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Depuis 2010, les avis de lecture d’une pléiade de lecteurs passionnés…

Plus de 650 articles.

 
 
Cru bourgeois

Lettres non-écrites – David Geselson

Un metteur en scène et auteur nourrit le projet de demander aux spectateurs de rédiger avec lui une lettre jamais envoyée. En 35 minutes, il exposera le sujet et donne 45 minutes aux participants pour écrire. Ainsi, des quatre coins du monde, de la plume d’écrivains en herbe seront couchés sur papier des mots d’amour, de pardon, des émois, mais aussi des mots de haine, des regrets, des désarrois, des perditions. Chacun ira de son expérience personnelle, de ses passions, de ses heurts, de ses fissures aussi, en vrac, en ne se doutant pas une fois que de ces échanges épistolaires, naîtra un projet théâtral.

De ces fragments de vie, ce ballet d’échanges de mots jamais dits, de mots criés au fond du cœur, de chaos, d’exaltations, ourdit l’élaboration d’un recueil de lettres tues jusqu’ores. Et c’est de là que fleurira la pièce de théâtre tant espérée par le metteur en scène.

Un recueil de lettres intéressant, qui érige un projet longuement mûri par l’auteur qui s’est imaginé écrivain public pour mettre en scène la parole de spectateurs, futurs bateleurs. Et soudain, la vie des protagonistes devient une pièce de théâtre. Pour réaliser son projet, l’auteur a sillonné les théâtres d’une ville à l’autre pour proposer aux spectateurs qui en sont désireux de rédiger la lettre qu’ils n’ont jamais osé écrire, lesquelles seront lues ensuite par des comédiens et par David Geselson lui-même, lors de prochains spectacles.

De cet assortiment de lettres fleurira bientôt de nombreux spectacles tous destinés à donner une chance à des comédiens novices, improbables, qui se voient désormais partager leurs bouts de vie et les déclamer sur les planches, une occasion à saisir pour tous ces comédiens de fortune que de divulguer un pan de leurs vies, mis en exergue à présent.

À ce titre, les acteurs seront un enfant, un frère, une mère, un père et sa fille en plein courroux, un amour, une amante, un mari plus jeune que son épouse. L’on passe tantôt du rire aux larmes, des appels au secours à la sérénité, des bleus à l’âme aux lendemains plus apaisés, des écorchures du cœur aux matins exaltés, tous ces sentiments gardés scellés et enfouis dans les tréfonds de l’âme, de la plume interdite tout à coup trempée dans l’encre douce-amère, de murmures de parloirs enfin hurlés.

Lettres non écritesDes mots qui virevoltent, s’arc-boutent dans un écrin que l’on désirerait conserver dans les tiroirs de notre âme, pour que jamais plus ils ne soient oubliés mais psalmodiés sur toutes les scènes du monde, histoire de les mémoriser, une fois le livre refermé, aller pouvoir entendre sur scène et poursuivre encore et encore l’objectif espéré par l’auteur et le metteur en scène de toucher, émouvoir, laisser dans chaque cœur une trace indélébile de ces instants livrés et partagés.

Férue des belles lettres d’antan, lorsque l’on s’écrivait et disait – car il n’existait alors d’autre moyen de communication que les mots dits tout bas et ceux griffonnés, ou encore déclamés, que l’on couchait sur le papier ses émois, je me suis laissée porter par ce roman épistolaire et insolite. Mon seul regret serait peut-être que ce récit ne se rapproche un peu trop du scénario plutôt que du roman et ressemble en cela plus à un syllabus destiné aux futurs comédiens qui entrent à l’académie ou au Conservatoire…

Lettres non-écrites de David Geselson, éd. du Tripode

Date de parution : 1 mars 2021  
Article publié par Catherine le 23 mai 2021 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

La fragilité des funambules – Verena Hanf

Après avoir déserté la Roumanie, Adriana pose ses valises en Belgique. Elle confie à ses parents son fils Cosmin. Hantée par un passé douloureux, elle laisse mûrir en elle la haine et l’amertume. Employée par une famille allemande fortunée, Adriana assume désormais des fonctions de nounou. Elle s’occupe de la petite Mathilde, six ans, une enfant difficile et capricieuse. Entre sa maman Nina, souvent absente et alcoolique et son père, Stefan, discret et taciturne, il règne une ambiance douce-amère.

