Grand vin

Le Patient du docteur Hirschfeld – Nicolas Verdan

4ème de couverture : Karl avait laissé l’Europe derrière lui, en mars 1939. Depuis ce jour, le port de Hambourg n’a jamais fini de disparaître dans la brume. Aujourd’hui, Karl découvre Tel Aviv en un seul coup d’œil, sa ville scintillante, dans la lumière matinale. Il voit la côte jusqu’à Haïfa, les montagnes de Judée. Pour la première fois, Karl sait où il vit. Cette bande côtière, ces oliveraies, ces champs d’orangers, ces pâturages, ces collines pelées, c’est chez lui. Il ne s’est jamais senti aussi israélien qu’aujourd’hui. Cela ne le rend pas heureux pour autant.

Mais quitter ce pays, qui lui apparaît aujourd’hui minuscule, le tranquillise.

Son existence d’après l’Allemagne est déterminée géographiquement. Déjà ça. Le jour de son arrivée à Haïfa, il n’avait découvert qu’un bassin saumâtre, écrasé de chaleur, puant l’huile et le poisson. Tout ce qui avait suivi, la capitainerie envahie par les mouches, la file devant les toilettes (où il vit son premier Arabe, lavant le carrelage à grande eau), la paperasse, les autobus alignés, avec des noms de villages inconnus, chacun son bled, pas le choix, les soldats britanniques en short, tout ça, ce n’était pas un pays. Juste un tri sur le quai. Une loterie, sans ombre, sous un soleil trop fort.Le patient du docteur Hirschfeld

L’avion vibre, le bruit des moteurs est assourdissant. Karl regarde Anat. Elle semble détendue. Elle a posé ses mains sur ses jambes. Elle se tient droite sur son siège. Elle ne lui fait pas peur, elle est gentille, il n’a pas envie de la décevoir. Karl accepte la situation. On fait appel à son passé, pour une fois. Anat et les autres s’intéressent à lui. Ils ne l’ont pas vraiment forcé. Disons qu’il se laisse faire. C’est aussi une manière pour lui de reprendre ses droits. Jusqu’ici, personne ne s’est jamais soucié de ce qui avait bien pu se passer avant son arrivée en Palestine.

Palestine : encore un mot qui n’a plus lieu, une étape, une attache provisoire, avant cet Israël, cette patrie qu’il n’avait jamais rêvée et qu’on a fini par lui tamponner sur son passeport tout neuf.

Mon avis :

Karl Fein est un « déviant » selon les standards sexuels SS, et de plus, il est juif… Il peut fuir en 1939 vers Israël. En 1958 le Mossad le contacte pour retrouver une liste des patients du Dr Magnus Hirschfeld qui avait crée un centre de sexologie à Berlin.

On suit le personnage sur les deux époques. Dans le Berlin caché de la période nazie, et ensuite en 1958, lors de sa collaboration avec le Mossad dans la recherche des criminels nazis. En sa compagnie, J’ai visité le Berlin de 1933 et j’ai eu l’impression de le découvrir. On s’y croit.

Il y a plusieurs personnages : des travestis, des SS qui doivent cacher leurs « préférences sexuelles », et tous sont présentés avec leurs faiblesses. Je ne vais pas aller jusqu’à dire qu’ils sont attachants, mais l’auteur les rend « compréhensibles » dans la mesure du possible. Beaucoup d’humanité dans ce monde atroce et inhumain.

J’ai mis un peu de temps à entrer dans le roman. Le sujet n’est pas facile. Une mise en lumière de cette sordide partie de l’histoire, celle de la purification de la race… Le Dr Magnus Hirschfeld est un sexologue allemand, l’un des pères fondateurs des mouvements de libération homosexuelle qui lutta contre la persécution des homosexuels. Lui-même était homosexuel et juif. Son institut et ses études furent brulés par les nazis.

Un livre qui marque.

Le Patient du docteur Hirschfeld de Nicolas Verdan. Éditeur Bernard Campiche

Date de parution : 15/11/2011  
Article publié par Yves Rogne le 25 juillet 2012 dans la catégorie Grand vin

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