Cru bourgeois

La chair – Rosa Montero

Soledad a 60 ans, vit seule. Son amant l’a quittée et elle n’encaisse pas une telle injure. Ainsi se décide-t-elle de louer, le temps d’une soirée à l’opéra, les services d’un gigolo trentenaire, dans le seul but de rendre jaloux son amant indélicat. Mais pendant ce temps, s’ourdissent de sombres machinations auxquelles la belle sexagénaire avide de plaisirs de la chair ne s’attendait pas et qui la conduiront dans un cul-de-sac. La personnalité de Soledad est à la fois ambiguë et attachante. On la comprend et s’émeut de ce petit supplément d’âme qui la caractérise. Cette façon qu’elle a d’approcher le délicieux danger avec lucidité et humour nous touche et nous rapproche d’elle.

Dans cette histoire trouble et sulfureuse, Soledad se débat avec acharnement et ironie aussi. Et son histoire semble rejoindre celle des écrivains réprouvés qu’elle présentera à la Bibliothèque nationale.

La chairUn roman au titre alléchant qui parle des affres du temps qui passe et nous délabre, mais aussi d’amour, de littérature et du destin qui fait parfois un virage à 180°.

L’héroïne, tantôt émouvante, tantôt exaspérante de dérision nous entraîne d’un bout à l’autre dans ses aventures au parfum de stupre et de débauche, qu’on lui pardonne volontiers car derrière cette envie irrépressible de sexe, se cache une femme attendrissante, vieillissante, désarçonnée d’avoir été larguée par son amoureux, parti pour une femme plus jeune et enceinte de ses exploits…

La deuxième partie du récit donne quelques rebondissements inattendus. Entre le jeune apollon et Soledad se tissent des liens troubles qui font ressurgir des fragments du passé, que je me garderai de dévoiler ici.

Le style pétillant et limpide et la plume désinvolte, mouillée d’humour, donnent à ce roman un caractère de journal intime d’une femme en quête de séduction, se gavant des délices de la chair pour refouler les dommages du temps…

Puisqu’il me faut enfin attribuer à ce roman un classement dans notre site, je ne lui donnerai que deux verres.

Autant cette histoire m’a beaucoup amusée, autant j’ai été déçue par le manque d’originalité de la thématique, sommes toutes assez banale…

La chair par Rosa Montero, éd. Métailié

Date de parution : 12/01/2017  
Article publié par Catherine le 23 février 2017 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Le meilleur des amis – Sean Rose

Attaché à ses origines et déterminé à suivre un parcours sans anicroches ni détours, il fait de brillantes études à Paris. Après une longue thébaïde, le narrateur revient au domaine pour revoir Thibaut, l’ami disparu, son meilleur ami, qu’il a trahi. Une longue amitié invincible qui s’est soldée par une trahison, quoi de plus impensable quand celle-ci était riche de confidences, d’échanges intimes, de fous rires inoubliables, de complicité. Des passions communes, la littérature et le cinéma, les réunissent souvent, resserrent plus encore leurs liens d’amitié. Et entre eux, il y a la jolie Camille, le rayon de soleil qui s’immisce voluptueusement, laissant une porte entr’ouverte…

Le narrateur retrouve son ami bordelais, Thibaut et à travers lui, Camille, qu’ils aimaient tous les deux. À son tour, Camille n’avait pu choisir. Elle aimait Thibaut mais aussi son ami. Et tour à tour, ils s’arrachent les uns aux autres pour se retrouver dans un huis-clos amoureux, à l’instar de Jules et Jim. le meilleur des amisEt c’est là que surgissent les appréhensions, les angoisses, les attentes, les déchirures, l’envie ardente de retrouver l’autre, cet autre aimé, interdit.

Et, alors que Thibaut et Camille pansent, fût-ce quelque temps, son cœur meurtri, le narrateur s’enfuit et abandonne tout à coup leur alcôve imposée, l’univers maudit de ce trio diabolique.

L’auteur dépeint l’histoire d’un destin amoureux improbable, qui sonne le glas de l’amertume et de la désillusion, laisse le cœur exsangue et meurtri. Un récit qui parle aussi d’un amour, le plus beau qui soit, celui qui vous remplit de fougue et d’émoi, quitte à ce que la chute soit irréversible.

Ainsi, ne vaut-il pas la peine de vivre cet amour à perdre la raison, à brûler son âme sur le bûcher de la raison et de la morale bien-pensante, et embraser quelques fragments de vie pour renaître de la morosité d’antan ?

Une écriture délicate, un style élégant, bien rythmé, donnent à ce récit l’effet d’un pas-de-deux enlevé ou d’une rumba endiablée qui invitent à rejoindre la piste de danse.

L’histoire d’une trahison qui prend un virage à 180°, un chemin de traverse…

Le meilleur des amis par Sean Rose, éd. Actes Sud

Date de parution : 04/01/2017  
Article publié par Catherine le 8 février 2017 dans la catégorie Grand vin
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Grand vin

La danse de l’araignée – Laura Alcoba

Une tour HLM à Bagnolet en banlieue parisienne, de laquelle la vue est imprenable… Du moins c’est ce qu’en dit Laura, une petite fille de 12 ans, d’humeur joyeuse et tout éblouie lorsque de sa fenêtre, elle aperçoit Paris, enfin, le périphérique et la tour Saint-Jacques au loin. Elle vit là-haut entourée de sa mère et d’Amalia, une amie sud-américaine et se réjouit de ce nouveau chemin de vie. Entre le collège, les garçons, sa copine Fatou à l’opulente poitrine, la vie coule doucement, jalonnée de joie et d’allégresse.

Elle correspond par écrit avec son père, prisonnier politique en Argentine, lui parle de sa passion essentielle, la lecture. Dans sa correspondance prolixe adressée à son père, elle jongle avec le passé en Argentine et le présent, son installation à Paris, où l’irréel s’immisce subtilement.

La danse de l'araignéeLa petite Laura est attendrissante et l’on suit avec plaisir les péripéties de cette gamine déjà très mature qui raconte tout de go les étapes de sa vie, ses premiers achats de lingerie, ses rencontres avec les garçons et les nouvelles copines, qu’elle invitera à partager un gâteau. Et pendant ce temps-là, les échanges épistolaires avec son papa emprisonné en Argentine deviennent de plus sincères et empreints d’une véritable complicité, les rapprochant plus encore, même s’ils sont aux antipodes l’un de l’autre. Et le lecteur se sent un peu le témoin du combat mené par Laura pour garder le courage d’affronter avec l’adversité et la distance d’avec son père. L’on sent qu’on fond d’elle, il y a des pleurs larvés qui attendent que les soupapes se brisent…

Je n’ai hélas pas lu les précédents romans de Laura Alcoba mais celui-ci, pris en quelque sorte comme un train en marche, m’a néanmoins émue et replongée dans les années 80, riches d’innovations, de découvertes, que l’auteure évoque amplement dans ce nouvel opus.

Un roman succinct, délicat et fort à la fois. À travers une plume baignée de rosée et de fraîcheur mais aussi mouillée de mélancolie parfois, l’auteure nous émeut et nous livre un message profond, une histoire en camaïeu de gris clair et gris foncé…

La danse de l’araignée par Laura Alcoba

Date de parution : 03/01/2017  
Article publié par Catherine le 29 janvier 2017 dans la catégorie Grand vin
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érotique

La Seconde Vie d’un olisbos – ChocolatCannelle

Présentation de l’éditeur :

Un conte érotique chinois dans lequel deux sœurs usent d’un olisbos trouble Jeanne, stagiaire au musée du Quai Branly. Ce jouet de bois est celui-là même qui figure dans l’exposition que Jeanne prépare sous le regard attentif de son tuteur.

Passé et présent se rejoignent dans cette nouvelle érotique.

Mon avis :

Voici un texte érotique comme j’aimerais en lire plus souvent. Le style d’abord, précis, ouvragé comme une estampe orientale, avec un vocabulaire riche et une syntaxe irréprochable. Rien que la forme est un régal. L’histoire quant à elle est simple mais néanmoins astucieusement conduite. Il y a une histoire dans l’histoire ; au récit de cette jeune assistante qui tombe sous le charme de son supérieur se greffe un retour dans la Chine ancienne, du temps où les maris ne se préoccupaient guère de la satisfaction de leurs épouses – mais ce temps est-il bien révolu ? la seconde vie d'un olisbos

L’expression est savoureuse, avec un goût suranné, châtié, léger et toutefois licencieux, dévoilant une perversion douce et tranquille. L’ambiance orientale, réfléchie et méthodique, est subtilement recréée, et en quelques traits, nous voilà plongés dans le monde secret de deux sœurs complices jusque dans la débauche. L’art de créer un univers en quelques mots.

Extrait :

« Alors que sur sa couche, elle cherchait le repos, lui vint cependant une idée. Elle sortit le livre de sa cachette et le compulsa à la hâte jusqu’à la page qui apporta une solution à son inquiétude. Inutile pour Dajie de prendre un jeune amant vigoureux et agile pour câliner sa solitude ! Il existait un autre moyen de combler la béance de ses chairs, qui la placerait hors de danger des commérages et lui épargnerait la vengeance de l’époux outragé, si parvenait à ses oreilles le récit de son inconduite.

C’est ainsi que, dès le lendemain, Xiang s’enquit d’un fabricant d’objets de plaisir. Elle parlementa avec une entremetteuse pour se faire livrer au plus tôt un manche à femme, de taille médiane seulement, car elle se doutait qu’après avoir goûté à un olisbos d’envergure, Dajie ne pourrait se satisfaire des maigres prouesses d’un mari venu, entre deux procès, répandre sa pluie fertile. »

 La Seconde Vie d’un olisbos de ChocolatCannelle

Date de parution : 20/01/2017  
Article publié par Noann le 26 janvier 2017 dans la catégorie érotique, Grand vin
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Cru bourgeois

Danser au bord de l’abîme – Grégoire Delacourt

Emma est une femme heureuse. Entre Olivier, un mari aimant qui a un emploi honorable, trois beaux enfants et une amie avec qui tailler la zone, une confidente à qui elle peut tout dire, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes donc…

Jusqu’à ce jour où, dans une brasserie à l’heure du midi, elle croise le regard profond et sensuel d’Alexandre. Elle est d’emblée séduite et alors que celui-ci dépose sur sa bouche un baiser doux et chaud, elle chavire. Des semaines durant, elle ne cesse de penser à Alexandre, à ces instants fugaces qui lui ont fait tourner la tête, lui ont mis le cœur à l’envers. Elle se met à gamberger… Et si ce moment enivrant faisait basculer sa vie désormais, cette vie sans anicroche, sans heurts, qui fléchit à présent le temps d’un baiser ?

Il n’en faut pas plus pour briser le cœur d’une femme, entraînant dans sa chute une famille sans histoires jusqu’ores. Certes, Emma est déchirée entre l’époux et l’amour ronronnant qui s’y accroche et l’amant qu’elle pourrait aimer parallèlement.

À travers son héroïne, l’auteur épluche l’âme soudain meurtrie, les émotions qui font perdre pied, les délices du désir et les dégâts que peuvent engendrer tout à coup un flash, un moment d’égarement. Et il se pose une question essentielle : le désir peut-il remuer à ce point le cours de notre vie fragile, donner à notre cœur de violentes secousses, nous inciter à suivre un autre chemin, à faire un virage à 180° ? Au fil de la lecture, nous nous sentons de plus en plus proches d’Emma dans ce qu’elle donne de ses failles, de ses émotions, de ses désarrois intérieurs aussi.

danser au bordL’auteur traduit à merveille le chaos intérieur que subit Emma face à son destin. Doit-elle suivre ce que son cœur lui dicte et tout laisser tomber pour un émoi, un soubresaut, un chemin de traverse, une escapade sans retour ou bien se claquemurer dans une vie bien modelée, une trajectoire sans faux-pas, mais sans passion, sans fougue aussi…

Le récit commence par une rencontre improbable, la naissance d’un désir, d’une folie, puis s’ensuivent les affrontements, les regards de reproches que connaîtra Emma avec son mari, ses enfants et sa mère avec qui les relations se dégradent encore plus. Et à partir de cela, l’histoire souffrira d’interminables atermoiements et longueurs qui m’ont presque donné l’envie de refermer le livre sans le reprendre ensuite…

J’en arrive donc au classement de ce roman sur notre blog… Après moult réflexions et pour les très beaux moments du début, je lui attribuerai deux verres.

Danser au bord de l’abîme par Grégoire Delacourt, éd. JC Lattès

Date de parution : 02/01/2017  
Article publié par Catherine le 22 janvier 2017 dans la catégorie Cru bourgeois
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vin de table

Maman est en haut – Caroline Sers

Cerise, quarante ans révolus, vit seule avec ses deux enfants. Un soupçon hypocondriaque, mais toujours attentive à tous, responsable, elle se pose mille questions. Pourquoi lui a-t-on toujours imposé de tout gérer ? Devant un verre de vin, elle gamberge… Entre un mari désireux de revivre avec elle, un boulot qu’elle voudrait quitter et ses deux enfants, de vrais petits garnements qui lui donnent du fil à retordre, une mère fantasque, Cerise fléchit. Déjà petite, sa mère lui confiait son frère lors de ses sorties et puis plus tard, lorsqu’elle s’est mariée avec un homme dilettante, elle devait tout assumer. À présent qu’elle est divorcée, elle ne connaît guère d’accalmie puisque c’est de Marie, sa mère, qu’elle doit se soucier. Un matin d’ailleurs, celle-ci lui téléphone et lui déballe ses dernières péripéties. Le discours est lancinant, comme à l’accoutumée. Cerise n’y prête pas attention et à la question qui tue « j’ai eu raison n’est-ce pas ? », Cerise marmonne quelque vague affirmation. Car pour une fois, elle est bien décidée à résister.

Le soir, elle reçoit un appel de la gendarmerie l’informant que sa mère est en garde à vue… Mais bon Dieu, qu’a-t-elle pu faire pour en arriver là ? Cerise n’en saura rien…

maman est en hautAlors que la mère est libérée de sa garde à vue, celle-ci invite toute la famille. Dans ce huis-clos ressurgissent des tensions et l’atmosphère est pesante à souhait. Chacun y va de ses rancunes, de ses tragédies et Cerise explose de ne pouvoir enfin braver les vents contraires que souffle sur elle cette famille bancale, parler de ses ressentis, de ce que la quarantaine lui insuffle de souffrances intérieures.

L’auteure scrute avec brio les relations familiales dans ce qu’elles donnent de joyeux et de plus grave. Ici, c’est à coup de marteau-piqueur qu’elle fracasse l’intime pour nous relater ce qu’elle a retiré de ses sondages. L’humour corrosif s’immisce dans les dialogues entre les membres de cette famille explosée. Le ton de l’histoire sonne juste, certes, le style est tantôt enlevé, tantôt plus ralenti, voire ronronnant.

Hélas, je déplore une fois de plus la banalité de la thématique, qui traite d’une sempiternelle histoire de famille, avec ce qu’elle porte comme fardeaux et rancunes, jadis tus, qui ressurgissent au gré de dîners ou réunions, sous l’égide de celle qui est « en haut » sur l’arbre généalogique.

Juste un bon livre, sans plus.

Maman est en haut par Caroline Sers, éd. Buchet-Castel

Date de parution : 03/10/2016  
Article publié par Catherine le 8 janvier 2017 dans la catégorie vin de table
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Cru bourgeois

Un si long chemin jusqu’à moi – Fabienne Périneau

En ce jour de 2010, à l’aéroport de Roissy, tout le trafic aérien s’est arrêté à cause d’un volcan islandais en éruption, qui s’est réveillé soudain après des décennies de sommeil, semant en cela une solide pagaille. Entre les gens qui courent d’un côté à l’autre et ceux qui râlent d’être cloués au sol, il y a Arielle, restauratrice de tableaux et Mathieu, obstétricien réputé qui devaient s’envoler pour le Japon. Non seulement leur vol est annulé mais ils ne trouvent aucun taxi pour les ramener à Paris. Alors qu’Arielle fait montre d’indolence, Mathieu est furieux, surexcité et pique une colère. Au milieu de la foule en délire, Arielle gamberge, pense à Daniel, son frère jumeau décédé inopinément il y a quelques mois. Elle pleure encore et encore et ne reçoit aucun soutien de son mari qui, a contrario, la malmène et la dénigre. À travers ses larmes, elle voit au loin un homme au visage apaisant et réconfortant, Jack, qui se propose d’emblée de les conduire à Paris. Pour Arielle, qui vit sous le joug de son mari, un pervers narcissique qui l’oblige à se plier à tous ses désirs, c’est un peu comme un cadeau du ciel.

Alors que leur relation ne fait que s’envenimer, et plus encore lorsque Arielle, qui cumule les fécondations in vitro, fait une fausse couche à la sixième d’entre elles. Ce drame qui frappe Arielle devient une sorte d’occasion inespérée pour Mathieu, cet obstétricien de renom qui n’a jamais connu d’échec pendant toute sa carrière. Désormais, elle deviendra sa chose et devra se plier à tous ses fantasmes, ses délires pervers. Cela déjà fait huit ans qu’il la manipule en faisant le vide autour d’elle, en l’éloignant de ses amis et de sa vie professionnelle. À présent, il va se jouer d’elle comme d’un vulgaire objet.

un si long cheminArielle se demande ce qui lui reste alors de la vie. Dans ce huis-clos oppressant, elle se débat mais un secret enfoui, jusqu’ores va-t-il lui permettre de garder la tête haute, de se sauver de cet enfer ? Est-ce le souvenir de Jack, celui du volcan maudit ? Elle se décide enfin à sortir de ce chaos conjugal et de cette sinistrose existentielle. Vaille que vaille, elle se reconstruit…

Un récit énergique qui nous plonge en plein abîme de l’âme fissurée d’une héroïne en perdition, bercée entre souffrance et désarroi. Ce roman, certes bouleversant, nous remue à l’intérieur, nous insuffle dans le cœur une bourrasque que l’on a du mal à braver. Les chapitres se suivent et s’enchevêtrent, haletants, suffocants et l’atmosphère pesante nous met les nerfs en pelote, jusqu’à frôler parfois même l’agacement. À tout le moins, c’est mon ressenti.

L’auteur donne à son roman une allure de drame psychologique qui pourrait nous concerner tous, hommes et femmes, jetés en pâture dans ce monde moderne qui nous désole et nous détruit. Une très belle plume sans aucun doute mais ce roman ne laissera pour ma part en mémoire qu’un souvenir fugace.

Troublant, déchirant… Mais épuisant aussi.

Un si long chemin jusqu’à moi par Fabienne Périneau, éd. Denoël

Date de parution : 22/09/2016  
Article publié par Catherine le 13 décembre 2016 dans la catégorie Cru bourgeois
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Grand vin

Les contes défaits – Oscar Lalo

Voici venir les vacances, le train-train… Et cette manie qu’ont les parents d’envoyer en colonies leurs enfants. Pas dans n’importe quelle pension certes puisque celle-ci est destinée aux enfants de riches. Ainsi, comme chaque année, frère et sœur se retrouvent cloîtrés dans une geôle dorée tenue par un couple bizarre. Dans ce huis-clos de non-dits résonnent en écho les malveillances du couple maudit et tôt ou tard, la vérité se dévoile en toile de fond et le chemin qui mène à celle-ci est jalonné d’étranges péripéties et d’intentions nauséabondes créées par les gestionnaires de la pension.

Et l’auteur nous parle à cœur ouvert et nous livre une partition parfaite de la danse macabre que lui évoque cette colonie BCBG, espace de solitude, exil imposé où il n’est pas rare qu’il se passe même des abus sexuels.

Un roman succinct, magistral, qui sonde les abîmes de nos mémoires, vous touche en plein cœur et remue les tripes tant le message est intense et lourd de sens. Dès les premières pages, le la est donné sur la gamme des mots et le ton du récit ne sonne jamais faux. Avec enthousiasme, on se laisse porter jusqu’au mot de la fin sans faire de pause, sans escale.

les contes defaitsDans cette intimité dévoilée, l’auteur nous parle de ses vacances en colonies de vacances, de celles qui s’adressent à des enfants de parents nantis, mais qui ne sont pas dénuées d’horreurs et maltraitance… Et de ces séjours, l’auteur garde un souvenir amer, une profonde tristesse. Car le couple gardien de cette pension ne cesse de voler aux enfants leur candeur, leur inflige des images infâmes d’un monde adulte équivoque, allant de la punition par l’humiliation aux actes honteux de pédophilie.

Ainsi, l’auteur en est ressorti l’âme en plein chaos et a attendu d’avoir 65 ans pour coucher sur papier les désarrois de son enfance, qu’il porte en lui à jamais.

Un premier roman convaincant pour cet auteur senior sensible qui nous livre des parcelles de son enfance, surtout de celles moins belles des adultes qui imposent le silence, condamnent aux non-dits, empêchent de rêver, et s’adonnent à des jeux pervers et à la maltraitance.

Délicatesse, pudeur et poésie sont les notes de cœur de ce roman. En note de fond séjournent le trouble et le chagrin, doucement retracés…

J’ai beaucoup aimé.

Les contes défaits par Oscar Lalo, éd. Belfond

Date de parution : 28/08/2016  
Article publié par Catherine le 5 décembre 2016 dans la catégorie Grand vin
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Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne