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Depuis 2010, les avis de lecture d’une pléiade de lecteurs passionnés…

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Premier Grand Cru Classé

Larmes de combat – Brigitte Bardot

« Je veux remettre à plat le sens de mon combat et rappeler toujours et encore la place qui doit être rendue aux animaux. Ils m’ont sauvée, dans quelle mesure je les sauve moi ? »

L’humain a donc atteint le paroxysme sur l’échelle de la cruauté et l’ignominie… Nous voilà dans un monde sans foi ni loi, dénué de la moindre sensibilité. Combien de consciences à remuer, de cœurs à bousculer, d’hommes à remettre sur le droit chemin ? Aujourd’hui, la nature est dévastée, la cause animale est bafouée, des races d’animaux disparaissent sous le joug de la race humaine abjecte et destructrice. La pollution s’étend de plus en plus allant jusqu’à dévaster les forêts, les océans, laissant les animaux sans ressources. Ainsi, l’homme détruit à tout va pour entretenir son ego démesuré et fait souffrir les animaux pour satisfaire sa perversité…

Larmes de combatC’est ce que dénonce la grande Dame du cinéma, devenue l’immense protectrice des animaux. Dans ce manifeste, elle nous parle des combats de sa vie, et sans doute celui-ci sera-t-il le dernier puisque la merveilleuse Dame a 83 ans.

Ainsi, elle fait le compte à rebours de ces décennies de combats qu’elle a menés avec force et courage. Avec beaucoup d’humilité, elle livre et dévoile le pan de sa vie après sa rupture avec le cinéma pour se consacrer désormais au bien-être des animaux. À travers de nombreuses réflexions autour de la cause animale, la place de celui-ci auprès de l’homme et de la relation qu’il entretient avec les animaux. Elle se rebelle une fois encore devant l’injustice qui leur est faite, la cruauté et le sadisme dont ils font l’objet.

Au fil des pages, elle nous relate ses engagements pour les animaux, ses batailles, de défaites en victoires. Mais elle entoure ses lignes d’espoir et nous livre en filigrane toute la douceur et la plénitude que lui confère le royaume animal.

J’ai tardé à donner mon modeste avis sur ce livre magnifique déjà paru en 2018, profitant de sa sortie en livre de poche en janvier 2019. Je conseille vivement cette lecture à tous ceux qui, comme moi, sont résolument opposés à la souffrance animale, à tous ceux qui comme moi sont des militants acharnés pour que cesse l’exploitation des animaux quelle qu’elle soit, pour tous ceux qui, comme moi, abhorrent les cirques, les zoos et tous ces antres d’enfer, les divertissements insensés et cruels, tels les corridas, aussi et bien entendu l’expérimentation animale…

Et pour remuer les consciences, si tant est que certains humains en aient une…

« Ce livre, ces Larmes de combat, serait donc mon legs. Ce texte testamentaire portera à jamais ma conviction, mon abattement et mes espérances. .. . En cette Sainte-Brigitte, j’ai donc compris qu’un jour, pas si lointain peut-être, là où je serai, je sentirai ce souffle de vie pour lequel j’ai lutté toute mon existence. Un souffle vivifiant, puissant et novateur. Un souffle invincible venir de celles et de ceux qui parviendront à ouvrir à jamais les grilles de ce monde immenses de rêves et de douleurs muettes qu’est l’animalité. Mon passage sur terre n’aura donc pas été vain. Et mon âme sera enfin en paix »

Larmes de combat, de Brigitte Bardot, éd. Plon

Date de parution : 25/1/2018  
Article publié par Catherine le 5 mai 2019 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Cru bourgeois

La tendresse du crawl – Colombe Schneck

« J’avais connu une succession d’hommes, pourtant je passais davantage de temps à imaginer l’amour qu’à le vivre. J’avais si peur de la réalité.
Et puis je retrouve Gabriel, croisé au lycée, à quinze ans. »

