Grand vin

Kosaburo 1945 – Nicole Roland

Ce roman répond à une question que se posent beaucoup d’occidentaux : Comment un jeune homme peut-il être assez con fou pour se faire kamikaze ? Comment peut-on se sacrifier, mais aussi, comment un pays peut-il sacrifier ses meilleurs éléments ?

Kosaburo 1945, comme le titre l’indique, se passe au Japon, dans les dernier instants de la guerre. L’empire du soleil levant est exsangue. Partout ailleurs, la guerre s’est achevée. Mais l’empereur refuse de capituler. Pour les américains, cette résistance est une hérésie, pire, un affront. Ils n’ont rien compris. Pour les Japonais, c’est juste un respect de leur tradition et de leur code d’honneur. Cette méprise conduira au largage des deux seules bombes atomiques jamais utilisées contre des civils. Le 15 août, par la force des choses, l’empereur capitule enfin.Kosaburo 1945

Kosaburo, c’est un jeune gars choisi pour accomplir une mission kamikaze, ce qu’il fera avec dignité. Mitsuko, elle, n’a pas été désignée. Elle remplace son frère qui s’est enfui dans un monastère, pour échapper à son sort. Mitsuko a honte. Son frère déserteur, c’est une tragédie pour la famille, une insulte à son pays, qu’il faut laver. Elle apprend le pilotage, devient une des meilleurs pilotes, et malgré ses capacités, elle sera désignée pour faire partie d’un commando suicide, un baroud d’honneur, juste sur la fin des hostilités mondiales.

La grande force de ce roman est de créer une ambiance où on est immédiatement plongé. Le lecteur voit comme s’il y était ces petits nippons à la fois pleins de bravoure et transits de peur, il les voit assister muets à la cérémonie d’adieu, et rire jaune, c’est le cas de le dire, devant un verre de saké, à l’honneur de l’empire. Il assiste impuissant à la chute de leurs chasseurs sur les bombardiers ennemis. Roman à la fois intimiste et réaliste, Kosaburo 1945 montre aussi les pensées de Mitsuko, qui est la narratrice, et l’on ressent alors une certaine compréhension, voire une empathie, pour ces malheureux, emberlificotés dans un destin auquel ils croient. La fin est extrêmement triste, et inattendue. Et puis l’auteur ajoute une petite note personnelle, une analogie avec sa famille, qui donne une dimension supérieure au livre. C’est extrêmement prenant, convaincant. Et aussi très sombre. Une jolie écriture sobre pour cette auteure namuroise.

Personne ne regardait personne : ni le  sergent instructeur ses recrues, ni les recrues les autres appelés. Au bout d’un certain temps, ma curiosité fut la plus forte ; j’avais levé les yeux sur ceux qui seraient désormais  mes compagnons : sur leur visage, pas l’ombre d’un sourire ; les expressions disaient clairement que ces futurs pilotes étaient comme moi, « contraints à être volontaires ».

Kosaburo 1945 de Nicole Roland. Éditions Actes sud.

Date de parution : 02/02/2011  
Article publié par Noann le 1 août 2011 dans la catégorie Grand vin

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