Cru bourgeois

Mon doudou divin – Katarina Mazetti

Wera, journaliste indépendante, qui travaille à la pige pour différents journaux, flaire un bon coup lorsqu’elle voit une annonce à la supérette près de chez elle. L’annonce dit en substance : “Tu es à la recherche d’une foi ? D’un mode de vie ? Tu essaies de trouver un Dieu au moyens de cérémonies et rituels divers… Alors tu aimerais peut-être nous accompagner au domaine de la Béatitude…” Mais un P.S. en bas de page prévient aussi : “Attention ! Nous ne détenons pas de réponses !”

La journaliste décidé illico de se lancer dans l’aventure. Parallèlement, Madeleine, une prof quadragénaire meurtrie, décide elle aussi de tenter l’expérience, avec un tout autre dessein : elle souffre de son passé, elle porte un poids, au propre comme au figuré. Son  sac-à-dos contient une pierre, symbole de la charge dont elle ne parvient pas à se délester… Les autres pensionnaires de la Béatitude se demandent ce qu’elle trimbale, de même qu’ils se posent des questions sur Wera, restée anonyme, et sur cette manie qu’elle a de tripoter son cou, qui contient un micro…Mon doudou divin

Les deux femmes s’expriment tour à tour dans une narration croisée, un peu systématique… Le lecteur suit leurs pensées entrecroisées, et leurs sentiments face à elles-mêmes et face au groupe d’une demi-douzaine de personnes, mené par les maîtres de cérémonie, Annette et Adrian. La Béatitude a pris ses quartiers dans un bâtiment lugubre qui d’ordinaire est investi par les scouts. Rien de bien réjouissant dans cette bâtisse, ni dans les stages imposés par Annette et Adrian… Ces stages consistent à se mettre à nu devant les autres (en pensées), répondre à une liste de questions, se dépasser, jouer une sorte de psychodrame…

Tout est en place pour un roman captivant : un certain nombre d’individus avec des profils torturés, des intérêts divers et divergents, prompts à alimenter les conflits. La plume de Mazetti est rigoureuse et convaincante (rendons grâce à la traduction). On est dans un roman assez nordique, basé sur la quête individuelle, la recherche intérieure jalonnée de défis, sur un ton parfois absurde et décalé… L’endroit même est sordide, les prosélytes un rien loufoques. On trouve dans ce roman un humour un peu grinçant, mais pas aussi désopilant que dans « Le mec de la tombe d’à-côté »… L’ensemble du livre contient son lot de surprises et est assez distrayant en soi, intéressant aussi pour ses études de caractères. Cependant, il lui manque peut-être quelque chose pour emballer le lecteur et transformer le simple plaisir de lecture en coup de cœur. Une histoire assez spirituelle, qui joue dans un autre registre que ses livres précédents… Mais les développements philosophiques sont parfois un rien simplistes et pas toujours captivants… Dommage…

Mon doudou divin – Katarina Mazetti. Éditions Gaïa

Date de parution : 07/03/2012  
Article publié par Noann le 8 avril 2012 dans la catégorie Cru bourgeois

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