Ils sont à mille lieues de l’autre. Lui, musicien solitaire, n’aimant pas les mondanités, elle encroûtée dans son milieu intello bourgeois. Ils ne s’étaient plus revus depuis l’adolescence et se retrouvent à présent, tous deux cinquantenaires. Avec lui, tout est si doux, si simple. Entre les croque-monsieur des enfants et les dîners improvisés sur un coin de table dans la cuisine, il lui fait l’amour dans un canapé. Avec lui, elle savoure les caresses et s’émeut des courbes de son corps, réactive sa sensualité un peu oubliée, s’abandonne au creux des bras de son amant, redécouvre le plaisir. Avec lui aussi elle apprend à nager le crawl. Elle se retrouve hissée au faîte de l’amour, la peur au ventre pourtant… Car la chute pourrait être vertigineuse. Ainsi elle s’interroge… Et s’il se lassait, s’il s’éloignait, pire, s’il la quittait. Elle qui jusqu’ores collectionnait les rencontres décevantes…

La tendresse du crawlAinsi, pendant les neuf mois d’amour, elle n’avait cessé d’être inquiète, de l’imaginer courant vers d’autres bras, accidenté de la route, blessé, voire mort. Jusqu’au jour où, après quelques brasses et dos crawlé, imaginant le pire , elle sort de l’eau, se précipite sur son portable et ne peut retenir son souffle lorsqu’elle découvre les douces lignes qu’il lui avait laissées, les messages qui se succédaient, tous remplis d’amour et du désir de la voir se hâter vers lui qui l’attendait à l’entrée de la piscine. Rassurée mais perplexe, elle devait désormais se familiariser avec l’Amour.

Un roman succinct qui sonne comme les prémices du printemps après le rude hiver, comme l’éclosion d’une fleur sortie de son bulbe, endormie sous la couverture de gel et de froidure.

Et l’auteur de nous convaincre qu’à 50 ans, il suffit d’une étincelle pour raviver les braises refroidies, un regard, une rencontre improbable, un rayon d’amour pour nous mettre en émoi et se réjouir des lendemains…

Dans cette chronique d’un amour improbable, c’est Gabriel qui me touche plus particulièrement. Pour ce qu’il donne de plus beau en lui, sa simplicité et sa sensualité délicate lorsqu’il dessine les contours du corps de son aimée ou glisse sur le dos dans la piscine pour la rejoindre dans une douce aquatique.

Doux, frais, délicat. Une lecture qui fait du bien, même si l’on se désole un peu de la banalité du propos.

La tendresse du crawl de Colombe Schneck

Date de parution : 6/3/2019  
Article publié par Catherine le 8 avril 2019 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

Deux sœurs – David Foenkinos

« Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression : nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage ? »

Mathilde a 30 ans et vit une belle histoire d’amour avec Étienne. Professeur de français dans un lycée, elle est férue de littérature et particulièrement de Flaubert et son roman « L’éducation sentimentale ». Une passion qu’elle partage avec ses élèves. Elle aime profondément son compagnon Étienne. Et lorsque celui-ci, lors d’un voyage en Croatie, lui demande sa main, Mathilde est plus heureuse et plus épanouie encore.

Quelque temps plus tard, Étienne se montre distant, embarrassé. Mathilde le bombarde de questions et il finit par avouer qu’il a croisé Iris, son ex-compagne, que ses retrouvailles l’ont bouleversé et que sa place est désormais auprès d’elle, la femme de sa vie. Le monde de Mathilde bascule alors. L’édifice solide qu’elle avait construit naguère s’effondre sous le choc des paroles d’Étienne qui s’abattent sur elle comme un couperet et des vents contraires qui s’acharnent contre elle. S’ensuivent alors la déprime, puis la faute professionnelle qui lui vaudra un licenciement, et enfin la perte de son appartement. Mathilde ne sait plus à quel saint se vouer pour retrouver un semblant d’équilibre. C’est alors que sa sœur Agathe vient à son secours et tente de la sortir d’une perdition certaine. Il était moins une car Mathilde dépérit et chancèle… Mais l’appartement d’Agathe est exigu et autour d’elle il y a Frédéric, son mari, et sa fille Lili. Et même si chacun y met du sien et de la bonne volonté, le petit logis d’Agathe devient une sorte de geôle imposée.

