Premier Grand Cru Classé

La passion selon Juette – Clara D- Monod

Clara Dupont-Monod a su trouver des mots élégants pour écrire la vie fictive de Juette, femme séditieuse née en 1158 à Huy, petite ville de l’actuelle Belgique.

Juette est victime d’un mariage de raison. Son mari, homme brutal et fruste, décède quelques années plus tard. Commence alors pour la jeune veuve une longue période de réflexion. Juette remet en cause la position de la femme, de l’homme, et de l’église, à une époque où les dogmes sont omniprésents. Elle s’interroge et progresse constamment sur le chemin de la raison, en dépit des avertissements du clergé.

Cette histoire passionnante est portée par une écriture particulière, sobre et élégante, où les mots superflus sont absents. C’est un véritable régal pour l’esprit. On peut toutefois regretter une chose : quand le confident de Juette, le prêtre Hugges de Floreffe, s’exprime, le style est exactement le même que celui de Juette.Une écriture à quatre mains eût donné une touche encore plus convaincante.

Quelques extraits :

« J’étais sûr de l’avoir oubliée. Comment font les souvenirs pour ne jamais mourir tout à fait ? »

« Elle dit souvent : « j’ai peur de devenir folle. » Je la rassure, chacun dissimule un autre visage, sombre et compliqué. Ce genre de choses. Je lui mens.  Je pense qu’elle est déjà un peu folle. Mais fût-ce au prix d’un mensonge, vouloir protéger quelqu’un est d’abord un acte de charité. »

« Ce qu’ils ne savent pas, c’est que Juette n’a plus peur. La folie est une paix comme une autre. »

« La maternité, c’est l’addition d’un homme et d’une rivière de sang. Je suis sûre que la Vierge comprend cela. Elle n’a pas connu l’aberration du corps qui gonfle, Le corps envahi de l’intérieur. »

La passion selon Juette – Clara Dupont-Monod. Editions Grasset – Le livre de Poche

Article publié par Noann le 31 janvier 2010 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Grand vin

Les aimants – Jean-Marc Parisis

Dans les années 80, un homme (le narrateur) et une femme (Ava) s’attirent, s’accrochent, s’aiment … Leur histoire n’est que passion, feu, liberté, insouciance… Ils vivent pour écrire et écrivent pour vivre, fréquentent les cafés littéraires, les cinémas.  Ava disparaît …

les aimantsJ’ai aimé ce récit dense, bouleversant. C’est un hommage déchirant à une femme aimée trop fort mais aimée trop tard, une ode à l’amour – courte – comme est la vie pour peu qu’on ne retienne que l’essentiel, une quête désespérée vers le sublime, l’absolu, l’éternité et le refus, lorsque le deuil vous frappe, que l’au-delà soit ailleurs qu’ici bas.

C’est à travers la perte soudaine, l’absence de celle qu’il aimait que le narrateur va saisir que l’écriture est le seul moyen pour lui de s’approcher d’elle. Elle qui brillait si fort, dont les mots étaient si puissants qu’ils pouvaient transpercer son âme …

« Les aimants » – Jean-Marc Parisis – Stock, août 2009

Article publié par Catherine le 30 janvier 2010 dans la catégorie Grand vin
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Cru bourgeois

Petit dictionnaire des mots retrouvés

Réédition d’un titre paru en 1938.

Quelques collaborateurs de la Nouvelle Revue Française, dont le rédacteur en chef était Jean Paulhan, ont réhabilité à leur façon des mots détournés de leur sens premier.

Par exemple :

Petit dictionnaire des mots retrouvésDiarrhée : n.p.f princesse mérovingienne célèbre pour ses débordements. Épouse de Lentheric premier, roi des Mégoths

Prépuce : s.m. Petit insecte sauteur, universellement répandu, excepté en Orient. Parasite et antisémite.

Curateur : s.m. Praticien chargé par les lois romaines du bon fonctionnement des organes digestifs…

Jargon: s.m. Gaz rare, nauséabond, et à fort pouvoir éclairant.

Fallus s.m. Nuage de forme allongée, précurseur d’orage lorsqu’il se développe.

Petit dictionnaire des mots retrouvés, éditions Mots et Cie

Article publié par Noann le 28 janvier 2010 dans la catégorie Cru bourgeois
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Premier Grand Cru Classé

Les Noces Barbares – Yann Queffélec

L’histoire en soi n’a rien d’exaltant, et est, il faut bien le dire, morose d’un bout à l’autre.

