Grand vin

Un lézard au Congo – Gil Courtemanche

Le 6 avril 1994, les présidents du Rwanda et du Burundi meurent dans un attentat. Ce jour-là, c’est comme un signal, la dégringolade commence. Plus de 800.000 personnes sont massacrées à la machette. Le conflit déborde. Alors que des milliers de réfugiés s’installent au Congo, encore appelé Zaïre, des factions Hutu investissent également le pays. Parallèlement, une coalition menée par LD Kabila, constituée de milices Tutsi et ougandaise, prend le pouvoir. Kabila renverse Mobutu, en dépit de l’intervention de Mandela. La crise commencée en 1994 ne fait que s’amplifier. En 1998 le pays explose, et c’est la deuxième guerre du Congo, qui fait plus de 4 millions de victimes. Le règne de la terreur s’est installé, durablement. Terreur par les armes, par le viol. Les commerçants et notables s’entourent de groupes armés, souvent constitués d’adolescents désœuvrés. Ces groupes s’unissent parfois pour créer de nouvelles milices privées, qui règnent par la force.Un lezard au congo

C’est dans ce contexte de violence extrême que Gil Courtemanche a campé son roman. Une fiction très nettement appuyée par les faits, que l’auteur connait bien puisqu’il a été conseiller au bureau du procureur dans le procès de Thomas Lubanga, un criminel congolais. Il s’approprie ce personnage, et lui donne un nouveau nom : Thomas Kabanga. Kabanga est une sombre crapule, homme violent, pervers, manipulateur. Il est accusé de la mort de plusieurs milliers de personnes, par le biais de jeunes enrôlés de gré ou de force, encore enfants ! Le Tribunal pénal international (TPI) doit statuer sur son sort. Mais voilà que, contre toute attente, un juge anglais tatillon le relâche pour vice de procédure. Le TPI se veut parfait, sans reproche, un modèle universel de justice. C’est pourquoi un simple détail a permis la relax de Kabanga.

Au centre de ce récit, il y a Claude, juriste au TPI, homme solitaire et calme, épris de justice. Dans son bureau de La Haye, il fulmine. Kabanga libre, c’est non seulement une abomination, mais aussi un risque pour les populations locales, les accusateurs, les témoins. Il décide de filer à Bunia, à l’est du Congo, le fief de Kabanga.

Dès les premières lignes, on sent que l’auteur maitrise parfaitement son sujet. Il nous plonge dans une atmosphère poignante, à la limite de la suffocation. Son roman est bien documenté. Une autre qualité est sa simplicité d’écriture, le style épuré. Il résume en quelques mots la situation :

« C’est ainsi que les guerres se préparent. Un major qui dit à un psychologue que si lui et ses amis pouvaient prendre le contrôle des mines d’or, tout le monde serait plus riche »

« Le diplôme universitaire, peu importe sa valeur, confère automatiquement en Afrique le statut d’intellectuel à celui qu il le détient »

J’aime beaucoup cette économie d’effets dans le style, ce côté direct, sans chichi. Cependant, au fil de la lecture, mon enthousiasme s’est émoussé. En effet, après la décision de relax du TPI, le récit se recentre sur Claude et devient intimiste. Au départ volontaire et passionné, Claude se fait plus mou, envahi par les doutes. C’est finalement un personnage veule qui se rend au Congo. Le roman s’égare aussi souvent, dans les relations houleuses de Claude avec les femmes, ce qui ne manque pas d’intérêt mais éloigne de la cause principale. La tension dramatique est à son apogée au milieu du récit et elle redescend trop vite.  Dommage car c’eût pu être un chef d’œuvre.

« Cet homme est méchant, foncièrement teigneux. Il prend plaisir à dominer et à humilier sans raison apparente. La méchanceté m’obsède car c’est une forme de petitesse, de médiocrité, comme une saleté, une crasse de l’humain. »

Un lézard au Congo de Gil Courtemanche. Éditions Denoël

Article publié par Noann le 7 janvier 2011 dans la catégorie Grand vin

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