Deux soeursComment survivre pour Mathilde dans ce huis clos suffocant ? Tour à tour, elle fait montre de en se remettant en question, sera même serviable et dévouée. Mais très rapidement la jeune femme deviendra agaçante, voire intruse. Le lecteur sera lui aussi pris au dépourvu, trouvant de prime abord la jeune sympathique et lui donnant mille excuses pour ses dérapages, nous gardons bien de la juger, l’estimant même piégée par un compagnon goujat et irrespectueux, la laissant à la dérive.

Ainsi l’on se désole de suivre Mathilde dans cette histoire de rupture inopinée, sans le moindre signe avant-coureur, mais moult réflexions foisonnent dans notre esprit, et l’on pardonne à Étienne d’avoir fléchi devant ce cœur oublié quelque temps et reconquis à présent, parce que tout simplement peut-être, vulnérable, il se sentait un peu trop prisonnier d’une histoire d’amour qui le retenait dans le chemin tout tracé qui ne lui correspondait pas…

Je me suis hâtée vers la librairie pour me procurer le dernier opus de David Foenkinos que j’apprécie pour sa plume souvent mouillée d’émotion et de sentiments. L’on connaît moins cette facette plus sombre de l’auteur. Ici, il dessine au vitriol le portrait d’une femme qui perd pied, elle qui coulait des jours heureux entre amour et travail, elle qui savourait la douce quiétude d’un bonheur ronronnant, la promesse d’un lendemain sans nuages. L’auteur nous plonge dans les arcanes de douleur et de désespérance.

L’auteur de l’excellent roman « La délicatesse » se fourvoie un peu dans cette histoire d’une banalité affligeante de rupture amoureuse comme il y en a des milliers…

Deux sœurs de David Foenkinos

Date de parution : 21/02/2019  
Article publié par Catherine le 17 mars 2019 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Compromis – Philippe Claudel

Denis et Martin, deux amis de trente ans se retrouvent dans un appartement vide. L’un est un comédien quelconque, l’autre un dramaturge manqué… Le premier vend l’appartement et a insisté pour que le second soit présent lors de la signature du compromis, afin de rassurer l’acheteur pense-t-il. Car s’il écrit de très mauvaises pièces, il a quand même une bouille rassurante, qui inspire confiance. Est-ce donc là sa seule qualité ? Le candidat acheteur tarde à arriver et les deux amis bavardent de tout et de rien pour passer le temps. Ainsi l’on se moque, se lance des flatteries, des fleurs, puis des épines, car la conversation dérape rapidement, devenant blessante voire insultante. Et petit à petit, on se lâche et dévoile tout ce que l’on retenait naguère. Nous sommes en mai 1981, le Président Mitterrand va entrer en fonction. Voilà un sujet qui donne d’emblée de longs débats, des discussions qui s’échauffent et rendent les deux amis de plus en plus nerveux.

Compromis Philippe ClaudelL’acheteur arrive enfin, Dans ce huis clos suffocant, le voilà bien embarrassé de se retrouver en plein règlements de comptes entre les deux amis. Va-t-il faire montre de délicatesse et s’éloigner de la querelle ou a contrario prêter son aide et devenir médiateur et tenter de mettre d’accord les deux amis conflictuels, ou enfin se retrouver la seule victime de cette visite d’appartement qui tourne mal et de la signature d’un compromis qui prend des allures de remise en question, de résolution d’une vente.

Un régal que ce roman succinct qui est en réalité une pièce de théâtre. L’auteur fait entrer des personnages aigris par la vie et de piètres carrières de dramaturge pour l’un et comédien pour l’autre se retrouvant par un après-midi de mai à refaire le monde dans un appartement vide, sans atout, moche mais qui a tout de même trouvé acquéreur ou naïf…

Une danse de mots et de répliques enlevée et jubilatoire pour cette troisième pièce de théâtre de Philippe Claudel, servie sur scène par deux grands derrière les rideaux, à savoir Pierre Arditi et Michel Leeb…

À lire certainement et à voir aussi…

Compromis de Philippe Claudel, éd. Stock

Date de parution : 1/1/2019  
Article publié par Catherine le 3 mars 2019 dans la catégorie Grand vin
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Grand vin

La lumière est à moi et autres nouvelles – Gilles Paris

Les héros mis en scène par l’auteur connaissent à tour de rôle la douleur et se démènent comme ils peuvent pour sortir des situations les plus étranges. Lior  voit sa mère se dégrader et guérir miraculeusement, tandis que le bel Eytan, séduit et prend plaisir à jouer avec les sentiments d’autrui. Puis Brune, Anton et Ben connaissent leurs premiers émois. Anton, Eytan, Angus, Julian, Aaron, Lior, Ethel, Anna, Ruth, Ambre, Brune, tous se croisent de près ou de loin sous le joug d’une existence jalonnée d’instants sombres, qui laissent parfois entrevoir un rai de lumière qui sauve et reconstruit. Car, certes, ils y croient fermement à ce coin de lumière qui tarde à apparaître… Et nous les suivons sur ce chemin sinueux, à la recherche de l’étoile salvatrice.

Dix-neuf nouvelles qui virevoltent, dansent un ballet douloureux. Un pas-de-deux où s’entremêlent de jeunes héros touchés par le deuil, l’abandon, la maladie d’un proche, tous meurtris par les blessures de la vie. L’auteur place ces héros malheureux dans une d’une sorte de bal de la tourmente, où l’espoir s’immisce vaille que vaille dans les abysses des cœurs bafoués et les âmes désolées, que le couperet de la vie a déchirés.

La lumière est à moi et autres nouvelles - Gilles ParisEt nous, lecteurs, allons à la rencontre de ces jeunes en perdition au cours d’un grand voyage minutieusement organisé par l’auteur, une traversée aux antipodes, dans des lieux magiques mais aussi dans les tréfonds des âmes brisées qui nourrissent un espoir, celui de survivre à tout prix, de connaître des demains baignés d’azur, de nouveaux soubresauts d’une vie meilleure.

Et l’auteur nous remue la mémoire, nous bouscule à l’intérieur à coup d’émotions et de délicatesse. Fusent en nos mémoires mille interrogations, surgissent en nos âmes les tourments enfouis, ceux-là qui ne demandent à ressortir illuminés d’une nouvelle lumière.

À travers une plume d’une grande fraicheur, d’une incontestable beauté, l’auteur nous renvoie à notre enfance et nos désarrois d’antan, de solitude, d’absence et de blessures. Mais aussi à ces bouts de vie entre gris clair et éclaircies, si souvent implorés, et peu de fois approchés…

La lumière est à moi et autres nouvelles par Gilles Paris, éd. Gallimard

Date de parution : 01/11/2018  
Article publié par Catherine le 16 décembre 2018 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

Hôtel Waldheim – François Vallejo

En vacances avec sa tante à Davos, une station suisse huppée où se croisent l’élite intellectuelle et nantie, Jeff Valdera joue aux échecs, parle littérature avec une vieille dame habituée de l’endroit, s’initie au jeu de go avec un professeur d’histoire. Des années plus tard, une carte postale le met en demeure de se souvenir de l’Hôtel Waldheim. L’étrange auteure de la carte n’est autre que Frieda Steigl, la fille du joueur de go, résident de l’hôtel.

