vin de table

Purge – Sofi Oksanen

« Purge » est principalement architecturé autour des histoires de deux femmes, Aliide et Zara. Aliide a vécu la seconde guerre, elle s’est amourachée de Hans. Elle a connu l’occupation soviétique, puis celle qui devait durer mille ans, l’allemande, ensuite le retour aux soviets, avec ce communisme qui ne peut être que dictatorial, jusqu’en 1991. Aliide a eu une fonction trouble dans ce chaos, qui apparaitra peu à peu. Les années sombres ne sont pas derrière. Aliide n’a pas la conscience tranquille. Elle s’est réfugiée dans une vielle bâtisse en Estonie, où en 1992 elle fait la connaissance de Zara, être suspicieux qu’elle retrouve inanimée dans sa cour. Peut-être Zara est-elle envoyée par la mafia, ou comme moyen d’effraction par des voleurs. Elle est louche, cette pauvresse mal fagotée à l’abord peu sympathique, d’autant plus louche aux yeux de cette vieille femme recluse et pas bien dans sa tête. Néanmoins, Aliide l’héberge. Commence alors un huis clos, une découverte de l’autre… Zara elle a eu le rôle presque inverse d’Aliide. Battue, brimée, elle s’est laissée influencer en 1991 par Oksanken, une amie qui a « réussi » (bizarre j’avais écrit « russie »). Celle-ci va convaincre Zara que tout est rose à l’ouest. C’est le moment d’en profiter, les portes s’ouvrent. Merci Gorbatchev.

Zara veut être libre. Elle veut échapper à son logement communautaire insalubre – même aux normes russes de l’époque. Mais à l’ouest le diable rôde. Si les hommes du régime ne sont pas tendres, les souteneurs des filières européennes ne le sont pas non plus. Les hommes justement… les voilà, les mécréants de tout poil. L’homme dans ce livre, qu’il soit estonien, russe, allemand ou finlandais… est la tête de turc. La femme subit toutes les violences. L’occasion est bonne pour  une démonstration d’actes médiocres et salaces, décrits sans ambiguïté. Il n’y a vraiment aucune nuance dans le livre d’Oksanen. En ce qui me concerne, ce discours de la femme brimée, je trouve qu’on l’a assez entendu ces derniers temps.

Je ne raffole pas trop des descriptions rectilignes d’actes sexuels. Oksanen a beau dénoncer le statut peu enviable de la femme, elle fait du racolage en nous servant dans le détail tout ce que notre cerveau de primate aime entendre. Violence, sexe, torture. Tout ce qui fait frémir un lectorat avide d’émotion directe et rectiligne. On s’identifie, ressent de la compassion pour ses semblables.couverture purge
Il reste que le procédé est usé et assez racoleur. Pas de mon goût non plus les longueurs, l’exploitation du détail. Le propos, surtout au début, est parfois perdu dans des points futiles, qui vont de la tasse de café, qu’Oksanen met une demi page à décrire, à la mouche, les tentures, le sol. L’objet prend dans ce roman une place envahissante au point d’occulter l’important, les caractères. Certes le souci du détail crée une ambiance, mais bon, l’excès… Les cent premières pages m’ont semblé longues et chargées de descriptions inutiles. Après le récit se dessine et l’on commence enfin à entrer dedans. Vient l’acte, et là les descriptions ne sont plus inutiles mais elles sont barbares, sans nuance.

Par contre, j’ai apprécié la construction du récit, et la façon dont les éléments sont amenés peu à peu, ces différentes périodes qui s’éclairent. Beaucoup de bonnes idées, une ambiance, un ton convaincant, une richesse historique, géo-politique. Un livre qui a plu parce qu’il est bon, mais aussi parce qu’il met en exergue des idées très à la mode et qui plaisent, et des situations qui font vibrer notre cerveau primaire. Moi mon cerveau, enfin ce qu’il en reste, il dit… En fait de purge, le titre est bien choisi. Cette purge là, en dépit de ses qualités, n’est pas pour moi, pas besoin de laxatif.

Purge – Sofi Oksanen. Éditions Stock

Article publié par Yves Rogne le 10 octobre 2010 dans la catégorie vin de table

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