Cru bourgeois

La femme de nos vies – Didier Van Cauwelaert

Jurgen, 14 ans, est vacher. Parce qu’il est autiste – on le dit même débile mental – ses parents l’envoient à l’Hôpital d’Hadamar où il fait la connaissance de David, un enfant juif doté d’une intelligence à mille lieues au-dessus de la moyenne dont la mère décédée était une scientifique de renom. Dans ce purgatoire, une grande amitié naît entre les deux garçons malgré le fossé intellectuel et les origines aux antipodes. Tous les enfants qui séjournent dans cet hôpital seront exterminés dans un camp qui pratique les premiers tests des chambres à gaz. Seul David échappera à ce cruel destin. Il sera envoyé dans une école nazie pour élèves au quotient intellectuel très développé. Mais David décide de mourir et cède sa place à Jurgen. Ainsi, le temps de quelques nuits, il va lui donner tout son savoir, toute sa science pour lui offrir un avenir.

Alors qu’Ilsa Schaffner vient quérir David, c’est Jurgen qui l’accompagnera… La scientifique découvre le pot aux roses et se décide malgré tout à aider Jurgen.

Ainsi il intègre une école nazie élitiste. Hissé à une échelle sociale qu’il n’a jamais connue auparavant, il côtoiera des Prix Nobel et deviendra même le bras droit d’Einstein…

Grâce à Elle…

Elle, qu’il retrouvera des lustres plus tard. Va-t-il restituer les pans élimés de sa mémoire ?

L’auteur nous offre un récit d’une grande intensité, mêlant avec brio réalités historiques et fiction. Il nous livre un concentré de sentiments humains qui nous remue l’âme et les tripes. Le style est enveloppé, juste, dénué de clichés. Les mots glissent et s’arc-boutent à l’esprit, ce qui donne au lecteur l’envie d’une balade sans escale jusqu’au mot de la fin. Certes… Mais la fin du récit laisse néanmoins plus perplexe.

La femme de nos viesL’auteur approche des thématiques graves, poignantes mais parvient à insérer entre les lignes quelques touches d’humour, rendant ainsi l’histoire plus accessible. Avec délicatesse, il nous relate les combats de chaque jour pour survivre sous le joug du nazisme, la recherche d’identité et de vérité, l’amitié entre des êtres que rien ne peut rapprocher, l’apprentissage de la vie et de l’amour.

L’auteur ne m’a pas souvent convaincue auparavant… Plus de déceptions que d’enthousiasmes – et je pense entre autres au Prix Goncourt lui décerné en 1994 qui ne m’avait pas enthousiasmée et ce n’est qu’un avis personnel – mais cette fois il signe un récit fort, attachant où l’émotion est omniprésente du début à la fin.

Une belle évocation de la miséricorde, de la recherche des repères dans un monde meurtri, de la solidarité humaine et de la force des retrouvailles qui font resurgir de la mémoire des émotions jadis éprouvées lorsque délivré de l’enfer une étoile brille enfin.

Un beau roman incontestablement, que je conseille vivement, même si à la fin du récit mon enthousiasme s’est un peu émoussé…

À présent, il me faut donner une appréciation et lui attribuer une place dans notre classement. Après moult hésitations et si je pouvais établir de sous-classements, je donnerais trois verres pour l’émotion qui émane du récit, deux verres pour l’écriture et pour la fin un peu moins convaincante… Je trancherai donc et lui octroierai deux verres.

La femme de nos vies de Didier Van Cauwelaert, éditions Albin Michel

Date de parution : 01/03/2013  
Article publié par Celeste le 20 mai 2013 dans la catégorie Cru bourgeois

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