Grand vin

Prélude de cristal – Bernard Tirtiaux

L’harmonica de verre, ou glassharmonica est un instrument ancien produisant un son cristallin. Il est composé d’une série de verres en quartz ou en cristal tournant sur un axe, que le musicien fait résonner en passant ses doigts mouillés, ou à l’aide de petits maillets.

En 1886, Léna est une harpiste fougueuse et frondeuse. Lors d’un concert, elle heurte par mégarde un harmonica. C’est le drame. Des verres se brisent, et son propriétaire passionné est bouleversé. Il faut d’urgence dénicher un artisan verrier pouvant fabriquer de nouvelles pièces. C’est dans la ville sidérurgique de Charleroi, en Belgique, que Léna va trouver cette personne rare, capable de mouler le verre avec précision et de le retravailler jusqu’à obtenir la note exacte. C’est Lazare, un homme aux antipodes de la jeune femme. Elle est délicate, raffinée. Lui est un ouvrier costaud, rude. Et pourtant ils vont connaitre un coup de foudre réciproque.

Mais voilà qu’une révolution commence. Les  ouvriers se mobilisent. Lazare prend une part active dans le mouvement. Dans la cohue, deux hommes meurent. Ce sont en fait des émissaires du patronat, qui avaient pour mission secrète de semer la discorde. Lazare est accusé de ce meurtre qu’il n’a pas commis. Léna le soutient de tout son petit cœur. Pour sauver sa peau, Lazare doit fuir ce pays noir qui est le sien. Entre les deux amants, les choses ne sont décidément pas simples, elle qui va de concert en concert, et lui en cavale…Couv prélude de cristal

« Prélude de cristal » est une œuvre qui se démarque dès les premières lignes par son style, ouvragé, abouti, personnel, classieux. Le lecteur est emporté dans cette saga sur fond de réalité historique. La vie du pays de Charleroi est amplement décrite, ainsi que le mouvement ouvrier, celui des mineurs et autres besogneux, dans cette ville qui sera portée longtemps par son industrie, avant le déclin dû à la concurrence de l’est. Elle mourra définitivement et deviendra une des régions les plus sinistrées d’Europe. L’auteur la fait vivre de façon assez réaliste, dans une épopée qui ne laisse pas une page de répit au lecteur. Il faut s’accrocher pour suivre les événements, tant ils se succèdent avec force et vigueur. Cette suite épique est même presque étouffante tant elle est vive et emportée. Léna et Lazare font le tour de l’Europe, avant de se retrouver en Amérique du nord, et si le livre avait fait cent pages de plus, ils seraient arrivés sur Mars !

Il reste que, si le récit est mouvementé, et presque rocambolesque, on peut reprocher un manque de densité psychologique aux personnages. Léna aime son Lazare, elle l’aime, oh qu’elle l’aime. On croirait entendre une chanson de Johnny. Mais sur le plan du sentiment amoureux, il était possible d’aller plus loin. Je reprocherai aussi quelques incohérences. L’auteur ne se place pas toujours bien dans cette époque, et n’est pas toujours vraisemblable dans son personnage féminin principal.

« Je m’apaise en songeant que, sans ses fours, ses creusets de matière en fusion, ses huit cannes de souffleur pour jongler, mon amour ne tarderait pas à se sentir désœuvré, et qu’il en serait de même pour moi si on me privait de ma harpe ou de mon piano. »

Prélude de cristal par Bernard Tirtiaux. Éditions JC Lattès

Date de parution : 16/02/2011  
Article publié par Noann le 14 mai 2011 dans la catégorie Grand vin

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