Et puis, il y a Gaston, qui l’enlève le week-end et lui prête son épaule. Auprès de lui, Adriana retrouve un peu d’apaisement et arrive parfois à oublier, fût-ce un instant, les trahisons qu’elle a subies jadis et la noirceur de son quotidien. Ainsi s’installe un équilibre précaire très vite bousculé par la mère d’Adriana, momentanément indisponible et peu enthousiaste à accueillir chez elle son fils.

La fragilité des funambulesAu fil du récit, on en apprend un peu plus sur chacun des personnages, certains de prime abord aimables et d’autres revêches et antipathiques, ceux-là mêmes qui se retranchent derrière un mur glacial pour se protéger de leur malheur et leur perdition, et à qui l’on finit par pardonner leurs comportements odieux. Et l’on se retrouve à s’apitoyer sur les attitudes des personnages qui n’avaient pas notre sympathie jusqu’ores, à les soutenir désormais et à les comprendre, allant même jusqu’à leur souhaiter des lendemains meilleurs.

Je me suis laissée porter par ce roman, à l’atmosphère entre gris clair et gris foncé, distillant les relations humaines qui vacillent et s’évanouissent si vite que l’on perd pied et dégringole tantôt à cause d’un infime cahot ou pour avoir trébuché au bord du précipice immense qu’engendre les relations humaines…

Je conseille vivement la lecture de ce nouvel opus. J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisir la plume magistrale, tout en émotions et délicatesse, de l’auteure du magnifique Tango tranquille chroniqué ici il y a quelque temps…

La fragilité des funambules de Verena Hanf, éd. Deville

Date de parution : 8 avril 2021  
Article publié par Catherine le 26 avril 2021 dans la catégorie Grand vin
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vin de table

Presqu’îles – Yan Lespoux

” Le premier noyé de la saison, c’est un peu comme l’ouverture de la cabane à chichis, la première grosse pousse de cèpes ou la première gelée : ça rythme l’année. “

Les Bordelais seraient-ils presqu’aussi agaçants que les Parisiens ? C’est ce qu’il semble transparaître de ces nouvelles qui exhalent les cèpes et l’automne. On y parle beaucoup de la chasse, de la pêche. De l’océan aussi, tellement redoutable, que ses flots si menaçants ramènent chaque année le premier noyé.

Dans un coin de Médoc, on bavasse autour d’une table, de tout et de rien et on se fait interrompre par le Bordelais, un gars de là-bas comme il dit parce que ses parents avaient une maison à Bordeaux, qu’il a grandi ici. C’est un épicurien, un gourmet qui apprécie la bonne chair, les produits de la chasse et de la pêche toujours à l’affût d’un bon gibier quand il parcourt la campagne au volant de son 4X4.

Presqu'ilesAu village, il essaie de s’intégrer, de s’immiscer dans les conversations mais chaque fois, il se fait rabrouer et quand il donne son avis, personne ne l’écoute…

Ainsi, depuis quelque temps, le bougre se tient à carreaux et lorsqu’on lui demande d’où il est originaire, il se montre vague et indique qu’il vient d’une station balnéaire réputée quelque part dans l’Atlantique. De cette façon, il évite les remarques sur la mentalité des gens issus du Médoc, catalogués d’alcooliques notoires. Et puis, en général il élude le sujet pour éviter de devoir rendre des comptes à l’entourage toujours inquisiteur. En réalité, il rentre de moins en moins chez lui, s’est claquemuré dans sa Thébaïde.

Au fil du temps et parce que les gens vous jugent et vous condamnent, n’est-il pas préférable de se fondre dans l’anonymat, de se mêler à la foule sans justifier d’être Bordelais ou Parisien, avec tout ce que cela représente de négatif ?

Sous la plume douce-amère, un soupçon d’humour s’immisce entre les lignes et l’auteur dépeint un monde d’intraitables et d’aigris, quelque part entre terre et mer.

Je ne garderai pas un souvenir ému de ces tranches de vie de personnages peu avenants et en particulier de la personnalité du Bordelais qui n’a pas suscité chez moi la moindre sympathie…

Presqu’îles par Yan Lespoux, Agullo Editions

Date de parution : 21 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 27 mars 2021 dans la catégorie vin de table
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Premier Grand Cru Classé

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien – Gilles Paris

« Le problème est que nous cherchons quelqu’un pour vieillir ensemble alors que le secret est de trouver quelqu’un avec qui rester enfant. » (Charles Bukowski)

« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes…. J’ai été un parmi eux.»

