vin de table

La décadence et autres délices – Véronique Beucler

Une étrange épidémie, qui provoque enflures aux membres, difformités diverses, des nez en patates, des pieds d’éléphants. Une pandémie qui s’étend lentement à travers la population, et que le gouvernement semble vouloir cacher. Pas de mise en garde, pas de communiqué, juste un rappel de vaccination à la radio, pour la grippe. Jeff, un jeune médecin, s’inquiète. Personne ne semble prendre ce problème au sérieux, ou du moins essaie-t-on de le minimiser. Il se confie à Vladimir, son ami de toujours, un homme aux multiples ressources, un peu peintre, un peu vendeur de légumes, curieux de nature. Vladimir interroge son ami, il se renseigne sur la maladie. Il voit les gens se comporter de manière bizarre, ça l’inquiète.

La maladie est, dans ce roman, un personnage à part entière, une entité multiforme, qui meuble de façon tacite et sournoise la vie des habitants de cette cité. Autour de ce personnage insidieux et de Jeff et Vladi gravitent une diversité de personnes, parfois simples figurants, à peine esquissés… L’un s’adonne à une collection de pommes-de-terre, auxquelles il donne une âme. Un autre est boxeur, convié par le gouvernement à prester des combats contre des animaux, en échange d’un visa. Et toujours l’épidémie en arrière-plan.décadence et autres délices

L’auteure donne à voir un univers étrange et fascinant à la fois, qui rappelle un peu « Le voyage d’Anna Blume d’Auster » ou le moins connu « Les amants de la dernière heure » dont je parlais ici voici quelques semaines. Savamment, patiemment, une toile est tissée, dans ce monde un peu décalé. L’auteure nous fait entrer dans son univers par petites touches, des bribes, des moments, des esquisses. Elle nous fait prendre des chemins de traverse, des impasses, revient parfois, fait un pas de côté, avec un art de la digression et de l’aparté, ce qui demande une certaine concentration et un esprit déductif au lecteur. Il faudra peut-être relire certains passages et remettre des éléments en place. Les idées sont amenées parfois sans fluidité. Certaines transitions sont rapides, abruptes, des éléments tombent au moment où on ne s’y attend pas. Ce qui donne un effet de surprise… Peut-être un peu trop systématique. Autant de choses qui confèrent au récit une ambiance et une densité, mais aussi, une certaine lenteur.

Roman envoyé grâce à Babélio et les éditions « Dialogues », que je remercie. Toutefois, puisque le principe de ce partenariat est de donner son opinion personnelle, je dois avouer que je reste un rien mitigé. J’ai buté sur certains passages, me suis un peu perdu en chemin, parmi ces nombreux figurants secondaires. Mon esprit peut-être trop rationnel a trouvé quelques défauts, une syntaxe perfectible. Je ne prendrais qu’un exemple : « Le jeune homme servait ses clientes, soupesait les pièces… » Selon le sens premier, « soupeser » veut dire « évaluer un poids de la main ». Au sens strict, un commerçant ne soupèse pas, il pèse avec précision. Ce n’est certes pas grave, mais les détails de ce genre ne manquent pas. J’ai trouvé que c’était un bon roman, qui aurait pu être encore meilleur avec quelques coupes et élagages. Je le conseillerai aux lecteurs attirés par ce genre en finesse, subtil, avec un rien de fantaisie, sur un ton particulier, décalé.

« Il se demanda si c’était cela vieillir. La loi du temps lui était révélée, avec ses changements de vitesse sans préparation.; il découvrait que dix ou quinze ans peuvent passer sans vous effleurer et qu’en l’espace d’une minute, ses reptations jusque là invisibles se resserrent et vous étranglent. »

La décadence et autres délices de Véronique Beucler

Date de parution : 06/10/2011  
Article publié par Noann le 5 octobre 2011 dans la catégorie vin de table

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