vin de table

L’écrivain de la famille – Grégoire Delacourt

Édouard a 7 ans. Édouard a 18 ans. Édouard a 30 ans. Le point commun entre tous ces Édouard(s) ? Ils aiment écrire. Autre point commun, ils ont du mal à trouver leur voie. Que peut-on faire quand on veut écrire mais qu’on n’est pas un bon poète ni un bon romancier ? Devenir journaliste, créer un blog  ou encore : devenir rédacteur dans une agence de publicité. Voilà donc un chemin intéressant à suivre. Ses parents croient en lui et en son talent, depuis qu’il a écrit trois rimes naïves, mais le garçon ne trouve pas son bonheur. Après des études de compta avortées, il accepte volontiers et avec un certain enthousiasme la proposition d’un directeur d’agence, à Bruxelles une fois, convaincu par les slogans d’Édouard :

« L’eau ne tombe pas du ciel. Ne faites pas aux animaux ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent… »

couverture de écrivain de la famille

La famille d’Édouard est une famille comme toutes les autres, avec ses conflits et ses souffrances. Les parents tiennent un commerce. Le père est dépressif chronique, il fait des séjours en hôpital, puis retourne vivre chez sa mère. Sa femme est plutôt volage. Le frère a lui aussi un grain, qui le poussera à l’irréparable. La sœur tombe enceinte d’un type qui la largue dès la nouvelle annoncée. Il y a aussi quelques personnages secondaires intéressants. Bref, tout ce qu’il faut pour faire un petit roman à rebondissements et à facéties. En fait de roman, ne serait-ce point une biographie ou une autofiction ? L’auteur est en effet « publicitaire » comme l’anti-héros de ce livre, et ce n’est pas la seule analogie. On sent qu’il y a du vécu.

Alors, hum, mon avis : J’ai passé de bons moments de lectures, plongé dans les aventures de cette famille assez banale finalement, mais décrite avec une ironie féroce. Elle devient truculente sous la plume de l’auteur, qui sait magnifier des points de détail et utiliser l’anecdote. Toutefois je n’ai pas été 100 % enthousiaste. D’abord, il y a les pièges et limitations du genre, un récit à la première personne, où l’auteur se fait plaisir en racontant ses souvenirs. Et puis des citations, ces slogans publicitaires décalés, des extraits de chansons qui tombent à plat. Passe pour Cabrel. Mais pour Daniel Guichard… Bof. Pourquoi pas Sheila et Ringo tant qu’on y est…

Un premier livre pas vraiment mauvais, mais pas innovant. J’ai trouvé qu’il aurait pu aller plus loin, dans les sentiments ou les doutes. L’auteur passe à côté d’émotions positives ou négatives que ressentent, en principe, tous les créateurs, et il reste finalement assez factuel. Les émotions décrites sont cent fois inférieures à celles que je ressens, en tant qu’auteur, époux, amant, fils, etc. Je dois me faire une raison. Nous sommes en 2011. Époque du gsm, ipad et ipet. Époque de pauvreté intellectuelle et spirituelle. Il faudra que j’arrête de reprocher aux écrivains d’être moins sensibles que moi. Paul Desalmand disait : « la profondeur ça ne s’apprend pas… » Et voilà, tout est dit. Heureux de vous avoir connu, Mr Delacourt !

Et puis, c’est quoi cette invasion de l’industrie du tabac dans les livres ? Le gouvernement ferait bien d’interdire la cigarette dans les arts, au lieu de voter des lois débiles imposant des images terribles sur les paquets !

L’écrivain de la famille de Grégoire Delacourt. Éditions JC Lattès

Article publié par Noann le 17 février 2011 dans la catégorie vin de table

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