Cru bourgeois

Jolie libraire dans la lumière – Frank Andriat

Un matin, un peu par hasard, une libraire découvre un livre à petit tirage, publié chez un éditeur inconnu. C’est une révélation.. Non seulement le texte est attachant, mais c’est une histoire qui lui parle, et plus elle entre dans l’histoire, plus elle est troublée. Les personnages portent son nom et celui de son fils, et même de son frère, cette histoire est la sienne en tout point…

Sur ces entrefaites, un lecteur entre dans le boutique, s’émeut de voir cette jolie libraire dans la lumière, si absorbée dans sa lecture, dégageant un halo de bonheur. Ils font connaissance, se revoient, il lit le livre lui aussi, s’aperçoit que cette histoire est aussi la sienne, c’est du vécu, il y était.

« Dans un train », tel est le nom de ce livre dans le livre, qui raconte l’histoire d’une jeune femme de 23 ans, mère d’un fils de 6 ans. Elle rencontre un homme dans un train, et mystérieusement, alors qu’elle fuit les inconnus, elle lui dévoile une partie de sa vie, de ses souffrances, de sa méfiance à l’égard des hommes. La libraire se reconnait, elle nourrit la même méfiance farouche, même vis-à-vis de ce client à la voix douce… Elle aime son contact mais des sentiments naissent, synonymes d’espoir autant que de danger.

Voici donc un roman tout à fait charmant, porté par une écriture sans chichis, toute en émotions. Les passages lyriques décrivant cette jeune et jolie personne dans sa librairie sont de toute beauté. L’intrigue est bien construite, même si l’on sera peut-être déçu du dénouement assez logique. C’est une lecture bien agréable, à laquelle je relèverai toutefois deux petits bémols, qui auront plus ou moins d’importance en fonction de la personnalité du lecteur. Le premier c’est que, si l’émotion est bien présente et souvent touchante, elle est un peu trop systématique. La scène de l’accident est traitée avec tant d’emphase, elle en devient exagérée, voire surréaliste.Jolie libraire dans le lumière

L’émotion c’est comme l’impôt, trop d’impôt tue l’impôt. Mon second bémol, plus personnel, porte sur cette sorte de hargne curieuse que l’auteur voue à l’individu de genre masculin. Sur les quatre hommes de ce récit, trois sont des salauds, le quatrième, le client, est plus délicat, bien que sa motivation première soit le charme sensuel de la libraire. Bref, tous les hommes sont grivois. Voilà donc, sur le fond, une approche qui m’a semblé un peu manichéenne. Cela se confirme quand, page 41, l’auteur sort de son rôle neutre de narrateur : « …elle préférait les hommes dans les livres que dans la la vie où ils se révèlent souvent des prédateurs. » En voilà une assertion bien discutable ! Ensuite : « Ça coinçait lorsqu’elle se retrouvait en face d’un gros con qui matait son décolleté… » Curieux aparté primaire dans un livre d’essence poétique… L’auteur a-t-il eu comme amante Élisabeth Badinter, ou a-t-il un vieux complexe d’œdipe mal négocié ? Ou est-ce  un phénomène de mode, comme les tatouages ou le piercing, qui consiste à balafrer l’homme de toutes les tares ? Pourquoi cette stigmatisation de l’homme à outrance, jusqu’au fond des romans bien intentionnés ? Si le roman a une belle facture formelle et un message intéressant, il véhicule l’un ou l’autre cliché et idée simpliste. Dommage…

Jolie libraire dans la lumière – Frank Andriat

Date de parution : 26/01/2012  
Article publié par Noann le 2 mars 2012 dans la catégorie Cru bourgeois

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