Cru bourgeois

Une Mémoire en papier – Pierre-Marie Fenech

A l’âge de quatre ans, Pierre-Marie a perdu sa mère. On lui explique en quelques mots qu’elle est partie au « petit jardin », et dans l’innocence de cet âge simple, il ne se pose pas plus de questions. Le petit Pierre-Marie se souvient plus des bateaux et de la Caravelle qu’il a emprunté avec son père, un des premiers avions à faire la traversée de l’Atlantique sans escale, en 1960. Et le temps passe, les maigres souvenirs s’estompent un peu. Jusqu’à ce jour, des décennies plus tard, où il tombe sur une correspondance entre son père et sa mère, qui l’éclaire sur elle, et sur eux, et lui donne une autre vision de lui-même. Elle est morte après des années de lutte, pudiquement, d’un cancer, dont lui-même, Pierre-Marie, pourrait avoir été un catalyseur. Commence alors une quête de sens dont le lecteur est le témoin.

Mon avis :

Dans les premières lignes, on perçoit tout de suite le côté moi-je, appelé techniquement « autobiographie ».

J’ai pensé aux innombrables égarements dans le domaine. Neuf manuscrits sur dix qui arrivent chez les éditeurs sont de ce type. A priori pour l’auteur, écrire un livre sur soi est chose aisée. Il suffit de puiser dans sa mémoire. Et c’est là que réside un des pièges du genre. L’auteur se fait plaisir, remue sa mémoire, parle de soi. C’est très exaltant, sauf que… le lecteur n’a pas du tout la même perception. De plus, le mode « moi-je » peut rapidement devenir ennuyeux, voire narcissique. Ainsi donc, la plupart des livres du genre ont peu de succès, hormis quelques exceptions, comme les livres d’Eric Fottorino, ou « L’étudiant étranger » de Labro.couverture une mémoire en papier

Exception aussi, les livres sur les stars. On imagine bien qu’un livre comme « j’ai vu la lumière », par le fantôme de Claude François, connaisse un succès fulgurant, de même que « Suicide mode d’emploi » par Mike Brant. En revanche, pour un inconnu, captiver le public sur ses émois personnels représente un véritable défi. Pierre-Marie va-t-il éviter les écueils du genre ? Fort subtilement, il a fait un mélange de réflexions personnelles bien menées, de faits passés, et de lettres. Ceci est un choix judicieux, qui permet de faire une digression au moi-je, qui devient cependant un autre moi-je, celui de la maman ou du papa. Quoi qu’il en soit, il y a bien une diversification des modes narratifs, qui permet de tromper l’ennui.

L’écriture est sobre, l’auteur évite quelques erreurs de débutants : l’emphase, l’excès, les effets de style alambiqués. Des mots simples , dans un style agréable à lire, sans chichis et manières. Les lettres sont elles aussi dans le même style, et je me suis demandé parfois si c’était bien la réalité, et si ces lettres n’avaient pas été écrites par l’auteur lui-même… ou récrites. Il y aurait donc une part de romance ? L’auteur affirme ceci sur son site : « Cette histoire doit être comprise comme vraie et fausse à la fois, témoignage ou autobiographie tout autant que roman ». Voilà donc une clé… Quoi qu’il en soit, ce voyage est intime mais aussi très personnel. En ce qui me concerne, si j’ai été touché, je me suis senti parfois en dehors de ces vieilles histoires de famille (j’ai déjà fait cette remarque sur d’autres livres). Je réserverai plutôt ce livre aux amateurs de récits intimistes. En revanche, je garderai un œil sur les œuvres futures de l’auteur. Je remercie l’éditeur de m’avoir fait parvenir ce livre, ainsi que BOB.

Une Mémoire en papier de Pierre-Marie Fenech. Mon petit éditeur

Article publié par Noann le 24 février 2011 dans la catégorie Cru bourgeois

Facebook Twitter Netvibes Mail

Les commentaires ne sont plus possibles pour cet article...

 

Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne