Cru bourgeois

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt

Voici l’histoire originale de Jocelyne, mercière dans un petit bled, racontée par elle-même en personne. Jocelyne, ou Jo pour les intimes, partage sa vie entre son commerce, ses amies portées sur le cancan. Elle tient un blog de couture… Et puis il y a son mari, qui s’appelle… Jocelyn, ou Jo pour les intimes. Celui-ci travaille dans une entreprise de fabrication de glaces, il rêve d’avoir une grosse voiture, un écran plat, et de devenir contremaitre… Un couple comme il en existe tant quoi, d’autant que l’homme boit et est méchant, surtout quand il arrête, et que la femme est toute sage, ne rêve que de bonté, de réussite pour ses enfants, et pardonne tout à son mari. Y en a qui vont adorer…

Mais voilà qu’un beau jour, Jocelyne, enfin Jo, gagne le gros lot au Loto ; 16 millions… Loin de se réjouir, la quadragénaire s’inquiète de tout le mal que pourrait lui apporter ce magot. Elle décide de garder son gain secret ! Est-ce que ce choix va lui porter chance ? En dire plus serait dévoiler l’intrigue, assez simple mais efficace…

La liste de mes enviesL’auteur a pris le parti de raconter cette petite guimauve sans prétention sous le regard de Jo(celynE), une femme simple et sans grands besoins, à part d’être heureuse en amour. Globalement, j’ai trouvé ça réussi ; cette Jo est sympathique, elle parle avec son cœur, dans des phrases simples. Qu’on ne s’attende pas à de grandes envolées lyriques… Toutefois, sous la simplicité se cache une profondeur et une philosophie de vie intéressante (faut chercher un peu). J’ai souligné quelques citations qui donnent à réfléchir, sur le sens du bonheur, de la vérité, du rôle de l’argent, et finalement l’amour qui est plus fort que tout, et tout le truc. Une fable philosophique se dessine en filigrane.

Mais, car il y a toujours un mais dans un bouquin – pour peu qu’on soit un peu critique – de temps en temps, on sent que l’écrivain reprend le dessus. Alors notre Jo(celyne) se fait plus académique, elle emploie des mots savants, utilise l’imparfait du subjonctif : « À regarder leurs sourires, on eût dit qu’il n’y avait aucune horreur humaine qu’elles ne pussent concevoir et donc pardonner »… Dites donc, en voilà un langage élaboré pour une femme peu lettrée, qui disait un peu avant : « Il a dit que la vie était dégueulasse, que la vie était une pute, une putain de pute. » Quand un écrivain essaie de se mettre dans le peau d’un simple ou d’un enfant, parfois il oublie son rôle et redevient le vieux scribouillard… À ces quelques détails près, on n’a aucun mal à se fondre dans les pensées de cette femme comme tout le monde !

« C’est drôle comme souvent les laquais donnent l’impression de posséder la richesse de leurs maitres. »

« Plus les mensonges sont gros, moins on les voit venir. »

« Je comprends aujourd’hui que je fus riche de sa confiance ; ce qui est la plus grande richesse. »

La liste de mes envies – Grégoire Delacourt. Éditions Lattès

Date de parution : 01/02/2012  
Article publié par Noann le 27 avril 2012 dans la catégorie Cru bourgeois

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