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« Demander à un écrivain ce qu’il pense des critiques, c’est demander à un réverbère ce qu’il pense des chiens » (John Osborne)

 
 
Grand vin

Si un jour la vie t’arrache à moi – Thierry Cohen

C’est l’histoire d’un amour impossible, a priori. Elle est danseuse. Lui, un homme d’affaire à qui tout réussit, ou presque. Elle conçoit avec difficulté qu’il puisse l’aimer pour ce qu’elle est. Clara n’a rien à lui offrir, croit-elle, imaginant que son dessin à lui, Gabriel, se borne à jouer au séducteur et à la désirer le temps de quelque aventure. Mais il l’aime comme dans les films, avec une grande sincérité qui finit par l’emporter… Reste à vaincre la résistance farouche de ses parents à lui, qui ne veulent que ce qu’ils croient le meilleur pour leur fils. Ils ne le voient que marié à une femme d’envergure sans doute. Ce début rappelle un film culte des années ’70, avec love dans le titre. Rien de bien neuf a priori. Mais bien évidemment, un drame va bouleverser la vie de nos tendres tourtereaux….

Parallèlement, Alexandre vit une existence tumultueuse et bien moins rangée que Gabriel. De mensonge en perversion, il s’est laissé allé aux mirages de l’infidélité, il a déçu tout l’univers, ses associés, sa femme, sa fille, et même son amante. Sa vie atteint un point de rupture… Quand un beau soir, il a un accident.

Si un jour la vie t'arrache à moiLes deux couples sont réunis par le destin. La Providence leur joue un tour pendable. Pour retrouver Clara, qui meurt de chagrin dans un hôpital, Gabriel devra accepter l’ironie du sort inattendue et cocasse. Mais en dire plus serait trahir cette intrigue ouvragée…

Pour son énième roman, Thierry Cohen renoue avec les secrets qui ont fait sa réussite : une grande romance, des beaux sentiments confrontés à de moins nobles, un peu de magie, du surnaturel, et des personnages meurtris au plus profond de leur âme, et qui n’en finissent pas de battre leur coulpe. L’histoire dégage de grandes émotions, et même si la romance et la magie sont poussés à bout de force, on se laissera porter par cette petite saga qui défie les lois de la réalité et de la pesanteur. Si l’histoire ne présente rien de bien particulier dans son premier tiers, si ce n’est une Love Story à peine améliorée, la suite est rocambolesque et nous offre un grand spectacle amoureux, qui fera chavirer le cœur des lycéennes, mais aussi de toute personne sensible à cet univers tissé d’irrationnel. L’écriture est sobre, facile à lire, sans trop d’effets, les pages se tournent toutes seules. Mais à mon avis personnel, on eût pu entrer plus tôt dans l’intrigue qui tarde un peu à prendre consistance et ne se développe pleinement qu’à mi-parcours (d’où mon billet tardif. Longtemps il est resté sur ma table de chevet, sans que je me résolusse à progresser, jusqu’à ce que le surnaturel m’emporte). Par la suite, les rebondissements se succèdent, pour qu’enfin la vérité et la candeur soient réhabilitées, comme il se doit dans tout bon roman. Les personnages sont attachants dans leur amour et leur infinie miséricorde… Thierry Cohen nous offre un bon grand roman populaire, où tous les ingrédients sont réunis !

Si un jour la vie t’arrache à moi – Thierry Cohen

Date de parution : 02/05/2013  
Article publié par Noann le 17 juin 2013 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

L’accordeur de silences – Mia Couto

Dans la réserve de chasse isolée, au cœur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.
Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.

Mon avis :

l'accordeur de silencesAlors ceux qui ont trouvé que je m’enflammais pour le livre « Poisons de Dieu, remèdes du Diable »du même auteur n’ont encore rien vu. Là, je suis dithyrambique. Ce livre est une splendeur, un bijou. Et extrêmement bien traduit. Silvestre a perdu sa femme ; il part s’enterrer au milieu de nulle part avec ses deux fils à qui il interdit tout contact avec le monde. Voyage intérieur des deux fils qui rêvent de voyager à l’extérieur de la prison paternelle. Parallèlement, l’histoire d’une jeune femme portugaise qui vient au Mozambique pour retrouver son mari disparu, envouté par l’Afrique et dont l’histoire croisera ce père et ses fils. On est au pays de la « saudade », du silence, du non-dit, de la tyrannie, du déni d’espoir. Livre de contrastes, de descriptions somptueuses.. Mia Couto enchante à tous les niveaux, à la fois peintre, poète et écrivain de l’âme et de l’Afrique…

Extraits :

p.17 « Je suis né pour me taire. C’est mon unique vocation. C’est mon père qui m’a expliqué : j’ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences. J’écris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n’est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique à l’état de gestation. »

p. 124 « Éblouir, comme le mot l’implique, devrait aveugler, ôter la lumière. Et finalement j’aspirais maintenant à un obscurcissement. Je le savais, cette hallucination que j’avais éprouvée une fois rendait dépendante comme la morphine. L’amour est une morphine. On pourrait le commercialiser sous vide sous le nom Amorphine. »

L’accordeur de silences de Mia Couto. Éditions Métailié

Date de parution : 01/08/2011  
Article publié par Selkis le 17 juin 2013 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Cru bourgeois

Les Exigences – Olivia Profizi

Éprise d’un homme ombrageux à la sexualité débridée, Rachel va se plier à tous ses caprices et subira un cortège de sauvageries la menant crescendo jusqu’au point de non-retour, l’inacceptable.

Ainsi, elle obéira aux désirs de Maxence la conviant à une sorte de messe noire érotique où, sous ses ordres, elle devra se donner sur une table de sacrifice. Elle accepte d’être l’héroïne de ce théâtre de sexe et de sang… jusqu’au drame.

Après une tentative de suicide, Rachel se retrouve enfermée plusieurs mois en clinique psychiatrique… Que s’est-il bien passé dans la vie de Rachel pour qu’elle en arrive là ?

Dans cet univers aseptisé, Rachel tente de reconstruire le puzzle qu’a été sa vie jusqu’ores. Elle médite et se remémore cet abysse périlleux et inquiétant dans lequel elle avait plongé les yeux fermés, se donnant tout entière, brûlant son âme pour un amant fou à lier. Au gré de ses notes, réflexions, Rachel renaît et s’éloigne de plus en plus de son état de victime, allant même jusqu’à se dire responsable de tout ce qui lui est arrivé, par amour, par passion, par faiblesse… Car oui, elle a aimé son amant à la folie et lui a tout donné. Mais, de toutes ses expériences, elle reconnaît à présent que rien n’est plus fort que l’écriture et la médiation pour avancer à tout prix, la tête haute et l’âme vidée de souvenirs macabres.

Pour un premier roman, l’auteur exploite une thématique difficile et l’on a d’emblée envie de refermer le livre très vite, craignant une sempiternelle histoire de descente vers un abîme dont on ne revient que plus meurtri encore… ou jamais.

L’on suit cette femme en perdition que l’auteur va élever sur le piédestal de la souffrance et l’ériger en martyre sexuel. Cependant Olivia Polizi ne se borne pas à parler de Rachel exclusivement mais se livre à un véritable examen de l’âme de ses personnages. Certes, le récit dit toute la souffrance qu’une femme peut parfois endurer et le mépris dont elle fait souvent l’objet depuis l’enfance. Mais ici elle nous dit aussi que dans ce monde ambigu où l’entraîne son amant, tant l’homme que la femme se laissent dériver vers l’insensé, en toute connaissance de cause…

Elle va même plus loin dans son raisonnement jusqu’à analyser de fond en comble l’âme et ses dégâts rendant fébrile, capable d’actes dénués de la moindre raison.

les ExigencesL’écriture est intense, ardente. L’auteur nous parle tour à tour de la cruauté subie depuis l’enfance mais aussi de la détermination d’éloigner le regard malfaisant des autres, de chasser la violence pour que l’horizon s’éclaircisse enfin plus tard…

Me voici dubitative quant au classement de ce roman sur notre site… Je lui donnerais trois verres pour l’écriture – magistrale – mais la thématique m’embarrasse un peu. Elle est certes magnifiquement exploitée et l’auteur va très loin dans l’analyse des âmes de ses personnages, hommes ou femmes confondus, mais j’ai ressenti parfois un malaise… inexplicable.

J’ai tranché et lui donnerai donc deux verres…

Notes (très) personnelles :

Je sais que beaucoup d’entre vous n’abonderont peut-être pas dans mon sens et je m’apprête à recevoir les foudres de la gent féminine, ou plutôt féministe… Pour ma part, je ne m’apitoierai pas seulement sur le sort de Rachel et sa souffrance, certes intense, mais m’intéresserai plutôt à Maxence, un homme qui porte une fois encore un masque de monstre et une âme de diable.

Je me demande pourquoi cet amant débauché en arrive à tant de dérives… N’est-ce pas aussi une souffrance larvée issue de l’enfance qui surgit à l’âge adulte ?

Nulle n’est contrainte d’aller jusqu’à la destruction de soi mais plutôt faut-il se poser une question fondamentale : jusqu’où est-on capable d’aller par amour ? Et s’il y a de l’amour, il n’y a pas de tabou, juste des délires qui s’entrechoquent entre deux êtres tout en souffrance…

Quelques mots venant tout droit de mon cœur…

Les Exigences de Olivia Profizi, éditions Actes Sud

Date de parution : 03/04/2013  
Article publié par Celeste le 13 juin 2013 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Étranges Rivages – Arnaldur Indriðason

Résumé de l’éditeur :

Erlendur revient ! Parti en vacances sur les terres de son enfance dans les régions sauvages des fjords de l’est, le commissaire est hanté par le passé. Le sien et celui des affaires restées sans réponse. Dans cette région, bien des années auparavant, se sont déroulés des événements sinistres. Un groupe de soldats anglais s’est perdu dans ces montagnes pendant une tempête. Certains ont réussi à regagner la ville, d’autres pas. Cette même nuit, au même endroit, une jeune femme a disparu et n’a jamais été retrouvée. Cette histoire excite la curiosité d’Erlendur, qui va fouiller le passé pour trouver coûte que coûte ce qui est arrivé…C’est un commissaire au mieux de sa forme que nous retrouvons ici !

Mon avis :

Étranges rivagesErlendur avait disparu lors des dernières enquêtes en terre islandaise. Il est « le personnage » du roman: à la recherche de son passé. Il avait toujours été obsédé par les disparitions inexpliquées en montagne et en particulier par celle de son petit frère lors d’une tempête alors qu’il était enfant. En vacances sur les lieux de son enfance il va remonter le temps, rencontrer des personnages qui vivent depuis toujours dans cette nature sauvage et inhospitalière, et va se mettre à enquêter sur une disparition qui au fil du récit, semblera de moins en moins due à une tempête. Il va s’attacher à faire revivre le passé. Les personnages taciturnes vont parler, puis à force de recoupements, la vérité va se dessiner. Tout en subtilité, un roman gris/noir, une ode à l’amour teinté de mélancolie. Un roman sur les non-dits, les mensonges, la culpabilité, le remords, les fantômes du passé qui hantent la vie et les nuits, l’enfer de la dissimulation. Désolation des paysages, des êtres… et apaisement. Un roman humain. Pour moi le meilleur de sa série.

Étranges Rivages – Arnaldur Indriðason. Éditions Métailié

Date de parution : 07/02/2013  
Article publié par Selkis le 12 juin 2013 dans la catégorie Grand vin
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Cru bourgeois

Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris

Courgette, c’est le surnom, riche de sens, qui est donné à un enfant de neuf ans… Il vit avec sa mère, dans des conditions précaires. Elle est devenue alcoolique, désabusée, laisse son fils mener sa vie, quand elle ne le maltraite pas. Courgette découvre une vieille arme à feu et, accidentellement, il tue sa mère. Le juge lui trouve des circonstances atténuantes et l’envoie dans un foyer pour enfants « difficiles ». Mais cet endroit, Courgette ne le verra pas comme une prison. Il rencontrera différents enfants tous plus spéciaux les uns que les autres. Il s’attache à eux, se construit une vie. L’existence au foyer est finalement bien plus amusante que celle qu’il a tenté de mener près de sa mère…

autobiographieCe livre est une nouvelle version, parue plus de dix ans après la version originelle… Des illustrations ont été ajoutées (on en aurait aimé plus…) Des notes en bas de page donnent une définition simplifiée des mots un peu moins usuels, ou quelques explications sur des personnages ou des lieux. Ceci en fait un ouvrage de prédilection pour les enfants. L’écriture est simple et sobre, comme peut l’être celle d’une enfant de cet âge. Gilles Paris se met très bien dans le peau de cet enfant… Un exploit qui est plutôt rare ; beaucoup d’auteurs s’y sont essayé, mais souvent le résultat est mitigé, à moitié convaincant… Les idées de l’adulte refont souvent surface dans ce genre de roman, et parfois même le ton enfantin fait place à des paragraphes plus académiques. Tel n’est point le cas ici, où le langage est homogène et crédible, même si la technique consiste parfois à des effets systématiques, comme l’ellipse d’un mot ou des interjections enfantines…

Et puis, il y a ce mélange de gravité et de légèreté teintée d’humour… Exercice périlleux dont l’auteur se sort fort bien… Et en cela il rappelle « Un sac de billes  » ou les différents livres de Patrick Cauvin, un des rares auteurs a avoir réussi avec brio ce genre de défi… Néanmoins, je recommanderai « autobiographie d’une Courgette » plutôt aux enfants et adolescents… Ou aux adultes qui ont gardé un esprit candide. Avec son vocabulaire étudié mais enrichi par des notes de bas de page, l’univers de gravité dédramatisé, et les exercices en fin de volume, c’est clairement l’outil idéal pour l’enseignement.

Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris. Éditions Flammarion

Date de parution : 17/04/2013  
Article publié par Noann le 9 juin 2013 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Infidèles – Abdellah Taïa

Résumé de l’éditeur :

Slima est une prostituée marocaine. Son fils Jallal est très attaché à elle. Il l’aide à attraper les hommes, les clients, les soldats d’une base militaire. Il parle et se bat à sa place. Ensemble, ils découvrent à la télévision Marilyn Monroe, en tombent amoureux et en font leur déesse protectrice. Des années 80 à la fin des années 90, nous suivons leurs deux destins en parallèle, de la ville de Salé jusqu’au Caire, de Bruxelles à Casablanca. Purs et impurs, cette mère et son fils réinventent continuellement le sens profond de leur vie mouvementée et de leur attachement pour le Maroc, fait d’amour et de haine. Étape après étape, ils redécouvrent leur religion, l’islam, et la vivent d’une manière inédite. Ils iront jusqu’au bout de cette voie. La tombe du prophète Mohamed à Médine pour elle. L’explosion sublime pour lui.

Mon avis :

InfidèlesUn livre coup de poing, un auteur qui dénonce. La mère de Slima est une « introductrice », une race spéciale de prostituée. Elle assiste les couples lors de leur nuit de noce et fait en sorte que tout se passe bien. Et elle en est fière. Mais l’étiquette de « sale » est collée à sa peau. Elle qui apporte son corps et soulage les âmes. Elle transmet sa science à sa fille. Ce livre parle de la prostitution, de la torture, de l’homosexualité, de l’islam et de sa récupération par le terrorisme. C’est aussi le roman de l’absence, du manque, de la lutte pour la survie.

Une mère et son fils. Eux et les autres. Une bulle d’amour et de complicité entre deux êtres et tout autour d’eux… les autres. Les autres c’est le fanatisme, l’intransigeance, la violence. Eux la tolérance, la paix, l’islam généreux et altruiste. L’amour et la paix face à la haine et la contrainte. Un très beau plaidoyer pour une religion d’amour et une description des dégâts produits par les ennemis de la liberté. C’est aussi la dénonciation de la condition de la femme dans la société marocaine.

Infidèles de Abdellah Taïa. Éditions du Seuil

Date de parution : 23/08/2012  
Article publié par Selkis le 27 mai 2013 dans la catégorie Grand vin
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Premier Grand Cru Classé

Impurs – David Vann

Dans la maison familiale, Galen, 22 ans, vit seul avec sa mère. Envoûté par sa cousine aguicheuse et perverse, le jeune garçon se claquemure dans ses pensées et se désole de vivre aux côtés d’une mère castratrice, étouffante et d’assister aux trop fréquentes disputes entre elle et sa sœur. C’est l’été 1985 quelque part dans la Vallée Centrale de Californie…

Dès le moment où l’on franchit la porte d’entrée de cette maison familiale qui sue le désarroi et les rancœurs, on se demande bien légitimement pourquoi Galen vit là cloîtré sans rechercher à s’épanouir au dehors, à faire des études, à fuir la geôle familiale et la mère écrasante qui le cloisonne dans son giron.

Et la vie va, de plus en plus stérile, laissant le jeune homme méditatif en quête d’une paix intérieure, d’une communion avec la nature, seul refuge encore accessible. Le quotidien s’écoule entre évasion spirituelle, pensées érotiques et visites d’une tante détestable aux propos venimeux et malveillants nourrissant des querelles continuelles avec sa mère.

impursD’incessantes tensions croissent entre Galen et sa mère et il devient urgent de mettre à plat les conflits intérieurs et les secrets enfouis jadis… Ainsi ils s’épanchent, ouvrent leur cœur, divulguent des griefs larvés et la tension s’amplifie de jour en jour jusqu’à devenir suffocante. Jusqu’au point de non-retour. L’enfer, le pire…

L’on est d’emblée transporté par le climat angoissant qui règne à l’intérieur de cette bâtisse qui devient peu à peu le théâtre de la folie et de la détresse.

Une descente en pente douce jusqu’aux abîmes somptueusement relatée par l’auteur. Entre la canicule californienne qui fait suffoquer les héros de ce récit et l’atmosphère brûlante qui règne au sein de la demeure, transformant petit à petit celle-ci en véritable étuve, le lecteur s’émerveille, s’embrase et se hâte vers le mot de la fin où le duo mère-fils sera irascible et sanguinaire…

D’aucuns diront sans doute que l’on retrouve à nouveau une sempiternelle saga familiale baignée de noirceur mais ici l’auteur donne une telle puissance à son roman que, personnellement, j’ai été suspendue au récit du début à la fin sans le moindre sentiment de déjà vu mille fois. Pour une fois, je n’ai guère de points négatifs à ajouter…

Tout simplement superbe…

Impurs de David Vann, éditions Gallmeister

Date de parution : 07/03/2013  
Article publié par Celeste le 26 mai 2013 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Cru bourgeois

Un juif en cavale – Laurent Sagalovitsch

Voici donc la suite de la saga Sagalovitsch, l’alter ego de l’auteur : Simon Sagalovitsch. Celui-ci semble un personnage à la fois composé de toute pièce, pure invention fantasque d’un auteur à l’imagination féroce, mais pourrait aussi avoir de nombreux emprunts à la réalité ! Seul l’auteur lui-même pourrait dire la part d’imagination et la part de mémoire… Encore que…

Ce « Juif en cavale » est le troisième et dernier opus de la série, paraît-il. D’emblée, il m’a semblé plus accessible, moins compliqué que le précédent, et la lecture m’a paru plus aisée… bien que l’auteur ne se soit pas résolu à abandonner ses longues tirades aux propositions multiples qui se renvoient comme des échos, et ses enfilades de qualificatifs. L’écriture est toujours aussi personnelle, et de qualité… Le vocabulaire et la culture de Simon, pardon, Laurent, s’étendent aux antipodes du monde, et l’on passe allègrement de la France à Israël, avec des incursions au Canada. (c’est à ce genre de détail que l’on se demande où se trouve l’incursion de la réalité – l’auteur habite à Vancouver).

Un Juif en cavaleDans ce chapitre final des (més) aventures de Laurent, pardon de Simon Sagalovitsch, le narrateur est confronté à une compagne délurée, presque nymphomane. Il est capturé par une mystérieuse faction qui l’envoie en Israël, y fait la connaissance d’un voisin arabe, qui fournit sa compagne en substances hallucinogènes, il tente laborieusement de reprendre contact avec sa famille et sa sœur en particulier qui le renie, part à la découverte de cette ville cosmopolite, multiculturelle, et surtout partagée en tendances religieuses multiples. Diable, Simon nous fait voir du pays et nous montre les facettes étranges de la vie dans un des pays les plus récents de l’histoire, en proie à des tensions diverses et des conflit insolubles, merci les Nations Unies.

Mais ce qui est le plus particulier dans les aventures de Simon, c’est la personnalité de l’auteur et sa façon à nulle autre semblable de nous narrer les aventures de ce personnage hors du commun. L’auteur laisse libre court à son esprit débridé. Il nous ouvre sa fenêtre sur le monde. Et finalement, n’est-ce pas cela un écrivain, un homme qui nous montre le monde à sa façon ? On ne sait pas toujours sur quel mode l’on doit prendre les propos de Saga.. Sur le mode de la dérision pure, de la vérité maquillée, intermédiaire, ou autre…

On adore ou on déteste, mais impossible de rester indifférent. Pour ma part, j’hésite sur le nombre de verres. Dommage qu’il n’y ait pas une suite à ce troisième opus. Ce vin prend du boniment avec l’âge… Il faut le laisser mûrir et le déguster à petites doses, sinon gare à l’indigestion !

Un juif en cavale de Laurent Sagalovitsch. Éditions Actes Sud

Date de parution : 14/02/2013  
Article publié par Noann le 23 mai 2013 dans la catégorie Cru bourgeois
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