Ils se donnent rendez-vous et l’échange est d’emblée très ardent. Elle est irritée par son ingénuité tandis qu’il ne supporte pas sa rudesse. Les réminiscences reviennent, celles d’un adolescent candide, incapable de saisir le dessous des cartes. Mais la belle Frieda fait resurgir les événements et se remémore de l’histoire, celle de la guerre froide et des deux Allemagnes.

Hotel WaldheimFrieda tente de remuer la mémoire de Jeff, lui rappelle qu’il aurait même bien malgré lui livré des informations à la Stasi, afin de détruire un réseau de passeur entre la RDA et la Suisse. Mais il tombe des nues après les affirmations de sa belle interlocutrice. Lui, il se souvient surtout de ses 16 ans et de cet été 76 dans ce sinistre hôtel, où à défaut de courir le guilledou il passe ses journées dans la salle de jeu de l’hôtel où il s’adonne à des jeux de société, tue le temps en jouant aux échecs, apprend le jeu de go.

Un récit noir, majestueux et insolite, qui nous captive du début à la fin. L’auteur nous entraîne tout de go dans une histoire au suspense hitchcockien où se mêlent des atmosphères glauques et énigmatiques, dans lesquelles des personnages mystérieux se débattent et s’apostrophent. L’auteur met en scène ses deux héros et les entraîne sur une piste équivoque et jubilatoire en les poussant à reconstruire le puzzle de leur mémoire jusque dans les moindres détails. Puis il les incite à replonger dans le passé, dans ces pans de leur vie plus sombres, jusqu’à ce que se dévoilent des souvenirs scellés, des fragments de leur existence qu’ils ont préféré oublier.

Et en se jouant de la particularité de ses deux personnages principaux, il invite délicatement le lecteur à se remettre en question (avons-nous tous une anecdote du passé que l’on veut dévoiler ?) Au fil du récit, nous restons suspendus à la plume remarquable et nous hâtons vers l’épilogue en nous interrogeant sur ce que ce mystérieux hôtel Waldheim recèle de confidences des clients et autres intervenants, de leurs failles, des zones d’ombre de leurs âmes.

L’intensité de la narration, la dissection presque pharmaceutique de l’âme des personnages, l’atmosphère quelque peu ambigüe qui règne tout au long de l’histoire donnent à ce roman noir une puissance et une vigueur magistrales.

Hôtel Waldheim par François Vallejo, éd. Viviane Hamy

Date de parution : 30/08/2018  
Article publié par Catherine le 17 septembre 2018 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Cru bourgeois

Retour à Buenos Aires – Daniel Fohr

Pour sortir de sa lassitude et respecter les dernières volontés d’un oncle mourant, surnommé l’Aviateur, de disperser ses cendres dans le Rio del Plata à Buenos Aires, en mémoire d’un amour de jeunesse, le narrateur, un bibliothécaire peu actif, quitte le Havre à bord d’un cargo emportant avec lui l’urne funéraire du défunt oncle. La traversée est très longue, un mois, et l’équipage n’est guère sympathique, peu loquace et indifférent.

Mais le narrateur prend très à cœur sa mission et, à bord, il rencontre des personnages attendrissants de qui il se rapproche un peu, partage ses repas avec d’autres passagers et les compagnons du cargo et ne se sépare jamais de l’urne. Toujours posée à ses côtés, il lui parle, lui donne une sorte d’humanité, redonne vie en quelque sorte à cet oncle qu’il aimait, et le seul membre de famille qu’il lui restait. De prime abord, cela ressemble à une mission sentimentale de grande envergure, mais il s’agit surtout d’oublier les semaines interminables en pleine mer ou dans un porte-conteneurs aux longs couloirs grisâtres et sinistres, parce qu’au bout du voyage il faut veiller à accomplir une mission de grande importance.

