Cru bourgeois

Lettres non-écrites – David Geselson

Un metteur en scène et auteur nourrit le projet de demander aux spectateurs de rédiger avec lui une lettre jamais envoyée. En 35 minutes, il exposera le sujet et donne 45 minutes aux participants pour écrire. Ainsi, des quatre coins du monde, de la plume d’écrivains en herbe seront couchés sur papier des mots d’amour, de pardon, des émois, mais aussi des mots de haine, des regrets, des désarrois, des perditions. Chacun ira de son expérience personnelle, de ses passions, de ses heurts, de ses fissures aussi, en vrac, en ne se doutant pas une fois que de ces échanges épistolaires, naîtra un projet théâtral.

De ces fragments de vie, ce ballet d’échanges de mots jamais dits, de mots criés au fond du cœur, de chaos, d’exaltations, ourdit l’élaboration d’un recueil de lettres tues jusqu’ores. Et c’est de là que fleurira la pièce de théâtre tant espérée par le metteur en scène.

Un recueil de lettres intéressant, qui érige un projet longuement mûri par l’auteur qui s’est imaginé écrivain public pour mettre en scène la parole de spectateurs, futurs bateleurs. Et soudain, la vie des protagonistes devient une pièce de théâtre. Pour réaliser son projet, l’auteur a sillonné les théâtres d’une ville à l’autre pour proposer aux spectateurs qui en sont désireux de rédiger la lettre qu’ils n’ont jamais osé écrire, lesquelles seront lues ensuite par des comédiens et par David Geselson lui-même, lors de prochains spectacles.

De cet assortiment de lettres fleurira bientôt de nombreux spectacles tous destinés à donner une chance à des comédiens novices, improbables, qui se voient désormais partager leurs bouts de vie et les déclamer sur les planches, une occasion à saisir pour tous ces comédiens de fortune que de divulguer un pan de leurs vies, mis en exergue à présent.

À ce titre, les acteurs seront un enfant, un frère, une mère, un père et sa fille en plein courroux, un amour, une amante, un mari plus jeune que son épouse. L’on passe tantôt du rire aux larmes, des appels au secours à la sérénité, des bleus à l’âme aux lendemains plus apaisés, des écorchures du cœur aux matins exaltés, tous ces sentiments gardés scellés et enfouis dans les tréfonds de l’âme, de la plume interdite tout à coup trempée dans l’encre douce-amère, de murmures de parloirs enfin hurlés.

Lettres non écritesDes mots qui virevoltent, s’arc-boutent dans un écrin que l’on désirerait conserver dans les tiroirs de notre âme, pour que jamais plus ils ne soient oubliés mais psalmodiés sur toutes les scènes du monde, histoire de les mémoriser, une fois le livre refermé, aller pouvoir entendre sur scène et poursuivre encore et encore l’objectif espéré par l’auteur et le metteur en scène de toucher, émouvoir, laisser dans chaque cœur une trace indélébile de ces instants livrés et partagés.

Férue des belles lettres d’antan, lorsque l’on s’écrivait et disait – car il n’existait alors d’autre moyen de communication que les mots dits tout bas et ceux griffonnés, ou encore déclamés, que l’on couchait sur le papier ses émois, je me suis laissée porter par ce roman épistolaire et insolite. Mon seul regret serait peut-être que ce récit ne se rapproche un peu trop du scénario plutôt que du roman et ressemble en cela plus à un syllabus destiné aux futurs comédiens qui entrent à l’académie ou au Conservatoire…

Lettres non-écrites de David Geselson, éd. du Tripode

Date de parution : 1 mars 2021  
Article publié par Catherine le 23 mai 2021 dans la catégorie Cru bourgeois

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