Cru bourgeois

Les Indociles – Murielle Magellan

La vie d’une femme, et pas n’importe qui. Olympe est gérante d’une galerie d’art à Paris, qui prospère grâce à son caractère bien trempé. Son côté baroudeur et ses frasques ont fait d’elle un personnage de premier plan dans le monde de la peinture. Ses choix en tableaux sont aussi vifs et éphémères que ses aventures amoureuses. Olympe n’a que faire des états d’âmes apparemment. Pourtant, si a priori aucune émotion ne l’affecte, c’est un personnage plus contrasté qu’il ne paraît. C’est lors de la venue d’un client assez particulier que l’écheveau vacille. Paul, un scientifique, veut offrir une toile, mais il ne dispose que d’un petit budget. Olympe n’est pas intéressée de prime abord par ce genre de client fauché, pourtant elle ne le laisse pas filer. Elle lui trouve un tableau de Solal, un peintre tombé dans l’oubli, sorte de nounours mal léché qui vit reclus dans un quartier sombre de Perpignan. L’empire d’Olympe vacille, entre Paul qui l’attire mais n’est décidément pas une proie facile, et l’impertinent Solal. Deux opposants aussi redoutables qu’elle, d’une autre manière…

L’écriture de ce roman fait penser d’une certaine manière à une pièce de théâtre. Le personnage d’Olympe est sublimé, transcendé par un style vif et emporté, comme s’il fallait convaincre le spectateur du fond de la salle et le tirer sans cesse de sa torpeur. Chaque chapitre se présente comme une scène, avec un fil conducteur plutôt ténu, une intrigue en pointillés. Le personnage principal mène la danse d’un bout à l’autre, tandis que les autres sont au second plan le plus souvent, un peu comme des figurants. indocilesOn suit avec délice les frasques de cette jeune femme pleine de vie,tourmentée aussi, qui semble ne jamais se satisfaire de rien et est toujours à la recherche d’un absolu impossible à définir. En quelque sorte, elle éprouve les tourments de l’artiste, l’incompris, le perpétuel insatisfait. Celui qui est toujours dans le doute aussi, aussi. En cela, ce roman décrit parfaitement le monde un peu fou et sans cesse en quête de pistes, qui est celui de l’art. Un monde où rien n’est jamais éternel et tangible, mais constamment sur le devenir. C’est une belle réflexion sur ce microcosme, sur les relations compliquées entre l’engeance du commerce et la sphère du créatif… C’est aussi une esquisse de la problématique amoureuse, en écho, la recherche de l’amour, sous toutes ses formes, que ce soit la classique ou les autres, l’homosexuelle, la bisexuelle… Sans que cette recherche aboutisse vraiment, comme n’aboutit jamais vraiment la recherche de l’œuvre d’art parfaite et indiscutable. Un monde riche de ses différences et de ses contradictions.

« Ils sont assommés par cet échange qui les ramène à ce qu’ils sont : des indociles. Des marcheurs de côté. des êtres qui échappent à la définition. Ils ne se  sont jamais pliés à une seule loi, une seule façon d’aller au monde. Ils sont conventionnels, puis ne le sont plus. Réactionnaires puis profondément ancrés dans leur époque. Ils ne pensent pas en « école », en « tendance », en « famille ». Ils ne veulent entraîner personne derrière eux, ni créer de courants qui seraient des courants d’air. « 

Les Indociles de Murielle Magellan

Date de parution : 11/01/2016  
Article publié par Noann le 11 janvier 2016 dans la catégorie Cru bourgeois

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