Cru bourgeois

L’amour sans le faire – Serge Joncour

Franck a coupé les ponts avec ses parents depuis dix ans… Un peu lassé de sa vie à Paris, il n’a qu’un désir, celui de retourner là-bas dans le Lot et d’y retrouver ses parents. Culpabilité ? Remords ? Il les appelle donc et un petit garçon décroche le téléphone. Il s’appelle Alexandre, comme son frère disparu voici dix ans. Curieuse coïncidence ou simple hasard ? Franck se rend donc aux Bertranges, la ferme où vivent ses parents. Tout a changé, l’atmosphère, le décor, ses parents même sont différents, un peu comme des figurants croisés au milieu d’une foule d’inconnus…

Alors qu’il retrouve ses parents, Franck croise Louise, veuve de feu son frère Alexandre disparu accidentellement et son fils Alexandre, un petit bonhomme de cinq ans, confié à ses grands-parents durant quelques jours.

Entre Louise et Franck le climat est d’abord tendu et étouffant. Mais leurs blessures et leurs tourments finissent par les rapprocher. Louise est peu prolixe mais elle fait montre de beaucoup de compréhension et ses silences et ses regards deviennent éloquents.L'amour sans le faire

Franck veut en savoir plus de toutes ces années sans le moindre signe de vie de ses parents. Louise devient son refuge, son repère, car elle l’aide à reconstruire un peu les liens défaits, à aimer ceux qu’il a dénigrés, à renaître un peu lui-même aussi.

Au fil des jours, il va disséquer les faiblesses de chacun, essayer de les comprendre et, avec l’aide de Louise, tentera de lever les non-dits et les rancœurs qui envahissent sa mémoire.

Le talent de Serge Joncour et sa plume incontestablement belle sauvent de justesse cette sempiternelle histoire de famille fracassée par le deuil et les secrets pesants. L’auteur pose les questions fondamentales : peut-on rebâtir une forteresse si celle-ci est en ruine ? Peut-on faire renaître de ses cendres l’amour que les années d’absence ont un peu éteint ?

Une écriture simple et fluide, un récit empreint de justesse, sans fard ni fausses notes. Indubitablement… Amour et tendresse se côtoient çà et là tandis que les sentiments de culpabilité et l’amertume surgissent bientôt.

Certes, l’auteur livre un récit élégant, voire miséricordieux. Il sonde la vie et le passé de cette famille fissurée tantôt par la mort d’un fils, tantôt par l’absence de l’autre, mais personnellement je n’ai pas été conquise par cette histoire comme il y en a pléthore.

Les auteurs sont-ils à court d’inspiration pour s’attarder à ce point aux blessures du passé, à mettre en exergue les souffrances familiales ? Ont-ils l’humeur triste et maussade pour sonder les âmes au marteau-piqueur ? Amertume ou règlements de compte ?

Un bon roman, certes, mais un sujet approché mille fois…

L’amour sans le faire de Serge Joncour, éditions Flammarion

Date de parution : 22/08/2012  
Article publié par Celeste le 16 septembre 2012 dans la catégorie Cru bourgeois

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