie à notre enfance et nos désarrois d’antan, de solitude, d’absence et de blessures. Mais aussi à ces bouts de vie entre gris clair et éclaircies, si souvent implorés, et peu de fois approchés…

La lumière est à moi et autres nouvelles par Gilles Paris, éd. Gallimard

Date de parution : 01/11/2018  
Article publié par Catherine le 16 décembre 2018 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

Hôtel Waldheim – François Vallejo

En vacances avec sa tante à Davos, une station suisse huppée où se croisent l’élite intellectuelle et nantie, Jeff Valdera joue aux échecs, parle littérature avec une vieille dame habituée de l’endroit, s’initie au jeu de go avec un professeur d’histoire. Des années plus tard, une carte postale le met en demeure de se souvenir de l’Hôtel Waldheim. L’étrange auteure de la carte n’est autre que Frieda Steigl, la fille du joueur de go, résident de l’hôtel.

Ils se donnent rendez-vous et l’échange est d’emblée très ardent. Elle est irritée par son ingénuité tandis qu’il ne supporte pas sa rudesse. Les réminiscences reviennent, celles d’un adolescent candide, incapable de saisir le dessous des cartes. Mais la belle Frieda fait resurgir les événements et se remémore de l’histoire, celle de la guerre froide et des deux Allemagnes.

Hotel WaldheimFrieda tente de remuer la mémoire de Jeff, lui rappelle qu’il aurait même bien malgré lui livré des informations à la Stasi, afin de détruire un réseau de passeur entre la RDA et la Suisse. Mais il tombe des nues après les affirmations de sa belle interlocutrice. Lui, il se souvient surtout de ses 16 ans et de cet été 76 dans ce sinistre hôtel, où à défaut de courir le guilledou il passe ses journées dans la salle de jeu de l’hôtel où il s’adonne à des jeux de société, tue le temps en jouant aux échecs, apprend le jeu de go.

Un récit noir, majestueux et insolite, qui nous captive du début à la fin. L’auteur nous entraîne tout de go dans une histoire au suspense hitchcockien où se mêlent des atmosphères glauques et énigmatiques, dans lesquelles des personnages mystérieux se débattent et s’apostrophent. L’auteur met en scène ses deux héros et les entraîne sur une piste équivoque et jubilatoire en les poussant à reconstruire le puzzle de leur mémoire jusque dans les moindres détails. Puis il les incite à replonger dans le passé, dans ces pans de leur vie plus sombres, jusqu’à ce que se dévoilent des souvenirs scellés, des fragments de leur existence qu’ils ont préféré oublier.

Et en se jouant de la particularité de ses deux personnages principaux, il invite délicatement le lecteur à se remettre en question (avons-nous tous une anecdote du passé que l’on veut dévoiler ?) Au fil du récit, nous restons suspendus à la plume remarquable et nous hâtons vers l’épilogue en nous interrogeant sur ce que ce mystérieux hôtel Waldheim recèle de confidences des clients et autres intervenants, de leurs failles, des zones d’ombre de leurs âmes.

L’intensité de la narration, la dissection presque pharmaceutique de l’âme des personnages, l’atmosphère quelque peu ambigüe qui règne tout au long de l’histoire donnent à ce roman noir une puissance et une vigueur magistrales.

Hôtel Waldheim par François Vallejo, éd. Viviane Hamy

Date de parution : 30/08/2018  
Article publié par Catherine le 17 septembre 2018 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Cru bourgeois

Retour à Buenos Aires – Daniel Fohr

Pour sortir de sa lassitude et respecter les dernières volontés d’un oncle mourant, surnommé l’Aviateur, de disperser ses cendres dans le Rio del Plata à Buenos Aires, en mémoire d’un amour de jeunesse, le narrateur, un bibliothécaire peu actif, quitte le Havre à bord d’un cargo emportant avec lui l’urne funéraire du défunt oncle. La traversée est très longue, un mois, et l’équipage n’est guère sympathique, peu loquace et indifférent.

Mais le narrateur prend très à cœur sa mission et, à bord, il rencontre des personnages attendrissants de qui il se rapproche un peu, partage ses repas avec d’autres passagers et les compagnons du cargo et ne se sépare jamais de l’urne. Toujours posée à ses côtés, il lui parle, lui donne une sorte d’humanité, redonne vie en quelque sorte à cet oncle qu’il aimait, et le seul membre de famille qu’il lui restait. De prime abord, cela ressemble à une mission sentimentale de grande envergure, mais il s’agit surtout d’oublier les semaines interminables en pleine mer ou dans un porte-conteneurs aux longs couloirs grisâtres et sinistres, parce qu’au bout du voyage il faut veiller à accomplir une mission de grande importance.

Retour à Buenos AiresLa traversée se poursuit vaille que vaille et en prenant connaissance des lettres d’Amour que l’Aviateur a écrites ou reçues de sa bien-aimée, le narrateur essaie de deviner quelle relation avait existé entre eux, de quel amour étaient-ils habillés. Malgré ces périples d’un bout à l’autre du monde et de la désolation, l’auteur garde un sens aigu de la dérision et affronte la lassitude du quotidien, les affres d’une longue traversée, ballotté par l’océan déchainé lui donnant le mal de mer et le cœur au bord des lèvres.

L’auteur nous dresse tout de go le portrait d’un homme désabusé, qui noie sa solitude dans le whisky et se désole de l’autre vie qu’il a connue jadis, d’amour et de jeunesse.

Un récit insolite livré à travers une écriture légère et sans faux pas, rythmé par un style simple, des mots justes, sans ambages ni fioritures. Une pointe d’humour doux-amer s’immisce entre les lignes, donnant au récit la forme d’un journal de bord d’un homme ordinaire.

Un roman agréable, pour savourer les derniers soubresauts de l’été et se préparer doucement aux premiers balbutiements de la rentrée…

Retour à Buenos Aires de Daniel Fohr, éd. Slatkine & Cie

Date de parution : 1/3/2018  
Article publié par Catherine le 15 août 2018 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

3bis, rue Riquet – Frédérique Le Romancer

Dans un immeuble quelque part en plein Toulouse, des gens se croisent sans dire mot, les portes claquent et les bafouilles griffonnées par le syndic sur un écriteau ne sont guère plus chaleureuses. Au rez-de-chaussée il y a Cécile, traductrice, qui fuit le monde, vit recluse dans son appartement et surveille ses voisins par le judas de sa porte, tandis qu’au premier étage Lucie, elle, adore les bars, la vie du quartier, les sorties nombreuses en attendant de trouver le grand amour sur la toile. Puis il y a surtout Mado, ancienne Reine des trottoirs sur le retour, qui traîne dans la cage d’escalier. Avec son regard un peu halluciné, elle énerve les habitants de l’immeuble ou les attendrit selon qu’ils soient d’humeur à accepter ou non sa mémoire défaillante et ses soucis d’argent à la fin du mois, qui l’obligeait à faire encore quelques passes… Même si elle était propriétaire de son appartement depuis bien longtemps, la copropriété lui coûtait cher.

3bis, rue RiquetAu fil du temps, la fraternité et l’harmonie s’invitent dans ce huis clos charmant et petit à petit la charité s’installe. Mado réunit ses copines pour venir en aide à Marc et Lucie, moins chanceux en amitié et décidément trop pris par leurs activités professionnelles. Certains cultivent leur névrose tandis que d’autres s’épanchent et laissent entrevoir un fragment de leur personnalité, pas toujours un exemple…Mais qui peut prétendre n’avoir aucune faille ? Vaille que vaille les héros de cette histoire cocasse finissent par s’unir afin de sortir de leur perdition pour les uns, leur solitude pour les autres et tous parviennent à se soutenir pour que les lendemains soient rieurs et ensoleillés.

L’auteur nous livre aussi une belle réflexion sur les dangers du monde virtuel et la situation fragile de certains métiers, comme celui des prostituées.

Un bon moment de lecture, certes… Mais un récit qui me rappelle étrangement un autre excellent chroniqué ici il y a quelque temps, qui parle de solidarité entre les habitants d’un immeuble et dont les lecteurs conquis se désolent toujours d’une suite qui tarde… Certes, le présent récit traite de la même thématique, mais pour ma part je regrette toujours le magistral « Et puis Paulette » de Barbara Constantine, resté orphelin d’un deuxième volet…

3bis, rue Riquet par Frédérique Le Romancer, éd. Denoël

Date de parution : 12/4/2018  
Article publié par Catherine le 8 août 2018 dans la catégorie Cru bourgeois
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Premier Grand Cru Classé

Un arbre, un jour – Karine Lambert

« Du haut de mes trente-deux mètres, je les regarde vivre sur la place du village. Depuis cent trois ans, je partage leurs nuits et leurs jours, j’effeuille leurs amours et parfois j’envie leurs cris de joie. »

Selon un arrêté municipal, le platane du petit village provençal sera abattu le 21 mars. L’arbre centenaire, témoin secret de tous les villageois, celui qui les vus naître et grandir, va s’abattre sous les scies et les haches des bûcherons. Les habitants sont envahis d’une grande tristesse. Cette année, au lieu de célébrer le printemps, comme à l’accoutumée, le 21 mars sera une date maudite.

Mais le vieillard n’a pas encore dit son dernier mot… Il raconte sa vie d’arbre exemplaire, de sage philosophe. Il parle du village au milieu duquel il trônait fièrement, de ses habitants qu’il abritait, rassurait.

Effondrés par la nouvelle, chacun s’épanche, relate l’une ou l’autre anecdote autour de l’arbre. Ainsi, l’on renoue avec le passé, s’échange des confidences, l’on en apprend plus sur la vie de certains, les sentiments, les histoires d’amour même. Et avec la détermination et le courage d’un petit garçon, quelques habitants vont mener un combat acharné pour sauver le centenaire en sursis.

L’auteure nous ravit de cette promenade provençale douce et légère et l’on se sent d’emblée motivés pour sauver le vieil arbre pleine de santé, et d’arrêter le couperet lancé par le funeste arrêté municipal.

un arbre un jourL’écriture, sans fioritures, glisse délicatement et l’on se surprend ça et là à contempler la beauté du paysage à s’émouvoir de l’atmosphère de ce village authentique en pleine Provence où l’on n’a qu’une seule hâte, celle de s’asseoir près du grand arbre et déguster un délicieux jus de fruits. Dans ce récit qui exhale la garrigue, tout est chargé d’authenticité et de sentiments. La vie s’écoule autour d’un arbre que l’on veut sauver à tout prix et les personnages de cette histoire sont tous attachants. Même l’employé de la mairie, au départ bien décidé à respecter les ordres donnés par le maire finit par fléchir et rejoindre les militants. Tous sont bien décidés à se serrer les coudes pour sauver leur plus précieux aïeul.

Un roman tout simplement beau, parce que tout simplement rempli de sensibilité et d’émotions…

Mon ressenti … Les arbres ont ce pouvoir incontestable d’écouter les confidences, d’apporter aux cœurs meurtris un peu de sérénité. Puisse chacun de nous avoir dans sa vie un arbre d’exception contre lequel appuyer ses épaules, ou s’allonger sous le dais rassurant de ses feuillages.

Un arbre, un jour… de Karine Lambert, éd. Calmann-Lévy

Date de parution : 2/5/2018  
Article publié par Catherine le 8 juillet 2018 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Instantanés d’ambre – Yôko Ogawa

« C’est une boîte. Un coffret solide qui ne rouille pas à la pluie. C’est une boîte mais on ne peut l’emporter avec soi. Elle reste immobile en un endroit. En plus, hors de la maison, tournée vers l’extérieur, toute seule. Quelle ténacité. A l’extérieur du mur de briques, j’étais chargée d’aller chercher ce qu’il y avait dans cette boîte. Elle contenait des mots écrits sur des carrés de papier… »

Suite au décès d’une de ses filles, qu’elle attribue à un chien satanique qui lui aurait léché le visage alors qu’elle se promenait au parc avec sa maman, une mère veut protéger ses trois autre enfants et les calfeutre dans une grande bâtisse entourée d’un jardin, les martelant d’interdits et les obligeant à abandonner leurs prénoms d’origine. Ils s’appelleront désormais Opale, Ambre et Agathe, des noms de pierres porteuses de puissance.

Instantanés d’ambreDans cette geôle imposée bercée par le chant des oiseaux, tout n’est que douceur et enchantement, mais aussi solitude et isolement. La mère multiplie les absences pour son travail aux thermes, et les enfants se débrouillent comme ils peuvent dans leur nouvel environnement. Pendant qu’Opale danse, Agate joue de l’harmonium et Ambre dessine. Ainsi, la petite sœur surgit en point lumineux au coin de l’œil d’Ambre… Et voici que sont réunis les quatre enfants, le temps d’une étincelle, d’un rêve.

Une brise légère souffle sur les végétaux leur donnant un mouvement aérien. Loin des tumultes du monde, la quiétude semble s’être installée…

Mais derrière les murailles entourant leur jardin, les enfants oublient peu à peu la réalité. Ils imaginent de nouveaux jeux, se délectent de lectures, surtout celle des encyclopédies abandonnées par le père absent, se mettent à murmurer car il leur est interdit de crier, sont vêtus de haillons de trop petite taille, portent les cheveux en crinière ou pire encore sont parés d’une queue ou d’ailes cousues par la mère névrosée. Le jardin est bénéfique, certes, et leur fait oublier un peu les délires de leur maman et le cloisonnement dans cette alcôve de fortune. Ainsi, ils perdent leurs repères avec l’extérieur mais puisqu’ils se montrent respectueux des règles imposées par la maman, ils ne rencontreront pas le chien féroce qui rôde et les surveille…

De nombreuses questions nous viennent à l’esprit, dont une, fondamentale : à trop aimer ses enfants, les aimer mal surtout, en mettant des freins à leur épanouissement, en les isolant du monde, ne devient-on pas une mère destructrice ? Une autre réflexion s’invite en ce qui concerne l’effet délétère de notre monde, si cruel et si violent et sur le pouvoir de la nature, des animaux et de la musique et pour panser nos meurtrissures.

Une auteure qui fait jouxter avec délicatesse le surnaturel avec la réalité et nous donne un récit imprégné de poésie où raisonnent en écho les sons de la nature et des animaux, toujours rédempteurs dans ce monde où séjournent la violence et le mépris.

Ici encore, elle nous livre une fable très intense sur le deuil, le chagrin et la force du clan, le pouvoir des animaux et de la nature, de la musique et des mots pour éloigner la tristesse et contrer les effets néfastes du monde sur les cœurs endoloris.

Instantanés d’ambre de Yôko Ogawa, éd. Actes Sud

Date de parution : 4/4/2018  
Article publié par Catherine le 18 juin 2018 dans la catégorie Grand vin
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne