Grand vin

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? – Jeanette Winterson

Jeanette est la fille adoptive de Connie et John Winterson, un couple qui n’avait pas d’enfant.

Aujourd’hui l’auteur se souvient de cette mère complètement déséquilibrée, vénérant la Vierge Marie avec tant de dévotion qu’elle se refusa définitivement à son mari. Outre ce dernier qu’elle délaisse sans cesse, Connie se montre de plus en plus hostile à son entourage. La petite Jeanette sera donc le réceptacle de son ire et de son déséquilibre…

À travers une écriture pudique, l’auteure se livre à cœur ouvert dans un récit fort, mais toujours avec une grande délicatesse. De ses mots n’émanent ni rancœur ni amertume mais ils sont plutôt l’écho de son expérience et elle remercie plutôt la vie de l’avoir poussée à grands coups de marteau piqueur pour avancer, à n’importe quel prix, pour approcher le firmament tant espéré: la liberté, et celle-là même par l’écriture, refuge essentiel.

De son enfance meurtrie jusqu’à l’âge adulte, balancée entre les bagarres contre une mère forcenée qui l’empêche de vivre pleinement ses passions et l’éloigne de ses centres d’intérêt, allant jusqu’à détruire la bibliothèque de fortune qu’elle s’était constituée secrètement et, apprenant son homosexualité, la faisant exorciser, Jeanette poursuit vaille que vaille son chemin vers l’inespéré, l’enchantement.Pourquoi être heureux

À 40 ans, elle connaîtra cependant une longue dépression… Mais de tout cela, elle ne retirera qu’une expérience positive. Elle construira sa vie de femme, sa vie d’auteure ensuite et laissera courir sa plume sur le papier sans jamais se montrer plaintive ou pleurnicharde mais au contraire donnera un message d’optimisme et de soutien.

On se laisse porter doucement par le récit de cette vie chaotique qui émeut, remue le cœur. Tour à tour, l’auteur nous invitera à suivre ses bouts de vie, ses luttes quotidiennes, sa longue traversée vers l’aboutissement, le ravissement, la félicité.

L’on apprendra que Jeanette a grandi parmi les femmes. Elle les a aimées aussi, d’amour … et elles seront son moteur, sa force. Comme l’écriture sera son refuge, son socle. Et dans cette forteresse de femmes et de mots, elle approchera le Ciel, le bonheur suprême.

Personnellement, je ne suis pas férue de romans autobiographiques mais j’ai été d’emblée accrochée à la beauté et à l’intensité de celui-ci …

« Quand ma mère se fâchait contre moi, ce qui lui arrivait souvent, elle disait: Le Diable nous a dirigés vers le mauvais berceau.»

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson, Éditions de L’Olivier

Date de parution : 03/05/2012  
Article publié par Celeste le 6 juin 2012 dans la catégorie Grand vin

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