Parce qu’un jour, les vents contraires s’acharnent…

Quand l’auteur de huit livres à succès chancelle sous le joug de la dépression, ce mal sournois qui frappe sans crier gare et vous enferme dans une Thébaïde imposée, vous emprisonne dans un huis clos duquel vous ne sortez pas sans l’aide des médecins de l’âme, une béquille salvatrice que sont l’enfermement et la prise de substances qui vous laissent entrevoir un coin de ciel bleu.

Certains coeurs lachent pour trois fois rienD’aucuns s’interrogent et diront aisément que huit livres qui marchent bien, les nombreuses dédicaces et émissions mettant en exergue les romans dès leur publication, les entourant d’éloges et de gloire auraient pu suffire à éluder le mal-être et les meurtrissures insidieuses de l’âme. Certes, mais l’auteur a fléchi et relate sa vie grignotée par ce mal sournois, les huit dépressions qui l’ont mené d’un établissement psychiatrique à l’autre, et comment il a pu renaître sans replonger, grâce à ses amis, ses amours, ses diverses activités dans le monde de l’édition et ce message d’espoir qui ne s’est jamais évanoui au fil des chancellements de l’âme, des dépressions qui se sont enchaînées l’une après l’autre.

Dans ce nouvel opus, Gilles Paris raconte avec pudeur et humilité son chemin à travers les méandres de la dépression, son combat sans relâche pour des lendemains baignés de soleil, nous livre tout de go ses réflexions, ses questions sans réponse, ses ressentis lorsqu’il termine un roman, ses bouts de vie entre gris clair et noir profond, ses ciels désolés et ses espoirs d’arcs-en-ciel, Laurent, la moitié, le double, l’essentiel. L’enfance tiraillée entre, un père odieux et violent tant verbalement que physiquement, qui l’a toujours méprisé, et une mère qui vivra dans le souvenir d’un mari volage sans jamais cesser de l’aimer, les silences, les non-dits, le manque d’amour paternel, de reconnaissance… Après cela, comment grandir et se frayer un chemin dans ce monde ingrat, trouver sa place dans la mêlée. Il faut être solide et certains cœurs lâchent pour trois fois rien…

Le mien a juste battu la chamade par tant d’émotions, de désespérances suivies d’éphémères soubresauts, qui s’immiscent entre les lignes à chaque instant…

À lire d’urgence pour survivre à tout prix…

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien de Gilles Paris, éd. Flammarion

Date de parution : 25 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 7 mars 2021 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Les orages – Sylvain Prudhomme

« Lorsque j’ai rencontré Ehlmann, il était debout sur le bord de la route, sa voiture garée en catastrophe sur la bande d’arrêt d’urgence, feux de détresse allumés. J’ai vu qu’il souriait, que tout son visage était tordu de larmes et de rires à la fois, j’ai pensé qu’il était fou. »

De retour dans le vieil immeuble et l’appartement qu’il met en vente, il se remémore avec nostalgie sa jeunesse dans ces 38 m² dont il connaît les moindres coins et recoins, les moindres crissements du plancher, les moindres bruits familiers et retrouve sa vie d’antan et des souvenirs qui ont à présent un parfum suranné. Et la mélancolie s’installe soudain…

Tandis qu’à Venise, une femme sauve un hippocampe échoué sur la lagune alors qu’elle vient d’apprendre que son père est atteint par la maladie d’Alzheimer.

Ailleurs, de retour d’un enterrement, un vieux couple se querelle à propos de l’arbre où seront déposées les cendres.

Et puis il y a Awa, une jeune Sénégalaise, pour qui le rêve de salon de beauté s’écroule parce qu’elle devra assumer les soins de santé de son frère hospitalisé.

Les orages - Sylvain PrudhommeCahin-caha, on se laisse porter par ces treize nouvelles émouvantes de fragilité et tout de go dès les premiers mots l’on est touché en plein cœur par ces fragments de vie fracturés, ces instants arrêtés en plein vol, cette mélancolie qui vous enveloppe sans crier gare, cette détresse qui sonne le glas à la porte de votre cœur sans préambule.

Ce nouvel opus de Sylvain Prudhomme est touchant d’un bout à l’autre et nous bouleverse. De sa plume délicate, l’auteur frôle l’intime, saisit les instants de vérité, dessine les contours des âmes meurtries de ces personnages qui chancèlent, vacillent et perdre pied sous le joug de drames de toutes sortes, imminents et délétères.

Treize histoires de rêves avortés, d’espoirs dilués, de projets échoués, de dégringolades esquivées in extremis…

J’ai été émue par ces histoires déposées en vrac mais qui contiennent toutes une perdition larvée, ou parfois un soubresaut d’illusion caressant soudain l’envie de s’accrocher à tout prix.

À lire sans tarder en cette période maudite que nous vivons pour tenir bon et repousser les vents contraires et les orages de la vie à coup de poésie, d’étincelles et de lumière.

Les orages par Sylvain Prudhomme, éd. de l’Arbalète

Date de parution : 7 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 5 février 2021 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

La griffe – Verena Hanf

« Je caresse les chats que je croise, avec eux, je m’entends bien, et aussi avec les vaches, les chèvres, les ânes et les chiens. Ce ne sont que les humains qui ont du mal avec moi, je le sais bien. »

« Je suis une félinofille farouche, je suis un gros chat humain qui aime la nature, la nuit et le brouillard. »

Alma se remémore la douce Emma qui lui avait donné le joli surnom de « mon chat », tandis que d’autres la traitaient avec mépris de « gros matou » parce qu’elle est potelée et menue. Car Alma est gourmande et aime préparer de bons petits plats. Orpheline, une « enfant trouvée », elle s’était attachée à Emma et Pierre, qu’elle considérait un peu comme ses parents adoptifs, sans jamais pourtant le leur avouer. Elle les trouvait attentifs et tendres avec elle alors qu’elle n’avait connu jusqu’ores que des gens qui la jugeaient, la cataloguaient de « spéciale », de « différente ». Pierre a disparu il y a un an. C’est Emma qui l’avait trouvé mort et avait pris en charge ses obsèques. Peu de temps après, Emma l’avait rejoint dans sa dernière demeure…

la griffeDans sa désespérance et sa solitude, Alma partageait sa vie avec sa poupée Camomille, Pierrot-le-Rouquin, le matou de Pierre, et « sa nouvelle copine », une petite chatte grise qu’elle avait baptisée Émeline. Claquemurée dans son silence et sa thébaïde, elle ne sort que pour se promener avec ses amis de fortune et se rendre au village pour travailler au restaurant.

Intriguée par une silhouette et de longs cheveux qui allait et venait derrière la fenêtre de la maison de Pierre, Alma épie sa nouvelle voisine. Va-t-elle peut-être s’en faire une nouvelle amie, elle qui entretenait une grande méfiance à l’égard des inconnus ?

Je me suis régalée de cette courte nouvelle. Succincte par le nombre de mots mais immense par les émotions et les messages qu’elle donne au-delà des mots. Au fil des 40 pages, l’on est bercé par l’atmosphère douce-amère de cette histoire et nos pas nous guideront vers une fin inattendue…

Un plaisir de lecture ne pouvait donc qu’être partagé ici, dans l’univers de notre blog.

Un ravissement…

La griffe de Verena Hanf, éd. Lamiroy

Date de parution : 8 novembre 2020  
Article publié par Catherine le 23 janvier 2021 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Le grand jeu – Graham Swift

Nous sommes en 1959 dans la jolie ville balnéaire de Brighton. Au cœur de l’été, la station brille de mille feux. Un spectacle de variétés s’est installé qui met du baume au cœur et de la magie dans l’âme des estivants. Cela faisait bien longtemps que les vacanciers n’avaient plus connu de tel spectacle remarquable. Sur les planches du célèbre théâtre se produisent chaque soir Jack Robins, Ronnie Deane et Evie White.

Ce trio hors pair offre aux vacanciers en quête de détente et d’émerveillement un spectacle inédit. Derrière le rideau, ils deviennent Jack Robinson, coquin maître de cérémonie, Pablo le magicien merveilleux, et Eve, sublime assistante au costume étincelant. Très vite, la troupe se retrouve en tête d’affiche. Et les comédiens ne brillent pas uniquement sur scène… Au cours de l’été, les deux amis tomberont l’un et l’autre amoureux d’Evie. Un jeu dangereux…

Le grand jeuTour à tour, le récit parle de l’enfance de Ronnie, de sa nouvelle famille en temps de guerre, de l’été 1959 à Brighton, sous un ciel tantôt désolé, tantôt doucement ensoleillé, des rêveries offertes par le magicien et de son Evie, des émois d’antan qu’a suscité cette jolie assistante, à présent devenue une vieille dame traînant comme un boulet son isolement et sa désespérance.

Et l’auteur s’attarde sur le rôle de Jack, le maître de cérémonie. Jack le polisson, qui a mis Ronnie et sa jolie assistante dans les bras l’un de l’autre. Dans ce flot d’étincelles, le lecteur observe du coin de l’œil les manœuvres de charme utilisées par le magicien pour attiser la jeune femme. Mais ces fiançailles qui s’ourdissent vont mettre en péril la stabilité du trio de comédiens. Le choix d’une vie fait parfois basculer le cours de destinées qui s’accordaient jusqu’ores.

En un tour de piste, l’auteur met en lumière des bouts de l’histoire d’une époque révolue, d’une villégiature huppée, sans toutefois n’en relater que des bribes, en délaissant soigneusement certaines précisions et se bornant à livrer les grandes lignes et les ambiances que l’on ne ressent que dans les coulisses. Même si d’aucuns se désoleront peut-être de n’avoir plus de détails, plus de longues descriptions des atmosphères et des lieux croisés, cela ne m’a guère gênée le moins du monde. Peut-être l’auteur a-t-il voulu laisser au lecteur libre court à son imagination pour combler les interstices selon ses ressentis. Pour ma part, je me suis laissée bercer par le rythme soutenu et la plume magistrale de l’auteur et ai trouvé dans cet opus toute la magie attendue et un grand plaisir de lecture.

Le « so British » Graham Swift nous captive et nous entraîne dans une histoire d’amour douce-amère.
À lire sans attendre…

Le grand jeu de Graham Swift, éd. Gallimard

Date de parution : 7 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 10 janvier 2021 dans la catégorie Grand vin
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vin de table

Une rose seule – Muriel Barbery

Rose, 40 ans, débarque à Kyoto au Japon pour lire le testament et la lettre posthume laissés à son intention par un père disparu qu’elle n’a jamais connu. Elle rencontre Paul, l’assistant de feu ce père marchand d’art contemporain. De temples en jardins, il l’emmènera faire une balade instructive et enivrante. Et Rose qui est botaniste s’émerveille de la beauté de la nature japonaise et se laisse emporter par la sérénité et la magie des lieux croisés.

S’ensuivra une véritable transition de la Française vers un monde onirique si loin de son quotidien à mille lieues de là-bas. Tandis qu’elle savoure ce périple délicieux, Rose se remet en question, redessine les contours de sa pensée, reconstruit petit à petit chaque aspect de sa personnalité, jusqu’à évacuer les reliquats de ses colères enfouies, remue les tréfonds de son âme sombre et chaotique pour n’en garder que les parcelles baignées de sensibilité et de délicatesse.

Une rose seuleLe récit s’écoule vaille que vaille, telle une rivière qui serpente à travers un terrain plat de verdure sans que la moindre brise ne vienne perturber le clapotis de l’eau ni ne fasse frémir les feuilles des arbres. L’atmosphère est à la quiétude et tout frémissement ou éclat de voix ne seraient que pure mesquinerie… Une sérénité japonaise pourrait-on affirmer. Car il n’est d’autres pays qui connaissent cette philosophie de vie, cet esthétisme, cette béatitude. Il faut être Japonais pour goûter à cette résonance, cette philosophie et il faut être Japonais pour en relater les bienfaits, en décrire les stigmates qu’ils laissent dans l’âme égarée, déstabilisée par un mode de vie de tumultes et de chagrin.

De ce roman, il n’émane guère de ces émotions et de toute cette subtilité et cette élégance rendues par la littérature japonaise. Certes l’on retrouve des fragments de poésie qui doucement s’immiscent entre les lignes, mais la fantaisie et la fougue font cruellement défaut, laissant un peu le lecteur sur sa fin puisque rien ne le scotche au récit. Dommage de n’avoir pas assez donné à cette histoire le petit grain de folie et le soubresaut d’émois désespérément absents.

D’aucuns seront sans doute plus enthousiastes que moi par la plume, très belle j’en conviens, et l’histoire douce-amère de cette Française égarée malgré elle aux antipodes. Pour ma part, je ne garderai de ce roman qu’un souvenir fugace…

Une rose seule de Muriel Barbery, éd. Actes Sud

Date de parution : 1 août 2020  
Article publié par Catherine le 6 novembre 2020 dans la catégorie vin de table
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne