Grand vin

L’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino

Eric Fottorino nous parle avec émotion de son père, l’homme qui l’a adopté, de sa vie, de sa mort, son suicide par balle sur le siège passager de sa voiture.

Une mort voulue, intensément. Acte étrange et ambivalent d’un homme décrit comme fort et volontaire, qui a eu le courage d’affronter une longue vie, sous toutes ses formes, mais pas celui de la poursuivre jusqu’au bout. Mais est-ce une question de courage ? Je me trompe peut-être… Pourquoi décide-t-on d’en finir ? Ce départ mystérieux est le dénominateur persistant du livre, il revient comme un leitmotiv, une plainte lancinante, une question dont la réponse n’est pas à notre portée.

Souvent touchant et émouvant, léger et pudique, ce texte résiste-t-il complètement aux pièges de la biographie ? Comme c’est souvent le cas, l’auteur se fait plaisir et soulage sa douleur par une écriture un peu thérapeutique. Et le lecteur là-dedans ? Il n’y trouve pas forcément son compte, et pourrait se sentir étranger. En ce qui me concerne, j’ai été séduit par ce rapport de complicité tout en nuances. Mais je suis parfois resté en dehors, comme non concerné par cette histoire de famille.

Je ne suis pas certain que tous les lecteurs seront emballés. Pas évident de s’émouvoir sur la fin délibérée de cet homme de 70 ans passés, même racontée avec talent. Il y a des sujets plus brûlants en 2010, des millions d’enfants meurent de faim.

Extraits :

Un soir il est entré dans ma chambre et m’a dit en se raclant la gorge que si je voulais bien il serait mon père et que je pourrais l’appeler papa

Des nuages à l’intérieur. Il donne l’impression de penser loin,d’être ailleurs, ou très profond en lui, dans un abîme. Hors d’atteinte.

J’ai réalisé à ce moment la dimension magique de l’écriture. Les personnages ne vieillissent ni ne meurent.

L’homme qui m’aimait tout bas – Eric Fottorino. Éditions Gallimard

Article publié par Noann le 24 juillet 2010 dans la catégorie Grand vin

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8 petits mots

Clémence
Le 25 juil 2010 à 13:33:34

« Il y a des sujets plus brûlants en 2010, des millions d’enfants meurent de faim ».

Oui. C’est tout à fait vrai. Mais…
Peut-être que l’un n’exclut pas l’autre… Que si les sujets dramatiques brûlants du moment sont une priorité collective (ou devraient l’être…), les récits de vie -individuels- ne perdent pas pour autant de leur importance. Peut-être que nous sommes -Un -, être unique, « individu trop souvent individualiste », tout en étant aussi -tous les autres-… « Un » pourrait ainsi être ému, touché, se sentir concerné par l’histoire d’un seul autre, tout en restant perméable aux drames planétaires ? Individu et citoyen du monde ?…



 
Tenancier
Le 25 juil 2010 à 15:54:20

Oui tout à fait.
Mais en fait, j’ai parcouru les critiques sur ce livre, après avoir écrit la mienne, et je vois qu’en effet, les avis sont très partagés. Ceci ne m’étonne pas, parce que en fonction du caractère du lecteur, il pourra être touché ou pas. Tout dépend si l’on est capable d’éprouver de l’empathie pour cette relation père-fils construite autour de la douleur du départ final.

Quand je dis qu’il y a des choses plus grave.. je me demandais s’il n’était pas indécent de pleurer en public (et contre espèce sonnantes) la mort d’un homme de 70 ans, qui a eu sommes toutes ce qu’il désirait, alors que tant d’autres souffrent, et à tout âge. Mais le talent de l’auteur fait beaucoup pour sortir cette fracture familiale de son huis clos et nous la rendre touchante



 
Clémence
Le 25 juil 2010 à 16:59:22

Je n’avais pas vu les choses sous cet angle : décence, ou pas, de la part de l’auteur ?, mais sous l’angle du lecteur. Pas toujours « très fine » la Lascavia…
Se pose donc en effet la question de savoir si c’est impudique ou pas de se répandre (par les temps qui courent…). Je crois que tu donnes la réponse : tout dépend si l’auteur a du talent,…ou pas. Et pas seulement un talent littéraire. Le sens de la mesure et du tact (j’entends par là que déverser ses poubelles à bobos dans la cour des voisins en chouinant est une chose…et que faire partager ses sentiments personnels avec -élégance- en est une autre. La forme…Une question de forme…). Merci pour tes avis éclairés, Noann. Je lirai ce livre.



 
Angélique
Le 25 juil 2010 à 17:45:25

Pourquoi décide-t-on d’en finir?

C’est la toute la question . Si je comprned bien ce livre ne cherche pas la réponse? Dommage. c’est un sujet interessant



 
Tenancier
Le 25 juil 2010 à 17:58:33

Oui c’est peut-être un des points un peu négatifs. Le livre est centré sur cette relation père-fils particulière, qui n’est pas forcément extensible à tous, et donc pas applicable à moi lecteur. J’ai donc bien aimé, tout en restant parfois à l’écart.

Merci pour votre avis



 
Clémence
Le 26 juil 2010 à 10:37:01

Je ne crois pas qu’un livre puisse donner une réponse à la question : « pourquoi souhaite-t-on en finir ? ». Tout simplement parce qu’il existe probablement mille (bonnes ou mauvaises) raisons d’en arriver là, et même parfois…pas de raison exprimable. Et donc autant de réponses…que de silences. Vaste question !



 
Tenancier
Le 26 juil 2010 à 11:05:16

C’est un sujet que j’ai abordé dans mon recueil, mais je n’ai fait que l’effleurer.
Je me suis rendu compte qu’il était impossible à saisir, et qu’il fallait l’évoquer sans trop chercher à l’analyser de façon cartésienne



 
Le 10 jan 2011 à 13:09:27

[...] L’avis de Livrogne [...]



 

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