Comestible ?

Souffle en mon cœur un vent de Patagonie – Nacho Carranza

Comment parler d’un livre aussi fouillé sans le travestir, le dénaturer, ou l’interpréter de façon trop personnelle ? « Souffle en mon cœur un vent de Patagonie » est un recueil… j’allais dire un recueil de nouvelles, mais s’agit-il de nouvelles ? Pas telles que d’autres écrivains les conçoivent, avec leur mouvement, trames, points d’orgues et leurs chutes. Je les appellerai plutôt des « textes », seule manière de dénommer ces tranches de vie, d’histoire, de philosophie, de géographie, tous ces ingrédients associés avec brio et soin.

« souffle en mon cœur.. » est beaucoup de choses à la fois, œuvre multiple qui va allègrement de la Patagonie (Argentine) où l’auteur a vécu ses plus jeunes années, à la Belgique pays d’adoption, en passant par Rome… Et d’une phrase à l’autre, nous voilà embarqués et chahutés d’un bout à l’autre du globe, mais aussi d’une époque à l’autre, depuis l’enfance et les souvenirs de l’auteur à une période plus récente. Nacho entrelace les personnes, les instants et les lieux, oui c’est cela, ce livre est plus qu’un recueil, c’est un entrelacs d’une infinité de choses et de  gens, qui parlent et se répondent à travers décennies et continents. Toutefois, j’avais entendu son interview à la radio, et je m’attendais à un livre plus auto-biographique (et je m’étais dit : encore quelqu’un qui raconte sa vie). Et que nenni, l’auteur n’est point narcissique, et s’il nous parle de sa Patagonie natale, ce n’est pas pour nous encombrer l’esprit de vieux souvenirs personnels, mais pour nous donner toute la couleur chamarrée de ce pays lointain. S’il nous parle de son enfance, c’est pour donner du relief et du crédit à ses personnages truculents. « Souffle en moi… » semble faire à la fois des emprunts à la réalité et à la fiction, de sorte à utiliser la force de l’un et de l’autre, la puissance empirique du vécu et les possibilités imaginaires de la fiction.

« Comme en retour de cette offrande, le corps de la femme se met à frémir, puis à vibrer sous ses mains impérieuses, ses lèvres avides, sa langue impatiente. La femme s’étonne du plaisir qu’elle prend et s’y abandonne, sa peau réagit à chaque infime effleurement dont est est l’objet obsédant, à chaque délicieux câlin que le jeune amant prodigue avec application, ne voulant pas faillir à sa nouvelle tâche  : le désir de l’autre lui semble tout à coup une priorité, et sa satisfaction, la sienne propre. »

Souffle en mon cœur un vent de Patagonie de Nacho Carranza. Le Castor astral

Date de parution : 03/03/2011  
Article publié par Noann le 11 juillet 2011 dans la catégorie Comestible ?

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