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Depuis 2010, les avis de lecture d’une pléiade de lecteurs passionnés…

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vin de table

Presqu’îles – Yan Lespoux

” Le premier noyé de la saison, c’est un peu comme l’ouverture de la cabane à chichis, la première grosse pousse de cèpes ou la première gelée : ça rythme l’année. “

Les Bordelais seraient-ils presqu’aussi agaçants que les Parisiens ? C’est ce qu’il semble transparaître de ces nouvelles qui exhalent les cèpes et l’automne. On y parle beaucoup de la chasse, de la pêche. De l’océan aussi, tellement redoutable, que ses flots si menaçants ramènent chaque année le premier noyé.

Dans un coin de Médoc, on bavasse autour d’une table, de tout et de rien et on se fait interrompre par le Bordelais, un gars de là-bas comme il dit parce que ses parents avaient une maison à Bordeaux, qu’il a grandi ici. C’est un épicurien, un gourmet qui apprécie la bonne chair, les produits de la chasse et de la pêche toujours à l’affût d’un bon gibier quand il parcourt la campagne au volant de son 4X4.

Presqu'ilesAu village, il essaie de s’intégrer, de s’immiscer dans les conversations mais chaque fois, il se fait rabrouer et quand il donne son avis, personne ne l’écoute…

Ainsi, depuis quelque temps, le bougre se tient à carreaux et lorsqu’on lui demande d’où il est originaire, il se montre vague et indique qu’il vient d’une station balnéaire réputée quelque part dans l’Atlantique. De cette façon, il évite les remarques sur la mentalité des gens issus du Médoc, catalogués d’alcooliques notoires. Et puis, en général il élude le sujet pour éviter de devoir rendre des comptes à l’entourage toujours inquisiteur. En réalité, il rentre de moins en moins chez lui, s’est claquemuré dans sa Thébaïde.

Au fil du temps et parce que les gens vous jugent et vous condamnent, n’est-il pas préférable de se fondre dans l’anonymat, de se mêler à la foule sans justifier d’être Bordelais ou Parisien, avec tout ce que cela représente de négatif ?

Sous la plume douce-amère, un soupçon d’humour s’immisce entre les lignes et l’auteur dépeint un monde d’intraitables et d’aigris, quelque part entre terre et mer.

Je ne garderai pas un souvenir ému de ces tranches de vie de personnages peu avenants et en particulier de la personnalité du Bordelais qui n’a pas suscité chez moi la moindre sympathie…

Presqu’îles par Yan Lespoux, Agullo Editions

Date de parution : 21 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 27 mars 2021 dans la catégorie vin de table
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Premier Grand Cru Classé

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien – Gilles Paris

« Le problème est que nous cherchons quelqu’un pour vieillir ensemble alors que le secret est de trouver quelqu’un avec qui rester enfant. » (Charles Bukowski)

« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes…. J’ai été un parmi eux.»

Parce qu’un jour, les vents contraires s’acharnent…

Quand l’auteur de huit livres à succès chancelle sous le joug de la dépression, ce mal sournois qui frappe sans crier gare et vous enferme dans une Thébaïde imposée, vous emprisonne dans un huis clos duquel vous ne sortez pas sans l’aide des médecins de l’âme, une béquille salvatrice que sont l’enfermement et la prise de substances qui vous laissent entrevoir un coin de ciel bleu.

Certains coeurs lachent pour trois fois rienD’aucuns s’interrogent et diront aisément que huit livres qui marchent bien, les nombreuses dédicaces et émissions mettant en exergue les romans dès leur publication, les entourant d’éloges et de gloire auraient pu suffire à éluder le mal-être et les meurtrissures insidieuses de l’âme. Certes, mais l’auteur a fléchi et relate sa vie grignotée par ce mal sournois, les huit dépressions qui l’ont mené d’un établissement psychiatrique à l’autre, et comment il a pu renaître sans replonger, grâce à ses amis, ses amours, ses diverses activités dans le monde de l’édition et ce message d’espoir qui ne s’est jamais évanoui au fil des chancellements de l’âme, des dépressions qui se sont enchaînées l’une après l’autre.

Dans ce nouvel opus, Gilles Paris raconte avec pudeur et humilité son chemin à travers les méandres de la dépression, son combat sans relâche pour des lendemains baignés de soleil, nous livre tout de go ses réflexions, ses questions sans réponse, ses ressentis lorsqu’il termine un roman, ses bouts de vie entre gris clair et noir profond, ses ciels désolés et ses espoirs d’arcs-en-ciel, Laurent, la moitié, le double, l’essentiel. L’enfance tiraillée entre, un père odieux et violent tant verbalement que physiquement, qui l’a toujours méprisé, et une mère qui vivra dans le souvenir d’un mari volage sans jamais cesser de l’aimer, les silences, les non-dits, le manque d’amour paternel, de reconnaissance… Après cela, comment grandir et se frayer un chemin dans ce monde ingrat, trouver sa place dans la mêlée. Il faut être solide et certains cœurs lâchent pour trois fois rien…

Le mien a juste battu la chamade par tant d’émotions, de désespérances suivies d’éphémères soubresauts, qui s’immiscent entre les lignes à chaque instant…

À lire d’urgence pour survivre à tout prix…

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien de Gilles Paris, éd. Flammarion

Date de parution : 25 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 7 mars 2021 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Les orages – Sylvain Prudhomme

« Lorsque j’ai rencontré Ehlmann, il était debout sur le bord de la route, sa voiture garée en catastrophe sur la bande d’arrêt d’urgence, feux de détresse allumés. J’ai vu qu’il souriait, que tout son visage était tordu de larmes et de rires à la fois, j’ai pensé qu’il était fou. »

De retour dans le vieil immeuble et l’appartement qu’il met en vente, il se remémore avec nostalgie sa jeunesse dans ces 38 m² dont il connaît les moindres coins et recoins, les moindres crissements du plancher, les moindres bruits familiers et retrouve sa vie d’antan et des souvenirs qui ont à présent un parfum suranné. Et la mélancolie s’installe soudain…

Tandis qu’à Venise, une femme sauve un hippocampe échoué sur la lagune alors qu’elle vient d’apprendre que son père est atteint par la maladie d’Alzheimer.

Ailleurs, de retour d’un enterrement, un vieux couple se querelle à propos de l’arbre où seront déposées les cendres.

Et puis il y a Awa, une jeune Sénégalaise, pour qui le rêve de salon de beauté s’écroule parce qu’elle devra assumer les soins de santé de son frère hospitalisé.

Les orages - Sylvain PrudhommeCahin-caha, on se laisse porter par ces treize nouvelles émouvantes de fragilité et tout de go dès les premiers mots l’on est touché en plein cœur par ces fragments de vie fracturés, ces instants arrêtés en plein vol, cette mélancolie qui vous enveloppe sans crier gare, cette détresse qui sonne le glas à la porte de votre cœur sans préambule.

Ce nouvel opus de Sylvain Prudhomme est touchant d’un bout à l’autre et nous bouleverse. De sa plume délicate, l’auteur frôle l’intime, saisit les instants de vérité, dessine les contours des âmes meurtries de ces personnages qui chancèlent, vacillent et perdre pied sous le joug de drames de toutes sortes, imminents et délétères.

Treize histoires de rêves avortés, d’espoirs dilués, de projets échoués, de dégringolades esquivées in extremis…

J’ai été émue par ces histoires déposées en vrac mais qui contiennent toutes une perdition larvée, ou parfois un soubresaut d’illusion caressant soudain l’envie de s’accrocher à tout prix.

À lire sans tarder en cette période maudite que nous vivons pour tenir bon et repousser les vents contraires et les orages de la vie à coup de poésie, d’étincelles et de lumière.

Les orages par Sylvain Prudhomme, éd. de l’Arbalète

Date de parution : 7 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 5 février 2021 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

La griffe – Verena Hanf

« Je caresse les chats que je croise, avec eux, je m’entends bien, et aussi avec les vaches, les chèvres, les ânes et les chiens. Ce ne sont que les humains qui ont du mal avec moi, je le sais bien. »

« Je suis une félinofille farouche, je suis un gros chat humain qui aime la nature, la nuit et le brouillard. »

Alma se remémore la douce Emma qui lui avait donné le joli surnom de « mon chat », tandis que d’autres la traitaient avec mépris de « gros matou » parce qu’elle est potelée et menue. Car Alma est gourmande et aime préparer de bons petits plats. Orpheline, une « enfant trouvée », elle s’était attachée à Emma et Pierre, qu’elle considérait un peu comme ses parents adoptifs, sans jamais pourtant le leur avouer. Elle les trouvait attentifs et tendres avec elle alors qu’elle n’avait connu jusqu’ores que des gens qui la jugeaient, la cataloguaient de « spéciale », de « différente ». Pierre a disparu il y a un an. C’est Emma qui l’avait trouvé mort et avait pris en charge ses obsèques. Peu de temps après, Emma l’avait rejoint dans sa dernière demeure…

la griffeDans sa désespérance et sa solitude, Alma partageait sa vie avec sa poupée Camomille, Pierrot-le-Rouquin, le matou de Pierre, et « sa nouvelle copine », une petite chatte grise qu’elle avait baptisée Émeline. Claquemurée dans son silence et sa thébaïde, elle ne sort que pour se promener avec ses amis de fortune et se rendre au village pour travailler au restaurant.

Intriguée par une silhouette et de longs cheveux qui allait et venait derrière la fenêtre de la maison de Pierre, Alma épie sa nouvelle voisine. Va-t-elle peut-être s’en faire une nouvelle amie, elle qui entretenait une grande méfiance à l’égard des inconnus ?

Je me suis régalée de cette courte nouvelle. Succincte par le nombre de mots mais immense par les émotions et les messages qu’elle donne au-delà des mots. Au fil des 40 pages, l’on est bercé par l’atmosphère douce-amère de cette histoire et nos pas nous guideront vers une fin inattendue…

Un plaisir de lecture ne pouvait donc qu’être partagé ici, dans l’univers de notre blog.

Un ravissement…

La griffe de Verena Hanf, éd. Lamiroy

Date de parution : 8 novembre 2020  
Article publié par Catherine le 23 janvier 2021 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Le grand jeu – Graham Swift

Nous sommes en 1959 dans la jolie ville balnéaire de Brighton. Au cœur de l’été, la station brille de mille feux. Un spectacle de variétés s’est installé qui met du baume au cœur et de la magie dans l’âme des estivants. Cela faisait bien longtemps que les vacanciers n’avaient plus connu de tel spectacle remarquable. Sur les planches du célèbre théâtre se produisent chaque soir Jack Robins, Ronnie Deane et Evie White.

Ce trio hors pair offre aux vacanciers en quête de détente et d’émerveillement un spectacle inédit. Derrière le rideau, ils deviennent Jack Robinson, coquin maître de cérémonie, Pablo le magicien merveilleux, et Eve, sublime assistante au costume étincelant. Très vite, la troupe se retrouve en tête d’affiche. Et les comédiens ne brillent pas uniquement sur scène… Au cours de l’été, les deux amis tomberont l’un et l’autre amoureux d’Evie. Un jeu dangereux…

Le grand jeuTour à tour, le récit parle de l’enfance de Ronnie, de sa nouvelle famille en temps de guerre, de l’été 1959 à Brighton, sous un ciel tantôt désolé, tantôt doucement ensoleillé, des rêveries offertes par le magicien et de son Evie, des émois d’antan qu’a suscité cette jolie assistante, à présent devenue une vieille dame traînant comme un boulet son isolement et sa désespérance.

Et l’auteur s’attarde sur le rôle de Jack, le maître de cérémonie. Jack le polisson, qui a mis Ronnie et sa jolie assistante dans les bras l’un de l’autre. Dans ce flot d’étincelles, le lecteur observe du coin de l’œil les manœuvres de charme utilisées par le magicien pour attiser la jeune femme. Mais ces fiançailles qui s’ourdissent vont mettre en péril la stabilité du trio de comédiens. Le choix d’une vie fait parfois basculer le cours de destinées qui s’accordaient jusqu’ores.

En un tour de piste, l’auteur met en lumière des bouts de l’histoire d’une époque révolue, d’une villégiature huppée, sans toutefois n’en relater que des bribes, en délaissant soigneusement certaines précisions et se bornant à livrer les grandes lignes et les ambiances que l’on ne ressent que dans les coulisses. Même si d’aucuns se désoleront peut-être de n’avoir plus de détails, plus de longues descriptions des atmosphères et des lieux croisés, cela ne m’a guère gênée le moins du monde. Peut-être l’auteur a-t-il voulu laisser au lecteur libre court à son imagination pour combler les interstices selon ses ressentis. Pour ma part, je me suis laissée bercer par le rythme soutenu et la plume magistrale de l’auteur et ai trouvé dans cet opus toute la magie attendue et un grand plaisir de lecture.

Le « so British » Graham Swift nous captive et nous entraîne dans une histoire d’amour douce-amère.
À lire sans attendre…

Le grand jeu de Graham Swift, éd. Gallimard

Date de parution : 7 janvier 2021  
Article publié par Catherine le 10 janvier 2021 dans la catégorie Grand vin
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vin de table

Une rose seule – Muriel Barbery

Rose, 40 ans, débarque à Kyoto au Japon pour lire le testament et la lettre posthume laissés à son intention par un père disparu qu’elle n’a jamais connu. Elle rencontre Paul, l’assistant de feu ce père marchand d’art contemporain. De temples en jardins, il l’emmènera faire une balade instructive et enivrante. Et Rose qui est botaniste s’émerveille de la beauté de la nature japonaise et se laisse emporter par la sérénité et la magie des lieux croisés.

S’ensuivra une véritable transition de la Française vers un monde onirique si loin de son quotidien à mille lieues de là-bas. Tandis qu’elle savoure ce périple délicieux, Rose se remet en question, redessine les contours de sa pensée, reconstruit petit à petit chaque aspect de sa personnalité, jusqu’à évacuer les reliquats de ses colères enfouies, remue les tréfonds de son âme sombre et chaotique pour n’en garder que les parcelles baignées de sensibilité et de délicatesse.

Une rose seuleLe récit s’écoule vaille que vaille, telle une rivière qui serpente à travers un terrain plat de verdure sans que la moindre brise ne vienne perturber le clapotis de l’eau ni ne fasse frémir les feuilles des arbres. L’atmosphère est à la quiétude et tout frémissement ou éclat de voix ne seraient que pure mesquinerie… Une sérénité japonaise pourrait-on affirmer. Car il n’est d’autres pays qui connaissent cette philosophie de vie, cet esthétisme, cette béatitude. Il faut être Japonais pour goûter à cette résonance, cette philosophie et il faut être Japonais pour en relater les bienfaits, en décrire les stigmates qu’ils laissent dans l’âme égarée, déstabilisée par un mode de vie de tumultes et de chagrin.

De ce roman, il n’émane guère de ces émotions et de toute cette subtilité et cette élégance rendues par la littérature japonaise. Certes l’on retrouve des fragments de poésie qui doucement s’immiscent entre les lignes, mais la fantaisie et la fougue font cruellement défaut, laissant un peu le lecteur sur sa fin puisque rien ne le scotche au récit. Dommage de n’avoir pas assez donné à cette histoire le petit grain de folie et le soubresaut d’émois désespérément absents.

D’aucuns seront sans doute plus enthousiastes que moi par la plume, très belle j’en conviens, et l’histoire douce-amère de cette Française égarée malgré elle aux antipodes. Pour ma part, je ne garderai de ce roman qu’un souvenir fugace…

Une rose seule de Muriel Barbery, éd. Actes Sud

Date de parution : 1 août 2020  
Article publié par Catherine le 6 novembre 2020 dans la catégorie vin de table
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Cru bourgeois

Les démons – Simon Liberati

Au pavillon des rochers, une bâtisse défraîchie aux parfums d’autrefois, vit une fratrie peu commune. Le beau et ténébreux Serge, la sensuelle Nathalie qui porte le surnom de Taïné et le benjamin Alexis. Serge et Taïné forment un duo courtois, complice, un peu incestueux aussi…

Ce petit monde insolite semble végéter au gré du temps dans une douce oisiveté. Jusqu’au jour où l’aîné, victime d’un accident de voiture, décède en laissant derrière lui Taïné anéantie et les lendemains qui suivent s’entourent d’une mélancolie insurmontable. À peine le prince Serge s’en est allé que l’équilibre de la famille est rompu. Taïné, défigurée s’envole vers New York pour y trouver de nouveaux horizons, un visage reconstruit d’abord mais aussi un nouvel entourage, en intégrant la Factory d’Andy Warhol. Tandis qu’Alexis livré à lui-même, nourrit ses perversités et se lie avec le déloyal et fourbe Donatien, et se lance à la conquête du monde littéraire. Il fera en outre la rencontre de Paul Morand et d’Aragon.

Les démonsBien que le l’infâme et l’abject séjournent dans leurs rencontres respectives, une infinie tendresse unit le frère et la sœur et, dans ce monde insensé excitant, ils se serrent les coudes pour avancer à tout prix. Car ils font partie d’une communauté de démons magnifiques que l’on rêve d’approcher. Pendant que Taïné croise Truman Capote, intègre la bande d’Andy Warhol, Alexis baguenaude auprès de Donatien, l’ami maléfique de la famille qui se targue d’avoir parmi ses amis quelques personnalités comme Louis Aragon, Elsa Triolet et Laure de Noailles, au milieu d’un Saint-Germain-de Prés coquin et frivole. Dans cet univers où se côtoient drogue, plaisir, débauche, on chancèle et dégringole vers une nouvelle ère où le pop art, l’excentricité et les errances nocturnes dans des lieux glauques sont monnaie courante. Le tout sur fond de printemps 67 et de Guerre du Vietnam.

Un roman métaphorique où se côtoient le suspense doux-amer et l’enchantement. On se laisse porter par certains passages poétiques, les atmosphères qui exhalent l’alcool et la drogue. En revanche, les personnages sont lisses, dénués d’émotions. Le rythme de l’histoire s’essouffle rapidement et malgré une plume esthétique et limpide, l’auteur ne donne à ses héros ni sympathie ni reconnaissance. Ceux-ci se bornent à vivoter, promener leur langueur, entretenir leur perdition.

Chronique d’une désuétude annoncée… À lire peut-être, ou pas…

Les démons, de Simon Liberati, éd. Stock

Date de parution : 26 août 2020  
Article publié par Catherine le 13 octobre 2020 dans la catégorie Cru bourgeois
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Cru bourgeois

Un jour viendra couleur d’orange – Grégoire Delacourt

Alors que la France, en plein chaos, s’enflamme d’ires et de désespoirs, Geoffroy, treize ans, vit dans un monde irréel construit de chiffres de couleurs. Sa candeur et ses « différences » émeuvent son entourage. Pierre, son papa, un homme survolté, bourru et agressif n’arrive pas à communiquer avec lui et sa mère, Louise, infirmière aux soins palliatifs, un puits de douceur et de délicatesse le réconforte et le soutient. Et puis il y la jeune et séduisante Djamila, troublée par la naïveté de Geoffroy, qu’elle identifie à un personnage de conte de fée.

Tandis que la France se rebelle et s’enrage, ne connait que les désirs effrénés et les tumultes, un garçon se nourrit d’espoir en imaginant des lendemains d’amour de couleurs chatoyantes d’orange et d’azur. Et s’il suffisait d’un gamin un peu différent, un peu rêveur pour que ressuscite un monde d’amour et d’espoir. Alors, peut-être, comme l’écrit Aragon, « un jour viendra couleur d’orange (…)
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront. »

Un jour viendra couleur d’orangeÀ travers une plume frénétique et délicate à la fois, l’auteur nous dépeint un monde de désespérance et de révoltes, un peu au pas de course, sans octroyer au lecteur quelque réflexion ou méditation.

Les héros de cette histoire humaine ont tous quelque chose d’attachant. Ainsi, même Pierre, le gilet jaune, sous des dehors querelleurs, est désabusé par une vie de misère et se désole que des politiciens véreux et nantis se baladent au volant de voitures hors de prix, alors que les revenus de courageux travailleurs ne leur permettent pas de vivre jusqu’à la fin du mois, les laissant souvent exsangues et sans le sou…

Un pamphlet social, certes bien écrit, mais qui laisse toutefois le lecteur un peu dubitatif, peu convaincu. L’auteur se hâte un peu trop pour balayer des thématiques assez lourdes, graves, qui mériteraient de s’y attarder et appellent de plus longues réflexions. La société d’aujourd’hui dans tout ce qu’elle a de douloureux, de misérable, de tragique, que seul l’Amour peut sauver. Dans ce huis clos humain, chacun y va de son mieux pour que les lendemains s’éclaircissent et, qui sait, d’aucuns se retrouveront sous le dais ensoleillé vaquant à leurs tâches le cœur plein d’entrain. Les protagonistes de cette sage humaine ne m’ont guère émue, hormis Louise, infirmière grand cœur, à la sensibilité exacerbée et le petit Geoffroy, plongé dans un monde onirique et parsemé d’étoiles.

À lire, pour la plume certes très belle. Puis, pour le reste, l’oublier peut-être…

Un jour viendra couleur d’orange, de Grégoire Delacourt, éd. Grasset

Date de parution : 19 août 2020  
Article publié par Catherine le 16 septembre 2020 dans la catégorie Cru bourgeois
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne