Premier Grand Cru Classé

Un refrain sur les murs – Murielle Magellan

Mon petit cœur s’est laissé emporter par ce conte de fée moderne, et à la fin, il a même versé une larme.

Que ce passe-t-il dans la vie d’Isabelle, prof de science entre deux âges ? Rien. Il ne se passe rien. Son métier… un labeur. L’amour… un précipice qu’elle fuit. Les enfants : un fils qui l’aime en secret et une fille qui part. Mais en quelques journées d’août, son destin change ! Il suffit d’un musicien vadrouilleur qui joue dans le métro et patatras, Isabelle bascule dans un autre monde. Il lui fait une proposition simple : Isabelle l’héberge pendant un mois, et en contrepartie il fera la rénovation de la chambre de sa fille. Isabelle pressent un danger, comme toujours. Ce type a quelque chose d’enjoué mais de diabolique aussi. C’est un homme, et très différent d’elle. Elle est secrète, timorée, peureuse. Lui est libre, sans-gène, sûr de lui. Après moult hésitations, elle accepte.

Le jeune homme s’installe et prend possession de l’univers d’Isabelle. Il va et vient, impose son emploi du temps, sa loi, sans gène et sans regard. Il la malmène et va jusqu’à lui dire des mots incongrus. Alors qu’elle n’espère de lui que sentiments, il devient pervers, semble manipulateur. Pourtant il sait ce qu’il fait, en bousculant Isabelle pour faire re-naitre toute sa vie et sa féminité gâchée !Couverture Un refrain sur les murs

Au départ, cette histoire a l’air très ordinaire. Rien de bien folichon, une mère de famille sans ampleur, un vagabond sans avenir. Mais le talent de l’auteure donne une dimension inédite. La construction du récit est remarquable, avec des alternances de voix, entre la mère et la fille Romane, qui la redécouvre trente ans après. Et puis il y a cet art peu commun de faire vivre et de donner à chaque moment une grandeur morale et amoureuse.

L’histoire se déroule comme un parchemin. Le lecteur est surpris, parce que rien ne se passe comme il l’attend. Rien n’est vraiment banal, du moins, ce qui est banal est magnifié par une plume tour à tour facétieuse et mordante. C’est un roman à la fois léger et grave, drôle et sévère, tendre et grivois. Parvenir à faire ces amalgames sans excès et sans jamais ennuyer est un exploit rare.

« Isabelle voulut dire non, mais son corps marcha jusqu’à l’appartement. Son corps silencieux et autoritaire. Prêt à mourir d’un poignard inconnu plutôt que de continuer ainsi, engoncé, enserré, meurtri. »

« Reculer – battre en retraite, revenir en arrière-, je connais bien l’art du retranchement. La stratégie du repli. Mais ce n’est plus le temps des abris pour moi. »

Un refrain sur les murs de Murielle Magellan. Éditions Julliard

Date de parution : 10/03/2011  
Article publié par Noann le 26 mai 2011 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé

Consulter tous les articles sur Murielle Magellan (3)

Facebook Twitter Netvibes Mail

Les commentaires ne sont plus possibles pour cet article...

 

Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne