Cru bourgeois

La renverse – Olivier Adam

Alors qu’au journal télévisé, l’on annonce la mort accidentelle de Jean-François Laborde, ancien maire et ancien ministre, dont la carrière était souillée par une condamnation pour viols et agressions sexuelles, cette nouvelle tragique remue l’âme d’Antoine, libraire solitaire et déprimé émigré en Bretagne. Antoine qui, dix ans plus tôt, encore adolescent, avait renié sa famille suite à des faits qui s’étaient produits, au caractère honteux, ignobles, et dont il ne s’est jamais tout à fait remis. Il se remémore toute la sournoiserie qui entoure la bourgeoisie de province et lorsque surgit un événement mélangent sexe et politique, Antoine découvre que toute sa famille y est étroitement associée. Entre une mère infâme et un père veule, les deux fils se retrouvent les proies directes du déluge de mensonges et d’hypocrisie des parents.

Et derrière ce fait divers inventé mais qui ne manque pas de nous rappeler que le personnage principal ressemble étrangement à une personnalité politique bien connue, l’auteur se rebiffe, rue dans les parois du monde actuel, qui s’abreuve de fourberie et d’imposture, une société de pacotille qui s’ébat dans des méandres de cruauté et d’indifférence. la Renverse

L’auteur livre ici tout son fiel à l’encontre d’une société BCBG d’après 68, règle ses comptes à l’envers des médias, d’un monde corrompu qui ne communique plus mais se retranche derrière la lâcheté et l’égoïsme, évite subtilement l’affrontement pour ne pas avoir à se justifier.

À travers une écriture ciselée et vigoureuse, l’auteur nous entraîne une fois encore dans les tréfonds de son âme révoltée et meurtrie par les désastres que la famille peut engendrer, un cœur gorgé de souvenirs qui ressurgissent au moindre fléchissement, même s’ils sont toujours traduits à travers un personnage fictif.

Un récit coup de poing à la fois enragé et moralisateur qui nous invite à faire ressortir nos souvenirs enfouis et à méditer plus qu’à nous fâcher – ce que nous laissons le soin à l’auteur de faire à notre place – sur une société en pleine dérive.

Comme à l’accoutumée, je me suis délectée de la plume d’Olivier Adam mais regrette toutefois qu’entre les lignes s’immiscent une trop grande morosité et un sentiment larvé de profonde mélancolie…

La renverse d’Olivier Adam, éd. Flammarion

Date de parution : 06/01/2016  
Article publié par Celeste le 17 janvier 2016 dans la catégorie Cru bourgeois
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Les Indociles – Murielle Magellan

La vie d’une femme, et pas n’importe qui. Olympe est gérante d’une galerie d’art à Paris, qui prospère grâce à son caractère bien trempé. Son côté baroudeur et ses frasques ont fait d’elle un personnage de premier plan dans le monde de la peinture. Ses choix en tableaux sont aussi vifs et éphémères que ses aventures amoureuses. Olympe n’a que faire des états d’âmes apparemment. Pourtant, si a priori aucune émotion ne l’affecte, c’est un personnage plus contrasté qu’il ne paraît. C’est lors de la venue d’un client assez particulier que l’écheveau vacille. Paul, un scientifique, veut offrir une toile, mais il ne dispose que d’un petit budget. Olympe n’est pas intéressée de prime abord par ce genre de client fauché, pourtant elle ne le laisse pas filer. Elle lui trouve un tableau de Solal, un peintre tombé dans l’oubli, sorte de nounours mal léché qui vit reclus dans un quartier sombre de Perpignan. L’empire d’Olympe vacille, entre Paul qui l’attire mais n’est décidément pas une proie facile, et l’impertinent Solal. Deux opposants aussi redoutables qu’elle, d’une autre manière…

L’écriture de ce roman fait penser d’une certaine manière à une pièce de théâtre. Le personnage d’Olympe est sublimé, transcendé par un style vif et emporté, comme s’il fallait convaincre le spectateur du fond de la salle et le tirer sans cesse de sa torpeur. Chaque chapitre se présente comme une scène, avec un fil conducteur plutôt ténu, une intrigue en pointillés. Le personnage principal mène la danse d’un bout à l’autre, tandis que les autres sont au second plan le plus souvent, un peu comme des figurants. indocilesOn suit avec délice les frasques de cette jeune femme pleine de vie,tourmentée aussi, qui semble ne jamais se satisfaire de rien et est toujours à la recherche d’un absolu impossible à définir. En quelque sorte, elle éprouve les tourments de l’artiste, l’incompris, le perpétuel insatisfait. Celui qui est toujours dans le doute aussi, aussi. En cela, ce roman décrit parfaitement le monde un peu fou et sans cesse en quête de pistes, qui est celui de l’art. Un monde où rien n’est jamais éternel et tangible, mais constamment sur le devenir. C’est une belle réflexion sur ce microcosme, sur les relations compliquées entre l’engeance du commerce et la sphère du créatif… C’est aussi une esquisse de la problématique amoureuse, en écho, la recherche de l’amour, sous toutes ses formes, que ce soit la classique ou les autres, l’homosexuelle, la bisexuelle… Sans que cette recherche aboutisse vraiment, comme n’aboutit jamais vraiment la recherche de l’œuvre d’art parfaite et indiscutable. Un monde riche de ses différences et de ses contradictions.

« Ils sont assommés par cet échange qui les ramène à ce qu’ils sont : des indociles. Des marcheurs de côté. des êtres qui échappent à la définition. Ils ne se  sont jamais pliés à une seule loi, une seule façon d’aller au monde. Ils sont conventionnels, puis ne le sont plus. Réactionnaires puis profondément ancrés dans leur époque. Ils ne pensent pas en « école », en « tendance », en « famille ». Ils ne veulent entraîner personne derrière eux, ni créer de courants qui seraient des courants d’air. « 

Les Indociles de Murielle Magellan

Date de parution : 11/01/2016  
Article publié par Noann le 11 janvier 2016 dans la catégorie Cru bourgeois
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L’Arbre du pays Toraja – Philippe Claudel

« Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d’Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? »

Le narrateur, cinéaste, perd Eugène, son meilleur ami, qui est aussi son producteur. Cette mort lui ouvre la porte à moult réflexions. Ainsi, il fait le compte à rebours de son existence, les rencontres qui ont jalonné sa vie, les visages et les corps qu’il a aimés, les éclats de bonheur que lui ont donné les personnes importantes qu’il a croisées et il s’interroge sur la place que prend la mort dans nos vies et les désastres dans les cœurs lorsque sonne le glas de la fin.

L'arbre du pays TorajaEntre jadis et aujourd’hui, l’auteur dessine les contours de sa vie et retrace les moments qui ont compté plus que tout, les femmes aimées, les rencontres fortuites, la perte d’êtres chers qui laisse exsangue. Mais à travers ce récit, il rend hommage à l’Arbre du pays Toraja, en Indonésie, un tombeau symbole de la foi en la vie. Dans un arbre dont le tronc est vidé, l’on y dépose les corps d’enfants morts puis à l’aide de branchages l’on ferme le mausolée. Après quelque temps, le squelette de l’arbre enserre les corps et les protège, leur donne une sorte de seconde vie.

Philippe Claudel livre ici à huis-clos ses douleurs, ses meurtrissures, surtout celles qu’a engendré la perte de ceux qu’il a aimés. Il dévoile la part sombre de son âme mais nous invite à nous tourner vers la médiation et la quête de repères pour croire encore à la vie, à l’amour, aux instants rares et magiques qui nous gardent vivants.

Ainsi, cahin-caha nous nous promenons dans l’âme entrouverte de l’auteur, l’on s’arrête le temps d’une brève réflexion, l’on reprend ce récit intimiste de vie et de mort et on le referme en envoyant à l’Arbre de Toraja ses vœux les plus chers pour une longue vie car, ma foi, elle en vaut bien la peine…

L’Arbre du pays Toraja de Philippe Claudel

Date de parution : 01/01/2016  
Article publié par Celeste le 7 janvier 2016 dans la catégorie Grand vin
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Les petites rébellions – Jean-Pierre Brouillaud

Henri Brunovilliers est notaire. Il mène une vie rangée, sans la moindre fantaisie, sans une once de déséquilibre, une vie lustrée comme du papier glacé. Mais un jour il est pris d’un accès de folie, son esprit est soudain en pleine effervescence. Un moment d’égarement le conduit à accomplir l’irrémédiable, du moins pour lui en tout cas, lui, si peu enclin à dévier du droit chemin et prendre une route secondaire. Ainsi, il emprunte le métro sans être muni d’un ticket de transport. Et voilà notre homme de loi en pleine dérive… Tout cela pour rejoindre une cliente qui veut léguer sa fortune entière à son chien.

Au cours de son périple, il va croiser des passagers encore plus insensés que lui, tous bien décidés à bousculer la vie de notre malheureux notaire.

les petites rebellionsL’auteur nous transporte dans un univers où le quotidien teinté de gris se colore peu à peu et devient attrayant, comme une sorte d’embellie dans un ciel désolé. Et l’on se prend à se moquer des petites misères de la vie, des lendemains voilés par de gros nuages gris. Et tout devient douce folie et rêve. Et les personnages qui graviteront autour de ce héros vont bousculer son train de vie lisse et irréprochable pour une même quête, celle de la liberté.
Se pose alors une question fondamentale : peut-on trouver la liberté quand l’on est cloisonné dans une vie rigide, sans anicroche, fuir un destin si bien ficelé ?

Et l’auteur nous convainc que tout est possible si l’on dépasse les frontières de l’interdit pour donner un grand coup de balai à la routine. Il nous relate avec allégresse ces petits troubles que nous ressentons tous et l’envie de faire un virage à 180° pour qu’arrive enfin le sentiment de liberté tant espérée.

Un récit succinct baigné de fraîcheur et de délicatesse qui met du baume au cœur et nous fait démarrer l’an neuf de bonne humeur…

Les petites rébellions de Jean-Pierre Brouillaud, éd. Buchet-Chastel

Date de parution : 01/10/2015  
Article publié par Celeste le 1 janvier 2016 dans la catégorie Grand vin
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La femme comète – Alexandre Feraga

À l’aéroport d’Athènes, Andreas tue un homme d’affaires véreux qui doit être jugé pour blanchiment d’argent, fraude à l’État et vol des deniers du plan de sauvetage européen. Tandis qu’à Paris, Édouard est désespéré… Sans emploi, il se morfond dans le pavillon de banlieue de ses parents qu’il dédaigne et écrit des poèmes tristes. Entre une mère, employée au Pôle Emploi et un père agent ERDF, Édouard se désole. Puis un jour, lassé de cette vie de pacotille, il s’en va. Il emporte avec lui un sac à dos contenant son calepin de poèmes et… une bombe. Quelque part en France, à Nantes, Rosa ne se remet pas du suicide de sa mère. En pleine perdition, elle erre sans but, fléchit, chancèle, passe tout son temps à boire et regarder des feuilletons policiers à la télé. Sa sœur jumelle, sportive de haut niveau, tente par tous les moyens de sortir Rosa de sa dépression morbide et la persuade de l’accompagner à Paris, où elle participe à un marathon. À cette occasion, elles vont retrouver leur père, pianiste célèbre, et désespérément absent et impénétrable…

la femme comèteUn récit social qui nous plonge dans le monde d’aujourd’hui, qui s’agite et se perd sous le dais d’un ciel désolé. Mais en toile de fond, il y a çà et là de petites étincelles de bonheur qui surgissent et nous tiennent debout. Un coup de foudre, une histoire amoureuse, un cœur en émoi, et tout semble repartir à zéro.

Quelques personnages à mille lieues l’un de l’autre, se débattent dans un monde funeste, sous le joug de la cruauté et de la désespérance. Alors que rien a priori ne peut réunir ces cœurs meurtris, la poésie et l’amour leur redonnent un souffle d’espoir, un élan de force et de courage.

L’auteur pose ici une question fondamentale : l’amour peut-il guérir le monde, panser les stigmates du passé, gommer fût-ce un instant le désarroi d’ici-bas ? Peut-être… Certes… mais il faut une sacrée dose de poésie et de grâce pour en redessiner les contours érodés, soigner les plaies béantes et jamais cicatrisées …

Et l’auteur nous convainc d’y croire… D’aucuns resteront perplexes, j’en fais partie…

La femme comète d’Alexandre Feraga, éd. Fayard

Date de parution : 30/09/2015  
Article publié par Celeste le 13 décembre 2015 dans la catégorie Cru bourgeois
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Sable mouvant – Henning Mankell

Janvier 2014. L’auteur apprend qu’il est atteint d’un cancer incurable… Alors, pendant ses cinq mois de traitement, il se hâte et écrit un journal intime qui le tiendra debout jusqu’à une hypothétique rémission. Il écrit un récit qu’il intitulera « le sable mouvant » et morcelé en 67 portions de sa vie. Il parle tour à tour de l’annonce du diagnostic qui tombe comme un couperet, du traitement très lourd qu’il subira ensuite et puis de l’apparition d’une étoile dans ce tableau apocalyptique, celle d’une probable rémission.

sable mouvantAinsi, il se livre à cœur ouvert, nous parle de ce pan déchiré de son existence mais aussi de l’histoire de l’humanité, de son regard sur la vie, les épreuves, la mort. Entre chaque ligne s’immisce l’émotion à son paroxysme. L’auteur nous emmène dans le compte à rebours de sa vie, nous parle de ses peurs, celle de la maladie qui s’installe insidieusement, des prémices d’un glissement vers l’enfer des traitements médicaux, la chimiothérapie et la radiothérapie, le glas de la mort qui sonne en écho. Mais il nous raconte aussi son enfance. Abandonné par sa mère, il vivra auprès d’un père juge qui doit élever seul ses enfants, nous relate ses voyages d’un bout à l’autre du monde et une histoire d’amour qu’il n’oubliera jamais.

Un carnet de bord qui remue à l’intérieur et nous invite à moult réflexions sur notre monde et ses désastres futurs, notre vision de l’épreuve et de cet instinct de survie que l’on a à l’approche de la maladie.

Ce récit est bouleversant. L’auteur nous dit Adieu, nous reçoit à huis-clos pour nous donner en lecture son testament.

Je vous ai lu de nombreuses fois et vous ai apprécié. Paix à vos cendres Monsieur Mankell…

Sable mouvant de Henning Mankell

Date de parution : 17/09/2015  
Article publié par Celeste le 30 novembre 2015 dans la catégorie Grand vin
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Ma mère du Nord – Jean-Louis Fournier

« Petit, chaque fois que j’écrivais quelque chose ou faisais un dessin, j’avais besoin de le montrer à ma mère pour savoir si c’était bien. »

Une mère qui ne trouvait comme seul moyen que des maux imaginaires pour se faire remarquer par un époux médecin peu attentif à elle et alcoolique notoire. Elle, cette maman courage, discrète, imprégnée de tristesse. L’auteur donne ici un panégyrique délicat et émouvant afin de faire revivre cette mère qui s’est sacrifiée pour un mari peu scrupuleux qui a consacré sa vie à la Dive bouteille plutôt qu’à sa douce, si fragile, si soucieuse de lui et de ses enfants. L’auteur dédie ces mots à celle qui a tout donné, une maman extraordinaire comme le sont toutes les mamans du monde.Dans cet opus succinct, l’auteur dévoile une part de ses secrets de famille, entre gris clair et gris foncé, les parcelles de son enfance entre un père rongé par son addiction à l’alcool et une mère hypocondriaque et mélancolique.

Ma mère du nordL’on se laisse porter par cette promenade d’amour et de tendresse où l’humour aigre-doux s’immisce parfois entre les lignes. Cette mère du Nord ressemble à la nôtre sur de nombreux points et nous émeut. Entre déprime, bourrasques émotionnelles, déceptions, érosion de l’amour sous le joug d’un mari ivrogne, invivable et un gamin qui se réfugie dans son giron et s’arc-boute à elle, cette super-maman se désole et se perd sous le dais d’un ciel du Nord.

L’auteur se remémore… Il revient pour se jeter dans les bras de cette maman magnifique avec qui il n’a pas toujours été tendre et attentionné. C’est donc sur papier qu’il couche ses mots doux pour lui dire combien pourtant il l’aimait.

Certes un très beau récit mais si je ne lui attribue qu’une cote plus modeste dans notre classement c’est tout simplement parce que ce récit intime souffre d’un manque d’originalité puisqu’il s’agit une fois encore de la désormais habituelle thématique des secrets de famille, de l’hommage à une mère ici en l’occurrence.

Ma mère du Nord de Jean-Louis Fournier, éd. Stock

Date de parution : 30/09/2015  
Article publié par Celeste le 17 novembre 2015 dans la catégorie Cru bourgeois
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Emplacement réservé – Corine Jamar

Emma a huit ans. Handicapée, elle bénéficie d’un emplacement réservé devant la maison. Mais s’y garent régulièrement de nombreux automobilistes sans foi ni loi, peu scrupuleux d’être invités par le dessin à ne pas s’y stationner. Entre certains livreurs de toutes sortes, des corbillards, une Porsche, la maman d’Emma se voit souvent obligée de faire appel aux autorités de police pour se plaindre des opportuns irrespectueux.

Ainsi, elle doit se livrer à une bataille quotidienne pour disposer de cet emplacement si précieux voire indispensable à sa fille. Et les égoïstes continuent de plus belle à occuper impunément cette place ornée d’un symbole dessiné par un artiste, indiquant en cela qu’il est interdit de s’y garer. Et ledit artiste aurait d’ailleurs évoqué qu’une fois l’an il faut appeler le commissariat de police afin de dépêcher quelqu’un pour repeindre l’ « œuvre » usée par le grand nombre d’importuns qui roulent dessus.

Emplacement réservéL’auteure traite d’un sujet grave avec beaucoup d’humour et de dérision. On eût pu s’apitoyer sur le sort de la malheureuse petite Emma, victime du mépris et de l’indifférence, si l’on ne s’était pas tourné vers les réactions de sa maman, combative et pleine d’énergie pour vaincre les obstacles au quotidien. Les personnages tout autour sont tantôt émouvants tantôt exaspérants, mais tous réagissent au quart de tour face à l’ire de cette maman désabusée mais bien disposée à ne pas se laisser faire.

Et au lieu de larmoyer, l’on savoure l’humour qui s’immisce entre les lignes et l’amour omniprésent du début à la fin du roman.

L’auteure nous entraîne aux côtés d’Emma et sa maman dans leur lutte quotidienne contre l’adversité et l’indifférence. Et l’on se prend à être un peu leur ami virtuel, nos pensées et nos cœurs sont à l’unisson pour les soutenir, les encourager dans ce chemin jalonné d’embûches. Et aux embarras rencontrés en raison du handicap d’Emma s’ajoutent celui du manque de communication entre la petite fille et sa maman, cette distance qu’Emma a désormais installée en refusant les câlins et la tendresse.

Les mots sont justes, vrais et toujours mouillés d’humour aigre-doux. Et malgré la douleur larvée et la colère, l’amour sauve tout puisqu’il séjourne à chaque instant dans le cœur et l’âme meurtris de cette maman courage…

Une belle leçon de vie et une réflexion bien menée sur les difficultés du handicap, l’indifférence et l’égoïsme qui sonnent le glas en écho dans les parois du monde actuel.

Emplacement réservé de Corine Jamar, éd. Le Castor Astral

Date de parution : 01/10/2015  
Article publié par Celeste le 6 novembre 2015 dans la catégorie Grand vin
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