Un homme – Philip Roth
Résumé
« Un homme. Un homme parmi d’autres. Le destin du personnage de Philip Roth est retracé depuis sa première et terrible confrontation avec la mort sur les plages idylliques de son enfance jusque dans son vieil âge, quand le déchire la vision de la déchéance de ses contemporains et que ses propres maux
physiques l’accablent. Entre-temps, publicitaire à succès dans une agence à New York, il aura connu épreuves familiales et satisfactions professionnelles. D’un premier mariage, il a eu deux fils qui le méprisent et, d’un second, une fille qui l’adore. Il est le frère bien-aimé d’un homme sympathique dont la santé vigoureuse lui inspire amertume et envie, et l’ex-mari de trois femmes, très différentes, qu’il a entraînées dans des mariages chaotiques. En fin de compte, c’est un homme qui est devenu ce qu’il ne voulait pas être. Ce roman puissant – le vingt-septième de Roth – prend pour territoire le corps humain. Il a pour sujet l’expérience qui nous est commune et nous terrifie tous. »
L’histoire débute par la fin, dans un vieux cimetière juif où le personnage principal va être enterré, entouré par une famille désunie et quelques anciens collègues.
L’auteur fait alors défiler l’existence de cet homme. Fils d’un bijoutier juif, il deviendra publicitaire renommé, puis peintre au moment de la retraite. Sa vie amoureuse est une succession d’échecs : trois mariages, trois divorces, deux fils qui le haïssent, un frère qui l’aura toujours protégé mais qu’il va envier puis rejeter, une fille qui l’aime mais qui construit sa vie sans lui.
Un homme à la santé précaire dès le plus jeune âge, dont la vie est une fuite en avant, marquée par l’égoïsme, la peur de vieillir, celle de ne plus pouvoir séduire. La maladie, la vieillesse, la déchéance du corps et de l’esprit, la mort, enfin, sont les pierres angulaires sur lesquelles est bâti ce roman profondément réaliste. L’auteur ne donnera pas de nom à son personnage. Il pourrait être n’importe quel homme, ou bien peut-être l’auteur lui-même ?
Peu importe, le roman de Philip Roth est un véritable chef d’œuvre. A tous points de vue.
A travers la vie et les questionnements incessants du personnage principal, ce sont les doutes, les peurs, les combats de tous les hommes contre leur « mortalité » qui surgissent. Un roman dense, profond, émouvant. Fascinant.
L’homme de Philip Roth, c’est vous, c’est nous, c’est moi.
J’avais emprunté ce roman à la bibliothèque. Depuis, je l’ai acheté pour le conserver.
Source : JMP – 05/2010
UN HOMME – Philip ROTH. Éditions Gallimard

La feuille Volante par Hervé Gautier
N°430– Juin 2010
UN HOMME- Philip Roth – Gallimard.
L’histoire commence dans un petit cimetière juif un peu délabré où un homme va être enterré. Cette petite cérémonie réunit sa fille, née d’un second mariage qui l’adore et qui prononce quelques mots sur sa tombe, mais aussi deux fils, nés d’une première union houleuse, qui le méprisent parce qu’il a abandonné leur mère, son frère aîné, une infirmière qui s’était occupée de lui avant son décès et quelques collèges… Cet enterrement n’a cependant rien d’exceptionnel, juste quelques poignées de terre jetées sur le cercueil, quelques paroles puisées dans le chagrin et le souvenir mais aussi des marques d’indifférence, de soulagement, de rancœur même…
Par une classique analepse, l’auteur va retracer la vie de cet homme, dont nous ne connaîtrons pas le nom. Enfant de santé fragile, il avait été l’objet des soins attentifs de ses parents. Il est devenu un homme torturé par des affections cardio-vasculaires mais il envie et même déteste ce frère aîné, à cause de sa bonne santé… Il ne reprit pas la profession de son père, bijoutier juif, mais devint un publicitaire célèbre puis s’est mis à la peinture pendant ces années de retraite. Ses trois mariages se soldèrent par autant de divorces entrecoupés de quelques liaisons amoureuses …
C’est une vie banale qui nous est ainsi livrée par le narrateur comme s’il nous prenait à témoin, celle d’un homme ordinaire, pleine de poncifs, de désillusions, de frustrations, avec son lot de joies, d’épreuves, d’amours et de rêves brisés, d’erreurs, de prises de conscience que les choses changent, que le temps perdu ne se rattrape pas… Lui qui fut un amant ardent, il connaît maintenant la perte du désir, l’impossibilité de séduire …, Roth reprend devant nous, à l’occasion de cette histoire, tous les truismes habituels loin des préoccupations intellectuelles et philosophiques, avec la hantise ordinaire à tout humain, celle de la vieillesse, de la solitude, de la mort. Cet homme n’attend rien d’un hypothétique autre monde ou d’une vie éternelle, les choses s’arrêtent avec celle-ci, et tant pis si toute cette agitation n’a servi à rien et ne débouche que sur le néant.
Sa vie n’aura donc été qu’un vaste gâchis qu’il a lui-même tressé, remettant en cause ce qu’il avait pourtant patiemment construit. Dans notre société, il est sûrement une sorte de parangon, lui dont la réussite professionnelle a été avérée, dont la vie familiale a été un savant mélange d’adultères, de mensonges, d’hypocrisies et de complicités malsaines et même coupables, d’humiliations imposées aux siens, comme si son existence ne se résumait qu’à une recherche effrénée de la jouissance sexuelle, du plaisir animal à tout prix, dut-il lui sacrifier la stabilité de sa famille, sa respectabilité, la vie et l’amour de ses enfants… Après tout il doit être comme un homme, cet être qui est en permanence habité par la folie de tout détruire autour de lui pour un peu de ce plaisir quêté dans une rencontre avec une inconnue!
Face à ces renoncements successifs, il lui reste la peinture que pratique comme une sorte d’exorcisme ce Don Juan insatiable, toujours à la recherche de femmes qui lui procureront du plaisir, mais qui, à présent, ne peut plus que les suivre du regard en fantasmant sur leur corps, en espérant qu’elles lui feront l’aumône d’une étreinte. Quant au maniement du pinceau, cet exercice artistique devient lassant et il n’en retire plus rien…
C’est un récit un peu mélancolique, un rien désabusé, un peu tragique aussi si on estime que vivre de la naissance à la mort en acceptant de n’être plus ce qu’on a été, est aussi participer à une sorte de tragédie. C’est assurément dramatique aussi d’accepter sans peur la réalité de la mort, cet inévitable saut dans le néant, parce que, quand on a goûté à la vie, on ne peut la quitter sans regret ni terreur.
Le titre anglais (evryman : n’importe quel homme) résume assez bien le but de l’auteur; il s’agit de la vie de chacun d’entre nous qui est esquissée ici. Ce n’est donc pas exactement une fiction, mais la copie plus ou moins conforme dans sa diversité du parcours de chacun d’entre nous sur cette terre.
Le style est dépouillé et atteint son but, celui de nous donner à voir « cet homme » sans nom, (et cela doit aussi valoir pour les femmes?), un véritable quidam, un être ordinaire dont on nous raconte la vie également ordinaire, celui de nous faire partager, avec cet art consommé du conteur, son passage sur terre plein de fougue mais finalement aussi plein de désillusions et de bassesses.
Une véritable image de la condition humaine!
Hervé Gautier (source : http://hervegautier.e-monsite.com/accueil.html)