Grand vin

Mal de pierres – Milena Agus

Hier, après avoir publié ma critique de son dernier roman paru, j’ai retrouvé « Mal de pierres », de Milena Agus. Il était enfoui dans une pile de livre et est réapparu à la faveur d’un grand rangement. Hasard étrange vu le nombre de livres qui reposent ici… plusieurs centaines. Il y en a partout ! Cette fois, je suis sous le charme. « Mal de pierres » est quasiment le négatif de « quand le requin dort », point de vue écriture du moins, qui est ici plus aboutie, plus concise, plus agréable. Quant à l’histoire et la façon dont elle est traitée, on reconnait bien l’auteure sarde.

Une jeune femme parle de sa famille qui vit en Sardaigne depuis des générations, de ses parents et surtout de sa grand-mère. Celle-ci a du fil à retordre avec les hommes, qui semblent la fuir comme un fruit pourri… ou trop mur. Elle est le désespoir de sa famille et décide finalement d’épouser un homme qu’elle n’aime pas, client de maisons closes, comme tous les hommes de ce court récit. Grand-maman est malade, elle a le mal de pierres, des calculs aux reins. mal de pierresElle part en repos et rencontre un homme estropié mais beau, et surtout très attentionné. Il la voit comme aucun autre ne l’a vue, de l’intérieur. Peu à peu ils se découvrent, se racontent, se dévoilent. C’est la période de l’après-guerre. L’amant, le « Rescapé » comme elle l’appelle, a été déporté. Il est revenu une jambe en moins, accompagné de la fille d’un compagnon d’armes défunt… Sans doute est-elle le fruit d’une graine allemande, un viol peut-être. Les deux amants se confient peu à peu.

J’ai trouvé ce petit roman (mais où est la part de réalité et de fiction) bien ficelé, souvent touchant. Pas d’effet spectaculaire, mais une ambiance, avec en toile de fond la Sardaigne, ses plages de sable fin, ses bateaux suspendus à la mer… C’est aussi ce qui manquait à « quand le requin… », le contexte. Et les personnages sont cette fois plus émouvants dans leur pauvreté assumée, leur simplicité, leurs traditions bousculées, leurs relations ambiguës…

« Elle n’avait pas envie de manger, ni de se soigner, parce qu’elle sentait bien que de toute façon elle ne guérirait pas et n’aurait jamais d’enfants. C’étaient les femmes normales qui avaient des enfants, les femmes joyeuses, sans vilaines pensées, comme ses voisines de la rue Sulis. Dès qu’ils se rendaient compte qu’ils étaient dans le ventre d’une femme dérangée, les enfants fuyaient, comme tous ses fiancés. »

Mal de pierres de Milena Agus. Éditions Liana Levi – le livre de poche

Article publié par Noann le 22 janvier 2011 dans la catégorie Grand vin

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