Un groupe de soldats américains viole une jeune française, Nicole. A priori on pourrait se dire : mais pourquoi Queffélec s’acharne-t-il sur les Américains, eux qui sont venus à notre rescousse à deux reprises, eux sans qui les deux guerres mondiales se seraient éternisées ? Il eût été de meilleur ton d’accabler des Allemands, comme à l’accoutumée. Mais il faut savoir que les Américains se sont rendus coupables de milliers d’actes de barbarie dans la France de l’après-guerre. Le fait n’est donc pas unique et Queffélec, en choisissant cette voie, évite le cliché du soldat germain sans pitié, et donne un contrepoint à l’image du pioupiou bienveillant venu d’outre-Atlantique pour nous sauver, avec son Coca-Cola, son chewing-gum et ses Marlboro, véritable frêre à qui l’on doit tout.

Il faut parfois résister aux amalgames, même quand tout concourt à les rendre crédibles.

les noces barbaresNicole donc, jeune bretonne naïve, âgée de treize ans (décidément tout a été fait pour renforcer le côté sordide…) tombe dans une souricière tendue par trois soldats US dévoyés. De cette union barbare naîtra un fils, Ludovic, souffre-douleur de sa famille… et de l’auteur, car Queffélec ne lui épargne rien. Tout juste le garçonnet connaitra-t-il un répit, lorsque sa mère épousera un riche mécano de la région, Micho. Mais très vite l’aspect dramatique reprend le dessus, le fils de Micho est une peste, Nicole continue de détester sa progéniture honteuse.Elle finira par faire enfermer Ludo dans un asile.

Tout ceci n’est pas très réjouissant.

Mais cette histoire glauque est surtout portée par une écriture magistrale, et à ce titre, le prix Goncourt est mérité, pour une fois. Les personnages sont extrêmement vivants, les dialogues réalistes, et Queffélec parvient à nous séduire par son style (mais y parvient-il seul ?). En particulier, la troisième partie de ce triptyque contient quelques passages de toute beauté.

Les Noces Barbares – Yann Queffélec, régulièrement réédité en Poche

Article publié par Noann le 26 janvier 2010 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
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Comestible ?

La Dégustation – Yann Queffélec

Michel, 50 ans, riche propriétaire d’un domaine viticole épouse en 1973 Muriel, de trente ans sa cadette. Il traîne derrière lui un lourd passé de collaboration lors de la Seconde Guerre Mondiale, allant même jusqu’à être à l’origine de la déportation de la grand-mère de Muriel …

la degustationPlus on avance dans ce récit pourtant court, plus l’agacement nous gagne … Irritants le cynisme froid et l’antisémitisme larvé de Michel. Irritante la passivité de Muriel qui fait la sourde alors qu’en elle-même elle sait, elle a reconnu Michel. Agaçante la confrontation inaboutie entre les deux époux au moment de vérité. Agaçant le dénouement qui ne résout rien et n’apporte aucune réponse. Pour conclure, j’ai refermé ce livre, exaspérée.

La plume de Yann Quefféllec est vraiment inégale … En suivant son chemin d’écriture, nous allons de ravissements en déceptions. Ce roman-ci est un désastre ! Autant j’avais pu me délecter de « La Mineure » qui dégageait un charme envoûtant derrière une plume pudique, autant « La dégustation » m’a donné la migraine. Il me reste à lire « Les Noces Barbares » pour me réconcilier avec un auteur qui m’a déjà donné de beaux souvenirs de lecture mais aussi … du fil à retordre au fil de pages que j’ai maudites !

En refermant le livre, j’ai été tentée par une dégustation … d’aspirine.

« La Dégustation » – Yann Queffélec – Fayard 11/2005

Article publié par Catherine le 25 janvier 2010 dans la catégorie Comestible ?
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Cru bourgeois

Belange – Patrick Cauvin

Voilà un auteur pour qui nous avons une affection particulière, fût-ce pour les nombreuses heures de lecture hilarante dans la salle d’attente du dentiste. C’en était même gênant, une fois le livre refermé, on continue à rire et pendant le placement d’une couronne dentaire ce n’est pas sans conséquences…

BelangePatrick Cauvin a écrit de très nombreux livres, dans un genre qui lui est propre et qu’il n’a cessé de perfectionner. Il nous a juste fait une petite crise, quand il a tenté d’écrire comme D’ormesson ou à peu près, soucieux probablement de reconnaissance et désirant comme tout le monde obtenir le Prix Goncourt.

Belange est une de ses histoires typiques, trois ou quatre personnages de la vie de tous les jours, dont l’auteur nous livre les états d’âmes avec un peu de poil à gratter, quelques anecdotes et une façon de conter qui lui est propre.

C’est du pur Cauvin. Certes ce n’est pas de la haute littérature, bien que le vocabulaire soit riche et précis et qu’on sente le pro derrière les boutades, mais c’est distrayant et souvent très drôle. Et si un livre amuse et nous fait oublier la noirceur du monde, avec ses crises, ses calamités et son pétrole, n’est-ce pas le principal ?

Belange – Patrick Cauvin Éditions Albin Michel / le Livre de Poche

Article publié par Noann le 24 janvier 2010 dans la catégorie Cru bourgeois
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vin de table

Le Gardien du Phare – Catherine Hermary-Vieille

Trois femmes échouées sur une île sauvage dont un monstre de pierres grises barre tous les accès. Un gardien de phare fantôme dont elles ignorent s’il existe vraiment … Pourtant, elles guettent, épient et redoutent sa présence …
Pour quelle obscure raison le destin les a-t-il jetées sur ce bout de terre inaccessible ?

*****

J’ai aimé le parfum d’eau salée qu’exhale ce roman. L’auteur nous transporte vers un paysage désolé, nous pousse vers des falaises léchées par la mer et le vent. Les paysages sont décrits avec beaucoup d’émotion.  L’auteur fouille l’âme humaine dans tous ses tréfonds. On sent dans celle de ces trois femmes, très différentes, l’espoir de s’en sortir paradoxalement avec l’espoir d’une vie différente, une vie qu’elles méprisent. J’ai aimé ce désespoir qui guette à chaque page, ces portraits de femmes résignées ou battantes, qui veulent se sortir de ce que l’île peut leur offrir ou qui acceptent sans dire mot, mais aspirent à changer de vie, loin de cette thébaïde obligée. On se laisse porter par l’ambiance de l’île, les joues fouettées par le vent, on découvre le monde des marins, des pêcheurs, un cadre pas toujours enchanteur…

Toutefois,  ce roman peut laisser une impression d’inachevé. La fin est un peu floue et de nombreuses questions restent sans réponses. Que s’est-il passé réellement ? Je dirais que c’est avant tout un roman d’atmosphère où tout est suggestif, envoûtant et, après tout, même si on a du mal à trouver la clef de l’énigme, est-ce vraiment  important ?

« Le Gardien du Phare » (Catherine Hermary-Vieille) – Poche décembre 2009

Article publié par Catherine le 22 janvier 2010 dans la catégorie vin de table
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Grand vin

Les Chats de hasard – Anny Duperey

Il est rare qu’une actrice ou une chanteuse réussisse dans le milieu difficile de l’écriture (à chacun sa spécialité remarquez bien…). Toutes ou presque s’y sont risqué, avec des résultats divers, souvent peu convaincants… On ne citera personne. Y aurait-il une antinomie dans les talents, qui rend impossible d’être bonne dans plusieurs registres ? Nous poserons la question à Sheila …

les chats de hasardAnny Duperey a réussi le pari d’écrire des livres intéressants, sans se hisser au panthéon des sommités littéraires, mais avec un réel talent de conteuse…

Son écriture n’est pas celle d’un écrivain, mais ses phrases sont justes, bien écrites sans être simplistes.

Nous sommes passés avec bonheur d’une page à l’autre de ce livre où l’actrice évoque pèle-mêle sa vie, son métier, et surtout ses chats. En réalité, bien qu’elle aime parler de sa personne, ce n’est pas une auto-biographie d’Anny, mais plutôt une félino-graphie. Pour qui sait apprécier les félins, ce livre est juste et divertissant. Ceux qui ne les aiment pas… eh bien en voyant le titre ils auront passé leur chemin…

Anny Duperey a su utiliser subtilement sa vie de comédienne connue pour enrichir le récit, sans pour autant être narcissique. De petits souvenirs de sa carrière jalonnent le texte.

Les Chats de hasard – Anny Duperey. Collection Points (poche)

Article publié par Noann le 21 janvier 2010 dans la catégorie Grand vin
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Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne