Grand vin

Voyage en italique – Pascal Corazza

L’auteur de « Voyage en italique » nous convie à un double voyage : dans le temps et l’espace. Il nous conte sa recherche assidue et tourmentée de ses origines… Il devra batailler pour retrouver la trace de ses grands-parents, aller d’une maison communale à l’autre, se voir opposer des refus au nom du respect des données privées… Jusqu’au jour où un employé a la bonté de lui laisser accès, en dépit d’une législation qui le lui interdit, à un dossier de famille pourtant sommaire.

Voici notre narrateur lancé dans un périple au nord de l’Italie… Il fera, plus de 80 ans après, le même voyage que ses grands-parents, Maria et Osvaldo. Mais pourquoi suivre la trace de ses grands-parents et non de ses parents ? Peut-être parce que les aïeuls sont le point de départ de la migration. C’est eux qui ont, à l’instar de milliers d’autres, fui cette Italie en perdition, livrée aux griffes de Mussolini, quand le pays peinait à nourrir ses enfants, alors que la France commençait à songer que, tout compte fait, il manquait de main d’œuvre et que l’on pourrait assouplir la politique de l’immigration et même la favoriser.

Voyage en italiqueL’on suivra le parcours de l’auteur dans les reflux de la mémoire, parsemée d’interrogation sur les conditions de l’époque et l’effroi que devait constituer le départ des migrants, l’abandon de son village, et la crainte de l’accueil en terre étrangère… À une époque où Italiens et Espagnols sont accusés de servir la cause fasciste, et d’être une menace plus qu’une aide. La diaspora s’organise pourtant. Aux émigrants, l’état donnera un livret de conseils, où il est recommandé par exemple de cultiver son identité… Souci qui reste encore très vif aujourd’hui, l’on reconnaitra bien le sens patriote des migrants italiens, leur fidélité aux racines, légendaire !

Ce pourrait être le récit d’une vie, une seule, particulière, anecdotique, mais à travers ce témoignage, chacun pourra se projeter, imaginer quel désarroi peut causer l’exil, et la difficulté de l’intégration, que nous avons tous connue de manière diverse. C’est un voyage tout en finesse et en richesse, jalonné de sentiments. Cela reste tout de même une auto-biographie familiale avec ses limitations : le récit garde un côté très intime et personnel, et le lecteur pourrait s’égarer peut-être dans les arcanes de cette famille, ou perdre le fil de cet écheveau dénoué par petites bribes dispersées. On peut toutefois se permettre une lecture dans le désordre, et des relectures de certains paragraphes seront utiles. Quant à l’écriture, elle est ouvragée, avec un vocabulaire riche et un sens du détail, qui nous plonge dans une vive réalité.

Voyage en italique de Pascal Corazza. Éditions Transboral

Date de parution : 23/03/2013  
Article publié par Noann le 21 juillet 2013 dans la catégorie Grand vin

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