Grand vin

Indignation – Philip Roth

Ce roman aurait pu avoir pour titre : la fellation de Marcus…

En 1951, Marcus Messner, un jeune homme d’origine juive, libre penseur, solitaire, plutôt athée, quitte ses parents pour entrer au Winesburg College, le plus loin possible de chez lui. Il espère échapper à l’emprise de son père, un boucher qui entretient avec son fils une relation ambigüe, d’amour et de domination. Marcus le fuit. Commence alors une quête d’identité et de vérité. La priorité de Marcus : obtenir de bons résultats, une obligation morale envers ses parents désargentés. C’est aussi le plus sûr moyen de rester en vie… La guerre de Corée fait rage. Si Marcus est réquisitionné, un bon diplôme lui permettrait d’obtenir un poste de gradé, loin du front. Les querelles contre le communisme ne font que commencer. Il est dangereux de penser autrement que l’Uncle Sam. Il est dangereux d’être son garçon de 20 ans.

Le lecteur découvre à travers les pensées de Marcus cette Amérique soi-disant libre, qui est en fait le théâtre des ségrégations en tout genre, sexuelle, raciale, confessionnelle, facultaire. C’est aussi un pays hypocrite, qui se veut bien-pensant, mais ferme les yeux sur les beuveries et les coucheries. L’acte a lieu sur les banquettes de luxueuses berlines. Marcus s’émerveillera de ses premiers amours. Olivia tente d’échapper à l’alcool et au suicide. Elle ne couchera pas avec Marcus, mais le gratifiera d’un slow blow job, acte dont il aura du mal à se remettre. Pourquoi a-t-elle fait une chose pareille ? C’est une question passionnante mais tout de même. Roth aurait pu éviter d’en reparler toutes les cinq lignes…

C’est un récit tout empreint de sincérité et d’ouverture que nous livre une fois de plus Philip Roth. Une belle indépendance d’esprit, une façon de se hisser au delà des lieux communs et des obscurantismes de tout bord,  politiques et religieux. La parole de Marcus m’a souvent touché. Je me suis glissé dans ses pensées les plus profondes, des pensées riches et généreuses. Récit touchant, à condition d’être sensible au propos, rendu par une voix unique et monocorde.

« J’ai quitté Robert Treat au bout d’un an seulement. Je suis parti parce que mon père n’avait même plus confiance dans mon aptitude à traverser la rue tout seul. »

« … ce qui s’est passé ne pouvait être que la conséquence de quelque chose qui ne tournait pas rond chez elle, mais pas forcément un défaut d’ordre moral ou intellectuel… »

Indignation – Philip Roth. Editions Gallimard

Article publié par Noann le 20 octobre 2010 dans la catégorie Grand vin

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