Premier Grand Cru Classé

Les Noces Barbares – Yann Queffélec

L’histoire en soi n’a rien d’exaltant, et est, il faut bien le dire, morose d’un bout à l’autre.

Un groupe de soldats américains viole une jeune française, Nicole. A priori on pourrait se dire : mais pourquoi Queffélec s’acharne-t-il sur les Américains, eux qui sont venus à notre rescousse à deux reprises, eux sans qui les deux guerres mondiales se seraient éternisées ? Il eût été de meilleur ton d’accabler des Allemands, comme à l’accoutumée. Mais il faut savoir que les Américains se sont rendus coupables de milliers d’actes de barbarie dans la France de l’après-guerre. Le fait n’est donc pas unique et Queffélec, en choisissant cette voie, évite le cliché du soldat germain sans pitié, et donne un contrepoint à l’image du pioupiou bienveillant venu d’outre-Atlantique pour nous sauver, avec son Coca-Cola, son chewing-gum et ses Marlboro, véritable frêre à qui l’on doit tout.

Il faut parfois résister aux amalgames, même quand tout concourt à les rendre crédibles.

les noces barbaresNicole donc, jeune bretonne naïve, âgée de treize ans (décidément tout a été fait pour renforcer le côté sordide…) tombe dans une souricière tendue par trois soldats US dévoyés. De cette union barbare naîtra un fils, Ludovic, souffre-douleur de sa famille… et de l’auteur, car Queffélec ne lui épargne rien. Tout juste le garçonnet connaitra-t-il un répit, lorsque sa mère épousera un riche mécano de la région, Micho. Mais très vite l’aspect dramatique reprend le dessus, le fils de Micho est une peste, Nicole continue de détester sa progéniture honteuse.Elle finira par faire enfermer Ludo dans un asile.

Tout ceci n’est pas très réjouissant.

Mais cette histoire glauque est surtout portée par une écriture magistrale, et à ce titre, le prix Goncourt est mérité, pour une fois. Les personnages sont extrêmement vivants, les dialogues réalistes, et Queffélec parvient à nous séduire par son style (mais y parvient-il seul ?). En particulier, la troisième partie de ce triptyque contient quelques passages de toute beauté.

Les Noces Barbares – Yann Queffélec, régulièrement réédité en Poche

Article publié par Noann le 26 janvier 2010 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Comestible ?

La Dégustation – Yann Queffélec

Michel, 50 ans, riche propriétaire d’un domaine viticole épouse en 1973 Muriel, de trente ans sa cadette. Il traîne derrière lui un lourd passé de collaboration lors de la Seconde Guerre Mondiale, allant même jusqu’à être à l’origine de la déportation de la grand-mère de Muriel …

la degustationPlus on avance dans ce récit pourtant court, plus l’agacement nous gagne … Irritants le cynisme froid et l’antisémitisme larvé de Michel. Irritante la passivité de Muriel qui fait la sourde alors qu’en elle-même elle sait, elle a reconnu Michel. Agaçante la confrontation inaboutie entre les deux époux au moment de vérité. Agaçant le dénouement qui ne résout rien et n’apporte aucune réponse. Pour conclure, j’ai refermé ce livre, exaspérée.

La plume de Yann Quefféllec est vraiment inégale … En suivant son chemin d’écriture, nous allons de ravissements en déceptions. Ce roman-ci est un désastre ! Autant j’avais pu me délecter de « La Mineure » qui dégageait un charme envoûtant derrière une plume pudique, autant « La dégustation » m’a donné la migraine. Il me reste à lire « Les Noces Barbares » pour me réconcilier avec un auteur qui m’a déjà donné de beaux souvenirs de lecture mais aussi … du fil à retordre au fil de pages que j’ai maudites !

En refermant le livre, j’ai été tentée par une dégustation … d’aspirine.

« La Dégustation » – Yann Queffélec – Fayard 11/2005

Article publié par Catherine le 25 janvier 2010 dans la catégorie Comestible ?
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Cru bourgeois

Belange – Patrick Cauvin

Voilà un auteur pour qui nous avons une affection particulière, fût-ce pour les nombreuses heures de lecture hilarante dans la salle d’attente du dentiste. C’en était même gênant, une fois le livre refermé, on continue à rire et pendant le placement d’une couronne dentaire ce n’est pas sans conséquences…

BelangePatrick Cauvin a écrit de très nombreux livres, dans un genre qui lui est propre et qu’il n’a cessé de perfectionner. Il nous a juste fait une petite crise, quand il a tenté d’écrire comme D’ormesson ou à peu près, soucieux probablement de reconnaissance et désirant comme tout le monde obtenir le Prix Goncourt.

Belange est une de ses histoires typiques, trois ou quatre personnages de la vie de tous les jours, dont l’auteur nous livre les états d’âmes avec un peu de poil à gratter, quelques anecdotes et une façon de conter qui lui est propre.

C’est du pur Cauvin. Certes ce n’est pas de la haute littérature, bien que le vocabulaire soit riche et précis et qu’on sente le pro derrière les boutades, mais c’est distrayant et souvent très drôle. Et si un livre amuse et nous fait oublier la noirceur du monde, avec ses crises, ses calamités et son pétrole, n’est-ce pas le principal ?

Belange – Patrick Cauvin Éditions Albin Michel / le Livre de Poche

Article publié par Noann le 24 janvier 2010 dans la catégorie Cru bourgeois
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
vin de table

Le Gardien du Phare – Catherine Hermary-Vieille

Trois femmes échouées sur une île sauvage dont un monstre de pierres grises barre tous les accès. Un gardien de phare fantôme dont elles ignorent s’il existe vraiment … Pourtant, elles guettent, épient et redoutent sa présence …
Pour quelle obscure raison le destin les a-t-il jetées sur ce bout de terre inaccessible ?

*****

J’ai aimé le parfum d’eau salée qu’exhale ce roman. L’auteur nous transporte vers un paysage désolé, nous pousse vers des falaises léchées par la mer et le vent. Les paysages sont décrits avec beaucoup d’émotion.  L’auteur fouille l’âme humaine dans tous ses tréfonds. On sent dans celle de ces trois femmes, très différentes, l’espoir de s’en sortir paradoxalement avec l’espoir d’une vie différente, une vie qu’elles méprisent. J’ai aimé ce désespoir qui guette à chaque page, ces portraits de femmes résignées ou battantes, qui veulent se sortir de ce que l’île peut leur offrir ou qui acceptent sans dire mot, mais aspirent à changer de vie, loin de cette thébaïde obligée. On se laisse porter par l’ambiance de l’île, les joues fouettées par le vent, on découvre le monde des marins, des pêcheurs, un cadre pas toujours enchanteur…

Toutefois,  ce roman peut laisser une impression d’inachevé. La fin est un peu floue et de nombreuses questions restent sans réponses. Que s’est-il passé réellement ? Je dirais que c’est avant tout un roman d’atmosphère où tout est suggestif, envoûtant et, après tout, même si on a du mal à trouver la clef de l’énigme, est-ce vraiment  important ?

« Le Gardien du Phare » (Catherine Hermary-Vieille) – Poche décembre 2009

Article publié par Catherine le 22 janvier 2010 dans la catégorie vin de table
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

Les Chats de hasard – Anny Duperey

Il est rare qu’une actrice ou une chanteuse réussisse dans le milieu difficile de l’écriture (à chacun sa spécialité remarquez bien…). Toutes ou presque s’y sont risqué, avec des résultats divers, souvent peu convaincants… On ne citera personne. Y aurait-il une antinomie dans les talents, qui rend impossible d’être bonne dans plusieurs registres ? Nous poserons la question à Sheila …

les chats de hasardAnny Duperey a réussi le pari d’écrire des livres intéressants, sans se hisser au panthéon des sommités littéraires, mais avec un réel talent de conteuse…

Son écriture n’est pas celle d’un écrivain, mais ses phrases sont justes, bien écrites sans être simplistes.

Nous sommes passés avec bonheur d’une page à l’autre de ce livre où l’actrice évoque pèle-mêle sa vie, son métier, et surtout ses chats. En réalité, bien qu’elle aime parler de sa personne, ce n’est pas une auto-biographie d’Anny, mais plutôt une félino-graphie. Pour qui sait apprécier les félins, ce livre est juste et divertissant. Ceux qui ne les aiment pas… eh bien en voyant le titre ils auront passé leur chemin…

Anny Duperey a su utiliser subtilement sa vie de comédienne connue pour enrichir le récit, sans pour autant être narcissique. De petits souvenirs de sa carrière jalonnent le texte.

Les Chats de hasard – Anny Duperey. Collection Points (poche)

Article publié par Noann le 21 janvier 2010 dans la catégorie Grand vin
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

Le labyrinthe du temps – Maxence Fermine

Maxence Fermine est un véritable orfèvre de l’écriture. Ses mots sont ciselés, ses personnages façonnés comme les statues d’un graveur.

Le labyrinthe du temps est une allégorie fantastique et philosophique. Un archimandrite, sorte de prêtre orthodoxe, est envoyé dans le monde par le tsar. Il échoue sur une île mystérieuse, inconnue et absente de toute carte. Sur cette île dénommée Labyrinthe se déroulent des phénomènes étranges. Le temps semble rythmé par une clepsydre, horloge ancienne actionnée par l’eau. Personne ne sait comment on s’échappe de ce lieu singulier. Les malheureux qui ont tenté une escapade se sont perdus. L’archimandrite se prend de passion pour l’île et tente de décrypter le mystère qu’elle cache. Il possède un coffret qui contient une clé. Cette clé, associée à deux autres, permet de découvrir le trésor de vérité, révélation sur l’homme et son destin.

Les dernières pages donnent au récit toute sa force et sa philosophie. Cette histoire d’archimandrite est archi-sympathique à lire !

Le labyrinthe du temps – Maxence Fermine. Éditions Albin Michel.

Principe de la clepsydre (source Ulg)

Article publié par Noann le 19 janvier 2010 dans la catégorie Grand vin
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Grand vin

L’Obscur – Jeanne Labrune

C’est l’histoire d’Anna, petite fille blessée dans un jeu brutal, Traquette, un tortionnaire, meurtri de misère et de solitude, qui se fera lui-même torturer au cours d’un règlement de compte, Thomas, épileptique, enfermé dans une hôpital psychiatrique pour des faits qu’il n’a pas commis, Marie qui va rencontrer Thomas et le ramènera à la vie. C’est aussi l’histoire d’une idylle qui naît entre Françoise, la mère d’Anna, et Thomas …
Une histoire d’âmes inquiètes, de corps troublés, d’hommes chancelants qui se cherchent dans un monde insensé.
Dans ce roman, l’auteur nous conduit au travers des aventures croisées de ses nombreux personnages, de ses inquiétudes sur l’évolution de notre société : perte de repères, de culture, inégalités, dangers de l’argent. Chacun des personnages cherche un sens à sa vie. Les personnages sont attachants, les caractères et personnalités de chacun décrits et analysés en profondeur. C’est un roman qu’il faut lire, soit d’une traite, soit à tout le moins en poursuivre la lecture sans laisser trop de temps entre les moments de lecture car ce n’est pas un roman facile …

L’Obscur – Jeanne Labrune – Editions Grasset, 2007

Article publié par Catherine le 18 janvier 2010 dans la catégorie Grand vin
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
 
Premier Grand Cru Classé

Je vous raconterai – Alain Monnier

Jouer au hasard sa propre mort. A priori l’idée de base peut paraître saugrenue, voire irréaliste.

Un homme déshérité, qui a perdu son boulot et tout ce qui va avec, maison, femme et enfants, veut se suicider. (jusque là rien d’extraordinaire par les temps qui courent…). Il rencontre dans un bar glauque un individu étrange, qui lui dit de but en blanc : « Vous voulez en finir ? Suivez-moi ! » Et là ça devient tout de suite surprenant…

Le suicidaire suit ce personnage à l’accent russe et se retrouve sur une scène devant une salle obscure et anonyme. Sur une table est déposé un revolver dont la barillet contient une seule balle. Tout autour le sol est maculé de sang, le prédécesseur n’a pas eu de chance !

Notre malheureux va échapper au sort, et il va récidiver. Chaque mois, il recommencera ce pari fou avec la mort devant une salle médusée.. et conquise. On l’appelle « le Protégé ». Il devient une vedette, connait le succès, l’argent… et l’amour !

Il s’ensuit un imbroglio qui aurait vite sombré dans le ridicule, n’était le talent de l’auteur qui donne une dimension intéressante à cette histoire étrange. On peut juste regretter une certaine insistance dans l’écriture, et un ton parfois pessimiste ou moralisateur, qui sied cependant bien au personnage principal, qui est aussi le narrateur. On attendait une fin en apothéose… Elle nous a semblé un peu faible par rapport au début.

Un récit de vie attachant, plein de philosophie et même d’humour, vu sous un certain angle !

Je vous raconterai. Alain Monnier. Éditions Flammarion. 17 €

Article publié par Noann le 16 janvier 2010 dans la catégorie Premier Grand Cru Classé
Facebook Twitter Netvibes Mail
 
« 1 2 ... 75 76 77 78 79 80 81 »

Blog de littérature. Critiques, extraits, avis sur les livres…

Dessin de Jordi Viusà. Conçu par Noann Lyne