Retour à Buenos AiresLa traversée se poursuit vaille que vaille et en prenant connaissance des lettres d’Amour que l’Aviateur a écrites ou reçues de sa bien-aimée, le narrateur essaie de deviner quelle relation avait existé entre eux, de quel amour étaient-ils habillés. Malgré ces périples d’un bout à l’autre du monde et de la désolation, l’auteur garde un sens aigu de la dérision et affronte la lassitude du quotidien, les affres d’une longue traversée, ballotté par l’océan déchainé lui donnant le mal de mer et le cœur au bord des lèvres.

L’auteur nous dresse tout de go le portrait d’un homme désabusé, qui noie sa solitude dans le whisky et se désole de l’autre vie qu’il a connue jadis, d’amour et de jeunesse.

Un récit insolite livré à travers une écriture légère et sans faux pas, rythmé par un style simple, des mots justes, sans ambages ni fioritures. Une pointe d’humour doux-amer s’immisce entre les lignes, donnant au récit la forme d’un journal de bord d’un homme ordinaire.

Un roman agréable, pour savourer les derniers soubresauts de l’été et se préparer doucement aux premiers balbutiements de la rentrée…

Retour à Buenos Aires de Daniel Fohr, éd. Slatkine & Cie

Date de parution : 1/3/2018  
Article publié par Catherine le 15 août 2018 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

3bis, rue Riquet – Frédérique Le Romancer

Dans un immeuble quelque part en plein Toulouse, des gens se croisent sans dire mot, les portes claquent et les bafouilles griffonnées par le syndic sur un écriteau ne sont guère plus chaleureuses. Au rez-de-chaussée il y a Cécile, traductrice, qui fuit le monde, vit recluse dans son appartement et surveille ses voisins par le judas de sa porte, tandis qu’au premier étage Lucie, elle, adore les bars, la vie du quartier, les sorties nombreuses en attendant de trouver le grand amour sur la toile. Puis il y a surtout Mado, ancienne Reine des trottoirs sur le retour, qui traîne dans la cage d’escalier. Avec son regard un peu halluciné, elle énerve les habitants de l’immeuble ou les attendrit selon qu’ils soient d’humeur à accepter ou non sa mémoire défaillante et ses soucis d’argent à la fin du mois, qui l’obligeait à faire encore quelques passes… Même si elle était propriétaire de son appartement depuis bien longtemps, la copropriété lui coûtait cher.

3bis, rue RiquetAu fil du temps, la fraternité et l’harmonie s’invitent dans ce huis clos charmant et petit à petit la charité s’installe. Mado réunit ses copines pour venir en aide à Marc et Lucie, moins chanceux en amitié et décidément trop pris par leurs activités professionnelles. Certains cultivent leur névrose tandis que d’autres s’épanchent et laissent entrevoir un fragment de leur personnalité, pas toujours un exemple…Mais qui peut prétendre n’avoir aucune faille ? Vaille que vaille les héros de cette histoire cocasse finissent par s’unir afin de sortir de leur perdition pour les uns, leur solitude pour les autres et tous parviennent à se soutenir pour que les lendemains soient rieurs et ensoleillés.

L’auteur nous livre aussi une belle réflexion sur les dangers du monde virtuel et la situation fragile de certains métiers, comme celui des prostituées.

Un bon moment de lecture, certes… Mais un récit qui me rappelle étrangement un autre excellent chroniqué ici il y a quelque temps, qui parle de solidarité entre les habitants d’un immeuble et dont les lecteurs conquis se désolent toujours d’une suite qui tarde… Certes, le présent récit traite de la même thématique, mais pour ma part je regrette toujours le magistral « Et puis Paulette » de Barbara Constantine, resté orphelin d’un deuxième volet…

3bis, rue Riquet par Frédérique Le Romancer, éd. Denoël

Date de parution : 12/4/2018  
Article publié par Catherine le 8 août 2018 dans la catégorie Cru bourgeois
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne