Grand vin

Nos pleines lunes – Sophie Krebs

Nous recevons régulièrement des livres proposés par leurs auteurs, ce qui nous permet de découvrir quelquefois des textes inédits et intéressants, des écrits qui sortent des sentiers battus et rebattus de l’édition classique. « Nos pleines lunes » est publié dans une maison qui pratique le compte d’auteur, un secteur qui a plutôt mauvaise réputation, où règne parfois l’arnaque. Pourtant, force est de constater que le roman proposé est de bonne facture, d’une impression soignée…

Deux voix se succèdent tour à tour, puis se répondent… Deux voix mystérieuses au départ, celle de Laeticia, jeune artiste qui a pour objectif de créer une galerie. Toute son attention est monopolisée par cet objectif, mais ses pensées restent comme accrochées dans le passé, par un événement trouble…Nos pleines lunes

Et puis il y a Lucas, jeune garçon interné dans un institut… Lucas parait étrange, il semble amorphe à son entourage, coupé du monde. En réalité, il cultive un univers intérieur foisonnant, où les mots prennent une résonance étrange. Lucas écrit dans sa tête, il se compose un monde imaginaire… Il voit l’extérieur à sa façon. Il se passionne pour de toutes petites choses, la fête de Noël qui approche, ou simplement un escargot qu’il tente d’apprivoiser.

L’auteure donne une dimension assez particulière à ces deux sphères conjointes. Par de petites touches naïves et chamarrées, elle nous fait entrer dans cette relation étrange entre deux êtres que tout oppose et que tout rapproche. La technique d’écriture, toute féminine, consiste à pratiquer ce que j’appellerai l’homéopathie littéraire, et à ne dévoiler que le minimum vital au lecteur, voire moins, et à entretenir une étrange attente par une esquisse des faits et des pensées. Le lecteur devra (re)composer cette trame, et il en deviendra un second auteur actif. Certes, l’histoire est relativement statique dans sa première moitié, il faut s’accrocher, l’ouvrage tombe des mains, on le reprend… Puis quand tout se précise, vers le milieu, une nouvelle dimension apparait, et on ne regrette pas le temps passé. Cependant aussi, une fois la relation entre les personnages mise à jour, l’histoire devient plus prévisible.

Au final, c’est un récit maîtrisé, qui eût mérité plus grande promotion et distribution. Je ferai quelques petits bémols. Quelques rares fautes d’orthographe, eh oui… Et si l’ensemble m’a touché et parlé, je continue de m’interroger sur certains passages sibyllins, quand d’autres sont riches et profonds. Il m’en reste une excellente impression et l’envie de m’y replonger un jour ou l’autre…

« La passion habite cet enfant. On le sent. Les rayons du soleil levant sont rasants. Il est sûrement encore très tôt. Très tôt pour un enfant de cet âge. Six heures peut-être. Tout au plus.

À cette heure-là, on est plutôt encore en pyjama, dans son lit ou derrière un bol de lait. Mais pas ici. Pas dans cette serre. Debout. Habillé.

Serait-ce un lieu si magique qu’il soit capable de sortir de ses rêveries un petit enfant des plus sensibles, attiré par un mystérieux appât ?

On se questionne.

Alors c’est heureux.

C’est que la photo est bonne. »

Nos pleines lunes – Sophie Krebs. Éditions Baudelaire

Date de parution : 20/11/2012  
Article publié par Noann le 6 mars 2013 dans la catégorie Grand vin

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